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Entretien avec Maître Annick Mongo, Directrice générale de l'agence pour la promotion des investissements au Congo

Propos recueillis par Dimitri Friedman

Cap Éco Africa : Madame la Directrice générale, pouvez-vous nous présenter plus amplement votre institution et nous expliquer quel est son rôle dans l’émergence du Congo ?

Annick Mongo : L’Agence de promotion des investissements (API), comme l’indique son nom, a pour vocation de mettre en œuvre la politique du gouvernement en matière d’investissement, en identifiant et en faisant la promotion des projets d’investissements dans le pays, en accompagnant les investisseurs, et en valorisant l’image de marque du Congo à l’étranger.
C’est un travail d’intérêt national dans un environnement concurrentiel international de plus en plus acerbe. Il est important que l’investisseur étranger ait un « mode d’emploi » du Congo. Il doit pouvoir rapidement comprendre où est son propre intérêt, les avantages qu’il aura à venir s’implanter chez nous. Mais cela ne suffit pas, il faut aussi qu’il soit en confiance, qu’il sente qu’il n’est pas seul, que les autorités ont prévu de l’accompagner dans sa démarche et de lui faciliter l’obtention des autorisations administratives.
L’API a donc un rôle d’information, d’accueil et d’accompagnement de l’investisseur. Mais pas seulement. L’une de nos fonctions régaliennes est d’identifier et de promouvoir les projets d’investissement qui contribueront au développement économique et à l’émergence du pays. Identifier à l’étranger des partenaires techniques, financiers ou commerciaux, c’est contribuer à la diversification de notre économie, et c’est créer de l’emploi.

Quels sont selon vous les atouts du Congo pour les entreprises qui souhaitent se développer en Afrique ?

Le Congo souffre de l’ombre de son grand frère et voisin. Au niveau international le nom évoque plus souvent la République démocratique du Congo que la République du Congo. Cette confusion n’est pas à notre avantage, alors que les entreprises étrangères auraient tout intérêt à préférer Brazzaville à Kinshasa.
Dans notre pays, l’État existe, les règles sont connues et applicables, et l’entrepreneur a donc une visibilité claire sur son investissement et une sécurité juridique importante. Beaucoup d’entreprises préfèrent s’installer à Brazzaville, tout en sachant qu’elles ont en face, à Kinshasa, un grand marché.
Cette proximité géographique pourrait être mieux exploitée car il est moins coûteux, et plus agréable et rassurant de faire travailler au quotidien ses cadres expatriés à Brazzaville. Le projet de construction d’un pont entre les deux pays sera également un avantage pour les investisseurs et facilitera les échanges.
Le Congo, membre de la Cemac, représente un marché potentiel de 140 millions d’habitants. En effet, la libre circulation des personnes, des biens et des services devient réalité, on l’a vu encore récemment avec la suppression des passeports aux frontières entre pays membres. Aujourd’hui, les investissements importants qui ont été faits par le gouvernement en matière d’infrastructures routières, portuaires et aériennes ont permis de faire du Congo une porte d’entrée de l’Afrique centrale.
On avance toujours l’argument des formidables ressources du pays, mais je ne pense pas que ce soient là ses seuls atouts. Sa plus grande richesse est son peuple. Le Congolais est accueillant, respectueux, et il a la volonté de réussir. La jeunesse de ce peuple est aussi à prendre en considération. L’accent est mis depuis quelques années sur la formation. Il sera possible demain de trouver tous les corps de métiers qui faisaient défaut jusqu’à présent.

Quels sont les secteurs prioritaires ? Et quelles actions menez-vous pour encourager les investisseurs à venir ?

Les secteurs prioritaires sont les mines, le pétrole et les hydrocarbures, la forêt et le bois, le tourisme et l’hôtellerie, le bâtiment et les travaux publics, les services financiers, et surtout l’agriculture et l’agro-industrie car c’est ce secteur qui, à mon avis, présente le plus fort potentiel de développement à court terme. Tous ces secteurs font de la part de l’API l’objet d’attentions particulières, avec l’organisation de manifestations internationales, comme le forum Investir au Congo Brazzaville (ICB) 2015 qui aura lieu en novembre, mais aussi la mise en œuvre de dispositions comme la Charte des investissements, le Code minier ou le Code forestier. Nous veillons à conseiller l’investisseur car c’est rare qu’il ait le temps ou la volonté de se plonger dans tous ces textes.
D’autres choses sont aussi à prendre en considération pour choisir où s’implanter. Les incitations fiscales sont nombreuses, tout comme celles relatives aux investissements. L’environnement financier, légal et juridique est également favorable : le taux de change est fixe entre le franc CFA et l’euro, le pays est membre de l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI), de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada) ; il a adhéré au Centre international de règlement des différends liés à l’investissement (Cirdi) et à l’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI). Ce ne sont que quelques exemples. Les raisons de venir investir au Congo sont nombreuses et c’est à l’API de le faire savoir.

Comment alléger encore les formalités pour faciliter la création d’entreprise ?

C’est le rôle du Centre de formalités des entreprises (CFE) et de la Maison de l’entreprise. Mais l’API, en tant que porte d’entrée officielle de l’investisseur, peut soit l’accompagner au CFE, soit accomplir pour son compte les formalités auprès du CFE, et nous nous faisons l’écho de ses attentes et besoins.
Nous avons pour vocation de faire part des disfonctionnements et de trouver des réponses aux obstacles qui se dressent sur le parcours de l’investisseur. Actuellement, pour alléger les formalités, il suffit de mettre en application les derniers textes existants qui fixent à 48 heures le délai de création d’entreprise.
Lorsque nous accompagnons un entrepreneur, notre souci est de faire au plus simple et le plus vite possible.

Quelles sont vos ambitions pour l’API ?

Parler « d’ambition » pour l’API elle-même n’est peut-être pas le terme qui convient le mieux. L’API n’a pas d’ambition, si ce n’est réaliser au mieux les tâches qui lui sont assignées. Son ambition serait avant tout pour le Congo, afin qu’il soit connu et reconnu au niveau international comme un pays accueillant pour les investisseurs. Alors, nous pourrons considérer avoir rempli notre devoir.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 2