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Brazzaville affine son rendez-vous pour les Jeux panafricains

À quelques semaines du lancement, le 4 septembre, des 11e Jeux panafricains à Brazzaville, le site de Kintélé où se trouvent 80 % des installations se métamorphose de jour en jour. Les sociétés chinoises s’y taillent la part du lion.

Par Arsène Séverin - Photo : Arnaud Makalou

C’est un retour aux sources. Brazzaville avait déjà accueilli en juillet 1965 les tout premiers Jeux panafricains. Cinquante ans après, les Jeux reviennent « à la maison », et le Congo met les bouchées doubles pour que les quelque 3 000 athlètes attendus jouissent d’un environnement et d’une organisation parfaits.
Le gouvernement ne lésine pas sur les moyens. Entre 2012 et 2015, le budget de l’État a fait provision de plus de 380 milliards de francs CFA pour tous les ouvrages à réaliser. Malgré les difficultés de collecte de recettes budgétaires dues à la baisse des cours du pétrole, dont dépend fondamentalement l’économie congolaise, le parlement a donné son feu vert au gouvernement pour concentrer l’essentiel des financements à la finition des travaux. « C’est le miroir du pays ; quitte à tout donner et mourir de faim demain », a déclaré avec emphase un député à l’issue de la dernière session budgétaire.
À tout seigneur… le grand stade de football de Kintélé, une banlieue de la capitale, est à l’entrée même du complexe. Il compte 60 055 places. À sa devanture s’élève majestueusement la tour où brûlera la flamme olympique pendant les Jeux. Les travaux avancent à pas de géant, et sont réalisés à plus de 90 %, selon Jean-François Louis, chef de mission de contrôle chez Socotec, un bureau d’études français qui veille à la qualité de l’ouvrage construit par la société chinoise Zhingwei technique Congo. Sur ce chantier, 4 000 ouvriers, congolais et chinois, mettent la main à la pâte.
Les Congolais qui participent à cette aventure sont chanceux d’avoir trouvé de l’emploi dans un pays où le chômage ronge 35 % des jeunes actifs. Si nombre d’entre eux ont été recrutés sur place, dans les quartiers environnants comme Djiri, Manianga ou Massengo, des centaines d’autres viennent de l’autre bout de la ville, de Makélékélé, Bacongo ou Mfilou. Cependant, le mécontentement de travailleurs, boudant le pointage à 3 500 francs CFA la journée, a failli retarder en mai dernier l’exécution des travaux. Mais les responsables de la société sont intervenus à temps pour que tout rentre dans l’ordre.
Le stade a visiblement pris corps. La pelouse est déjà plantée. Les curieux peuvent venir l’admirer. Les ouvriers ont terminé les embellissements extérieurs, et aux abords de l’aire de jeu, les canalisations sont fin prêtes.

