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La vision du président Denis Sassou N’Guesso pour le Congo... et l’Afrique

Lorsque Denis Sassou N’Guesso est promu pour la première fois, le 5 février 1979, président du Congo, il n’a que 36 ans. Mais, fort de son expérience dans l’armée où il est lieutenant depuis la révolution de 1963, il connaît bien le pays et les différents acteurs civils et militaires de l’appareil de l’État. Portrait d’un bâtisseur congolais et panafricain.

Par Arsène Séverin - Photo - AFP - Vincenzo Pinto

Né en 1943 à Edou, un quartier de la ville d’Oyo, Denis Sassou N’Guesso est devenu au fil des années un personnage central dans le destin du Congo. Il fait carrière dans l’armée et passe général en janvier 1989, avant de délaisser définitivement sa tenue d’officier pour se consacrer à la politique.
En décembre 1969, il est aux côtés du président Marien Ngouabi (1969-1977), l’un des fondateurs du Parti congolais du travail (PCT), ex-parti unique marxiste-léniniste. Malgré les crises internes et les attaques contre la jeune révolution congolaise, Denis Sassou N’Guesso se maintient parmi les acteurs principaux de la construction du pays, notamment au sein du comité spécial composé de quatre personnes qui mène le Congo. Il est plusieurs fois nommé ministre avant de devenir président de la République en 1979. En 1992, lorsqu’il accepte l’instauration de la démocratie pluraliste, il est battu par le Pr Pascal Lissouba (1992-1997).
Son retour aux affaires en 1997 va lui permettre de réaliser un vieux rêve, débuté dans les années 1980 : le Plan quinquennal 1982-1986, exécuté avec le concours des bailleurs de fonds internationaux. Ce programme ambitieux, bien que court-circuité par l’assèchement des caisses de l’État, donna au Congo des routes, des ponts et plusieurs réalisations dans les secteurs de la pêche, de l’agriculture, de l’élevage et des forêts. Il coûta 789 milliards de francs CFA pour une prévision initiale de 1 109 milliards.
Après une transition de cinq ans, le président Sassou N’Guesso acquiert une légitimité politique à l’issue de l’élection présidentielle de 2002, qu’il remporte avec près de 90 % des suffrages. Il est élu pour sept ans sur la base d’une vision, la « Nouvelle espérance », son programme de gouvernement qui deviendra par la suite le « Chemin d’avenir », après sa réélection en 2009. La stabilité politique, avec l’enracinement de la paix, est restée le créneau de celui qu’on surnomme « l’homme du 5 février ». L’ouverture à l’opposition institutionnelle et à la diaspora est une vision que Denis Sassou N’Guesso partage quotidiennement avec ses compatriotes.

Investir au Congo et le moderniser

Au début des années 2000, construire des barrages et des centrales électriques dans le pays est devenu une priorité. Une volonté qui est rendue possible par l’accroissement des recettes budgétaires, grâce à la montée des prix du pétrole sur le marché international. Alors que le baril flirte avec les 100 dollars, le budget du Congo atteint pour la première fois les 4 000 milliards de francs CFA. Jamais le pays n’a engrangé autant d’argent, commentent les économistes. Et c’est là la chance de Denis Sassou N’Guesso, car il sait traduire cet avantage économique en gain politique. C’est également à cette époque que le Congo voit annuler sa plus grosse dette, estimée à 5,8 milliards de dollars, qui en avait fait un Pays pauvre très endettés (PPTE).
Deux grands projets, le barrage d’Imboulou (120 MW) au nord, puis l’extension de l’usine de traitement d’eau de Djiri dans la périphérie nord de la capitale, voient le jour. Construit par une entreprise chinoise, le barrage est livré en mai 2011. Il a coûté 170 milliards de francs CFA. Il permet d’améliorer la fourniture de courant dans certains quartiers de Brazzaville, mais surtout d’apporter de l’énergie électrique dans des villes qui n’y avaient jamais eu accès en 50 ans d’indépendance.
Cette vision de « boulevard énergétique » est renforcée avec la construction du barrage de Liouesso (19,5 MW), près de la ville d’Ouesso. Ici aussi, les travaux sont réalisés par les Chinois, pour un montant global de 54 milliards de francs CFA. Le courant produit permettra d’éclairer la commune d’Ouesso, véritable pôle économique de la zone Nord.
Dans sa volonté de fournir en suffisance de l’eau potable aux Brazzavillois, Denis Sassou N’Guesso a fait construire Djiri II, d’une capacité de 5 250 m3/h. Avec la première usine édifiée en 1984, le rendement total de Djiri atteindra les 8 200 m3/h. À cela il faut ajouter l’usine de Djoué, datant de 1954, qui produit 1 500 m3/h. Ce qui est suffisant pour une ville où les besoins sont estimés à 6 000 m3/h.
Dans le but de réaliser son programme « Eau pour tous », le chef de l’État a lancé en 2013 un vaste projet de forage de puits d’eau potable dans plus de 3 000 villages. L’objectif est de renverser la tendance, et de permettre que plus de 60 % de personnes aient accès à l’eau potable contre 14 % seulement actuellement. Et dans les villes, l’ambition est de passer de 47 à 80 % de personnes desservies.

