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Moïse Katumbi Chapwe : l’irrésistible ascension ?

Présenté par certains comme un héros sorti tout droit d’un biopic du style « L’irrésistible ascension de Moïse Katumbi », et par d’autres comme une star politique et le futur président de la République, Moïse Katumbi demeure quoi qu’on en dise l’homme d’affaires le plus riche de la RDC.

Par Pius Moulolo - Photo : AFP - Federico Scoppa

Né d’un père Juif séfarade, qui a fui Rhodes entre les deux guerres mondiales, alors qu’elle était contrôlée par l’Italie fasciste, et d’une mère congolaise, Moïse Katumbi, dit « Chapwe », est né le 28 décembre 1964 à Kashobwe, dans le Katanga. Il fait ses études primaires à Kiwele, et secondaires à la mission catholique de Kapolowe, où il obtient un diplôme d’État en pédagogie. Marchant sur les traces de son frère aîné Katebe Katoto, il se bâtit très vite une réputation d’homme d’affaires redoutable, alliant le yin et le yang, la douceur et la rigidité, la générosité et le profit. En moins de deux décennies, Moïse Katumbi est devenu l’homme le plus décrié, et en même temps le plus aimé de RDC.

Entre politique, foot et business : l’histoire d’une ascension fulgurante

« Je dirige le Katanga comme une entreprise. » Cette phrase désormais célèbre résume l’ingéniosité, la subtilité et le degré d’ambition de cet homme qui a dirigé pendant huit ans cette riche province, poumon économique du pays.
À son retour d’exil en 2003 à bord d’un super jet privé, Moïse Katumbi est accueilli en véritable messie par les populations de Lubumbashi. Il fait ses débuts avec le Tout Puissant Mazembe, mythique club de foot de la ville minière, avec lequel il remporte 2 Supers Coupes du Congo, 14 Championnats de première division, 2 Coupes d’Afrique des clubs champions, deux Ligues des champions de la CAF, et s’impose en 2015 comme l’unique représentant du continent lors du Mondial des clubs de la FIFA au Japon. Cette popularité lui permet d’intégrer le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), le parti présidentiel, et il soutient Joseph Kabila lors des élections de 2006 et de 2011. Il sera lui-même élu député du Katanga en 2006 puis gouverneur en 2007, poste duquel il démissionnera le 29 septembre 2015, dénonçant une tentative de manipulation du calendrier électoral pour 2016. Il conserve toutefois le titre de gouverneur du Katanga ayant le plus grand nombre de réalisations. Une belle réussite pour celui dont le père s’était établi comme pêcheur : « le Chairman », comme on l’appelle, s’est bâti une réputation qui transcende les frontières de la RDC.

Moïse Katumbi à la tête d’un empire financier

À 52 ans, Moïse Katumbi s’impose comme l’homme d’affaires le plus prospère de la RDC. Simple pêcheur de poissons dans la rivière Kilwa, à la frontière zambienne, il devient gérant des camions de son frère Katebe Katoto avant de fonder en 1987 les Établissements Katumbi, spécialisés dans le transport, le commerce et la livraison des produits alimentaires à la Générale des carrières et des mines (Gécamines), la plus importante société minière du Katanga. En 1997, il crée la Mining Company Katanga (MCK), avec une flotte de 500 engins et camions, employant près de 1 900 collaborateurs. Il devient alors le plus grand opérateur en logistique minière du Katanga.
En août 2003, Moïse Katumbi gagne avec son groupe Chani un contrat de collaboration avec la Gécamines pour la gestion du Four 1. Montant de la transaction : 1,2 million de dollars. Cela fait de lui le principal fournisseur en minerais de cobalt et de cuivre de la Gécamines, ainsi que le principal racheteur de produits semi-finis du Four 1 via sa société Alphamétal. En 2004, la Gécamines, qui traverse une période financière désastreuse, lui signe un contrat de location de 25 ans pour les mines de Kinsevere, Tshifufia et Nambulwa, au nord-est de Lubumbashi. Il devient ainsi le principal opérateur minier de cobalt et de cuivre du Katanga.
En bon stratège, il cède 70 % de l’exploitation au consortium international Anvil Mining Limited, pour un montant de l’ordre de 2,3 millions de dollars. Ses parts sont de 1,3 million. En juillet 2006, Anvil Mining rachète 10 % de plus des parts de MCK, pour environ 14 millions, soit 10 millions en cash et 4 millions en titres boursiers. L’année suivante, les valeurs de la mine de Kinsevere augmentent de 450 %, pour des réserves de cuivre estimées à 1,6 million de tonnes. Les parts de Moïse Katumbi grimpent à 45 millions de dollars. L’homme d’affaires se retrouve donc à la tête d’un empire financier de plus de 62 millions de dollars. Il détient également le monopole de sous-traitance de camions australiens de marque Bell, dont il est le représentant exclusif en RDC. Qu’on l’aime, comme c’est le cas de la nouvelle coalition G7 de l’opposition, ou qu’on le craigne, à l’image de son ancien parti le PPRD, Moïse Katumbi a le don de faire parler de lui.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 5