Tout un complexe sportif

Le contrôleur de la Socotec assure qu’il ne reste plus que quelques retouches à faire avant de livrer l’ouvrage. En réalité, ce n’est pas seulement un stade de football, c’est tout un complexe sportif. Appuyées par leurs banques qui préfinancent les travaux, les sociétés chinoises n’accusent aucun retard, contrairement à d’autres entreprises qui ploient sous les ajournements de paiements et peinent à faire avancer les chantiers. La participation de l’État congolais viendra couvrir plus tard les dépenses déjà réalisées. D’après la mission Socotec, le complexe sportif de Kintélé est construit selon les normes du Comité olympique africain, qui suit régulièrement l’exécution des travaux.
Le palais des sports de 10 140 places, le centre nautique de 2 000 places et l’hôtel cinq étoiles de 50 chambres sont tous achevés extérieurement. L’équipement de ces bâtiments va bientôt être finalisé, selon un ouvrier congolais qui travaille au centre nautique. Les terrains d’entraînement de football, de pétanque, les stades de volley-ball et de handball sont construits dans l’enceinte même du grand stade.
Tout près de ces bâtiments modernes, le village olympique, qui accueillera 8 000 visiteurs, avance au même rythme. Le centre administratif du complexe, la salle de conférences de 200 places et le centre des médias qui comptera une quarantaine de bureaux sont presque terminés. Ils devraient commencer à être équipés début juillet. La fibre optique y est arrivée et les travaux de connexion à Internet se déroulent bien. Enfin, pour lier l’utile à l’agréable, un restaurant de 1 300 couverts est aussi prévu et n’attend plus qu’à être installé. Il ne reste plus qu’à pourvoir l’ensemble du complexe en escaliers mécaniques et ascenseurs.
Après avoir visité le site en avril dernier, le ministre ghanéen des Sports, Elvis Afriyie Ankra, a salué sa qualité : « Ces infrastructures sont construites selon les standards internationaux ; elles le sont également pour la postérité, donc intègrent finalement la jeunesse. » Également satisfait de l’évolution du chantier, le ministre en charge des Grands travaux, Jean Jacques Bouya, a de son côté renchéri : « Les ouvrages de ce genre se comptent les doigts d’une main sur notre continent. C’est un stade qui rivalise avec les stades mythiques du continent. »
L’université Denis-Sassou-N’Guesso, en construction à quelque 3 km du complexe sportif, est aussi un maillon important pour le succès des Jeux panafricains de septembre. Cet établissement, dont les 2 512 chambres de campus sont en cours de finition, servira d’hébergement aux athlètes.
Les matériaux utilisés viennent de Chine, et sont partis du port de Shanghai pour être débarqués au port de Pointe-Noire ; de là, le transport s’est fait jusqu’à Brazzaville par route carrossable. Le stockage des matériaux sur le site a permis aux ouvriers de ne pas perdre de temps sur le calendrier – l’échéance étant fixée au 30 juin. Le directeur de Zhingwei technique Congo, Juhani Yi, assurait au mois de mai que « si l’environnement social reste tel, et que le gouvernement continue à apporter son soutien à ce projet, l’ouvrage sera livré dans les délais ».
Loin de Kintélé, dans la partie sud de Brazzaville, trois autres sites doivent être livrés en juillet. Il s’agit pour le premier du complexe sportif de Makélékélé, qui renfermera l’une des premières salles de Jeux de la capitale congolaise – près de laquelle se trouve d’ailleurs l’Institut supérieur d’éducation physique et sportive (ISEPS) – et un département de l’université Marien-Ngouabi. C’est là que se trouvait le tout premier aéroport de Brazzaville, démoli en juillet 2014. Le nouveau complexe disposera de 3 000 places assises. Les travaux, exécutés par la société chinoise Sinohydro pour un coût total de 8 milliards de francs CFA, sont presque terminés ; les ouvriers s’emploient actuellement à poser les baies vitrées et mettre les dernières couches de peinture.
Confié à une autre société chinoise, le chantier d’un autre complexe, voisin du stade Alphonse-Massamba-Débat à Bacongo où ont eu lieu les premiers Jeux panafricains, avance normalement et devrait être livré dans les délais, selon les ouvriers.
Enfin, le stade Michel-d’Ornano est le quatrième site en cours de réalisation. Avec ses 1 800 places assises, il est mené par le groupe Solmur, une société congolaise.

Un viaduc et deux échangeurs pour Kintélé

Le gouvernement a entrepris de construire deux ouvrages à partir de Talangaï pour faciliter l’accès à Kintélé. Les travaux ont démarré depuis quelques mois et coûteront 102 milliards de francs CFA. Les deux sociétés chinoises qui s’emploient à leur réalisation ont déjà atteint 70 % de leur exécution. Il s’agit en fait d’un viaduc, qui permettra de faire passer une route de 7 km entre « Keba na virage » et le complexe de Kintélé, en traversant la rivière Kélékélé. Cette route surélevée (4 m) bordera le fleuve Congo sur une zone marécageuse grâce au soutien de 760 piliers. Ce sera la troisième sortie nord de la capitale.
Non loin, la deuxième sortie sera pourvue de deux échangeurs construits par la société SGEC-Congo, filiale du groupe français Vinci, pour un montant global de 28 milliards de francs CFA. Déjà réalisés à près de 50 %, ces ouvrages permettront de relier les quartiers de l’extrême nord de la capitale au centre-ville. En donnant le 8 mai dernier le premier coup de pioche de ce grand chantier, le président Denis Sassou N’Guesso a voulu mettre fin aux tracasseries de transport constatées actuellement dans cette partie de la ville. Ainsi, a-t-il dit, « Brazzaville ne tournera plus le dos à ces voisins », allusion faite ici à la RDC. Un vaste programme de désengorgement de la capitale est mis en place, et coûtera plus de 235 milliards de francs CFA, selon le ministre Bouya. Ce montant prend en compte les autres projets cités plus haut.
Une route, qui longera la corniche de la Case de Gaulle jusqu’au Ravin du Tchad, est en cours d’aménagement. Facturée 70 milliards de francs CFA par la société chinoise China Road and Bridage Corporation (CRBC), elle devrait être livrée fin juillet. Elle permettra aux populations de la partie sud de Brazzaville, notamment celles qui sont de l’autre côté de la rivière Djoué, de relier Kintélé sans passer par le centre-ville ou par les communes de Moungali et d’Ouenzé. Les travaux pourront se poursuivre entre le Ravin du Tchad et l’hôtel Palace, toujours au bord du fleuve Congo. Au final, les Jeux panafricains ne seront pas qu’un spectacle magique. Ils contribueront à transformer définitivement Brazzaville.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 2