Relier le Congo du nord au sud par une route

Après les batailles de l’eau et de l’électricité, Denis Sassou N’Guesso se lance dans un autre combat, plus hardi, celui de relier le nord au sud du pays, les deux routes nationales existantes, inachevées et très mal entretenues, ne répondant pas à cette vision. Il s’en prend alors aux chaînes montagneuses de Mayombe, dans le Kouilou et le Niari, où la China State Construction and Equipment Corporation (CSCEC) mettra plus de deux ans pour percer une route bitumée de 160 km entre Pointe-Noire et Dolisie, les 2e et 3e villes du pays. Ce premier tronçon de la route nationale n° 1, reliant les deux capitales, Brazzaville et Pointe-Noire (soit 350 km au total), a coûté 300 milliards de francs CFA.
Le président Sassou N’Guesso a non seulement vaincu le Mayombe, mais également achevé l’œuvre entamée par ses prédécesseurs, dont le tout premier président du Congo indépendant, l’abbé Fulbert Youlou. Les travaux se poursuivent et pourraient atteindre Yé, le point de connexion avec la nationale n° 2, fin 2016. Du côté nord, la route a déjà progressé de 1 000 km, entre Brazzaville et Ouesso. Ces nationales sont en même temps connectées aux bretelles interdépartementales comme Loudima-Sibiti, Brazzaville-Kinkala-Mindouli, Ngo-Djambala ou Oyo-Tchikapika.
À Brazzaville aussi, de nouvelles routes bitumées sortent de terre, notamment deux échangeurs à Talangaï, dans le 6e arrondissement. La route de la corniche du fleuve Congo, sur 22 km, maintes fois ajournée depuis les années 1970, est aujourd’hui en cours de réalisation. Le coût prévu des travaux est de 70 milliards de francs CFA, et l’ouvrage pourrait être livré début août 2015.

Municipalisation accélérée, outil du développement

Grâce à sa politique de « Municipalisation accélérée », Denis Sassou N’Guesso ne crée pas seulement l’euphorie avec la célébration tournante de la fête nationale dans les différents départements du pays. Cette initiative, qui jouit d’un budget de plus de 500 milliards de francs CFA par an et a débuté en 2004 à Pointe-Noire, a permis la construction rapide d’infrastructures dans les chefs-lieux de département et de district. De Pointe-Noire à Impfondo, en passant par Dolisie, Owando, Ewo, Djambala et Sibiti, les populations de ces villes voient leurs conditions de vie s’améliorer ; 2015 est l’année de la Sangha et la fête aura lieu à Ouesso.
Dans la Cuvette par exemple, un stade de 8 500 places construit grâce à cette politique a permis d’abriter en juin 2015 le match Congo-Kenya dans le cadre des éliminatoires de la CAN 2017. Le mythique Athletic Club Léopards de Dolisie peut se prévaloir de disputer à domicile les matchs des compétitions de la Confédération africaine de football, là aussi grâce à la municipalisation. Sur un plan macroéconomique, le secteur des BTP a contribué à 13 % au PIB.
Dans la vision de Denis Sassou N’Guesso, ces infrastructures seront la base de l’industrialisation du Congo. Quatre Zones économiques spéciales (ZES) sont en création pour booster l’économie et représenter jusqu’à 25 % du PIB hors pétrole. Celle de Pointe-Noire sera spécialisée dans les mines et la pêche. La zone de Brazzaville, adossée à Maloukou, se consacrera aux matériaux de construction. La ZES d’Ollombo-Oyo, qui pourrait démarrer la première, se spécialisera dans l’agro-alimentaire. À Ouesso, le cacao, le bois et les mines alimenteront la quatrième ZES.

Améliorer la vie des Congolais

Le bien-être des populations est un chantier prioritaire. Les travailleurs au Congo peuvent se réjouir de l’augmentation du SMIG, désormais fixé à 90 000 francs CFA. La fonction publique, principal pourvoyeur d’emplois, compte plus de 100 000 personnes. Chaque année, entre 4 000 et 5 000 jeunes en fin de formation espèrent être recrutés. Le secteur privé commence à prendre le relais en même temps que de l’ampleur grâce à la mise en place d’une batterie de mesures incitatives pour améliorer le climat des affaires, le Congo ayant fort à faire en la matière : il était classé en 2014 au rang peu enviable de 185e sur 189 par la Banque mondiale.
Sur le plan de la santé, Denis Sassou N’Guesso a lancé un vaste programme de construction, avec 12 nouveaux hôpitaux généraux, à raison d’une unité par département. La société brésilienne Asperbras, déjà présente sur plusieurs chantiers dans le pays, conduit ce projet dont l’exécution a été classée « prioritaire » par les parlementaires lors du dernier vote du budget. Entre temps, le Centre hospitalier universitaire (700 lits) de Brazzaville voit son plateau technique et plusieurs autres services rénovés grâce aux financements spéciaux dont bénéficie la société Ingénierie services et développement. La construction d’un autre hôpital de haute technologie de 600 lits est pratiquement terminée à Oyo, et il y a quelques années l’hôpital général de Dolisie a reçu un équipement de qualité.
Les conditions de voyage pour les Congolais se sont nettement améliorées, surtout avec l’acquisition de deux trains, La Gazelle en 2011, et un autre en mai 2015. La création d’une compagnie nationale aérienne, ECAir, ouvre le Congo vers des capitales africaines comme Cotonou, Dakar, Bamako ou Libreville, et mondiales comme Paris, Dubaï et Beyrouth. La vision du président Sassou N’Guesso a définitivement transformé le visage du Congo et le quotidien de ses citoyens.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 2