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Le Congo, nouvel eldorado de l’écotourisme ?

Véritable paradis vert, le Congo Brazzaville jouit d’un climat équatorial, doux et humide toute l’année. Parcs, réserves, sanctuaires… l’écotourisme y est en pleine expansion.

Par Bruno Okokana - Photo : Shutterstock

Levés à 5 heures du matin, les membres de la petite troupe de jeunes touristes français s’engouffrent dans le pick-up des gardes forestiers du parc national de Conkouati-Douli, au nord de Pointe-Noire, vers la frontière gabonaise, pour un lever de soleil grandiose, à la poursuite des troupeaux de buffles et d’éléphants. Dans les sentiers de forêt aux alentours, les chimpanzés regardent passer le véhicule comme s’ils étaient les gardiens suspicieux d’un monde vierge, où l’homme doit se faire humble devant la nature. Plus tard, dans la mangrove toute proche, les mêmes jeunes touristes se repaîtront d’un coucher de soleil dans la lumière duquel s’ébrouent des lamantins, en se disant qu’ils ont été les spectateurs d’un miracle quotidien. Une journée à crapahuter pour un instant de bonheur.
La République du Congo – 342 000 km2 – est à cheval sur l’équateur, et s’étire le long de cette latitude sur plus de 1 500 km, de l’océan Atlantique jusqu’aux contreforts de la République centrafricaine (RCA), en s’adossant sur le mythique fleuve Congo dans sa partie sud. Ce petit pays possède un incroyable patrimoine naturel accessible par la route, chaque site étant à moins d’une heure de l’une de ses trois principales villes : Brazzaville, la capitale politique, Pointe-Noire, la capitale économique, et Dolisie, la ville de transit pour les marchandises destinées à être écoulées sur le territoire. Véritable poumon planétaire, au même titre que les immenses forêts amazoniennes, le bassin du Congo fait du pays la destination par excellence en Afrique centrale pour les passionnés d’écotourisme. Les deux tiers de son territoire national sont occupés par une forêt tropicale humide, et il est le 15e pays au monde pour la proportion de son couvert forestier.

L’écotourisme : un moteur du développement économique

Récemment, le gouvernement a fait de l’écotourisme un de ses chevaux de bataille. Le président de la République a assigné au ministre du Tourisme et de l’Environnement des objectifs quantitatifs précis : par exemple, les revenus du secteur devraient atteindre 10 % du PIB en 2016. C’est un défi de taille. Pour le relever, le Congo compte sur le développement d’un tourisme de découverte. Car il possède une multitude de parcs nationaux d’une incroyable richesse, peuplés d’éléphants, de gorilles, de chimpanzés et autres panthères. Sa flore n’est pas en reste. Ainsi, le seul le parc national d’Odzala-Kokoua, dans le nord-ouest du pays, recèle près de 4 400 familles de plantes. Cette faune et cette flore sont issues d’une mosaïque d’écosystèmes, et forment une biodiversité extraordinaire, un patrimoine hors du commun.
Bref, les atouts du pays sont nombreux. D’autant qu’on peut y ajouter la chaleur de l’accueil des autochtones, la qualité de la gastronomie et la diversité de l’artisanat, le tout sur fond de musiques qui font partie intégrante du quotidien congolais. Le New York Times ne s’y est pas trompé qui, en 2013, a classé la République du Congo 39e destination touristique mondiale dans sa liste des 46 pays les plus prisés. Situés au cœur du bassin du Congo, deux de ses parcs nationaux, Odzala-Kokoua et Nouabalé-Ndoki, font partie des principaux attraits de ce territoire. Ils constituent des réserves naturelles pour les éléphants, les gorilles des plaines, les plantes médicinales....
Le Congo Brazzaville abrite trois parcs nationaux, deux domaines de chasse, quatre réserves de faune, une communautaire, une de biosphère et quatre naturelles, notamment les sanctuaires de grands singes qui ont été présentés au Salon mondial du tourisme à Paris en mars 2012. Le parc d’Odzala-Kokoua, créé en 1935, présente un écosystème méconnu et pourtant extraordinaire. C’est une immense mosaïque de biotopes qui s’étend sur 284 800 ha, à cheval sur les départements de la Cuvette-Ouest et de la Sangha, et accueille plus de 400 espèces d’oiseaux qui côtoient des populations de gorilles, d’éléphants de forêt et de buffles, ainsi que les derniers lions d’Afrique centrale. Ils évoluent dans de grandes zones marécageuses, des forêts, la savane, ainsi qu’au bord de la rivière Mambili où les nombreuses clairières et salines, qui attirent les animaux, forment un spectacle fascinant.
Le parc national de Nouabalé-Ndoki, créé en 1933, est un écosystème intact exempt d’activité humaine et d’exploitation forestière, avec une importante population de grands mammifères en voie de disparition – éléphants de forêt, gorilles, chimpanzés – et plus de 300 espèces d’oiseaux et autres petits animaux. Après plusieurs heures de marche, on finit par pénétrer dans le monde fabuleux et mystérieux de la forêt équatoriale. Deux campements permettent d’accueillir les visiteurs. Ils proposent des excursions en pirogue pour admirer la luxuriance du lieu et atteindre la clairière marécageuse de Mbeli, où les éléphants prennent leur bain de boue.
Si l’on va du côté de l’Atlantique, on trouve le parc national de Conkouati-Douli, cité plus haut, qui est une destination particulièrement prisée pour observer les baleines à bosse, les lamantins et les tortues luths, dont c’est le premier lieu de nidification en Afrique. Il s’étend sur 504 950 ha.
En ce qui concerne les réserves, celle du lac Télé Likouala-aux-Herbes, située dans le département de la Likouala, touche la pointe sud du paysage trinational de la Sangha. La réserve de faune de la Lekoli-Pandaka, dans le nord-ouest (à 100 km à l’ouest de Makoua, 450 km au nord-ouest de Brazzaville), créée en 1955 et couvrant une superficie de 68 200 ha, est intégrée dans le parc national d’Odzala-Kokoua, à côté du domaine de chasse Mboko. La réserve de la Léfini est à proximité du lac Bleu, à environ 140 km de Brazzaville. Elle abrite des hippopotames, des antilopes, des buffles, des gazelles, des pintades, des singes... Enfin, l’Unesco a reconnu en 1988 la réserve de la biosphère de Dimonika, située dans la chaîne du Mayombe, à environ 50 km de la côte atlantique.
On compte également de nombreux sanctuaires, comme celui de Lésio-Louna, qui a été créé pour la réinsertion des bébés gorilles saisis par l’administration forestière auprès des braconniers et trafiquants. C’est une aire protégée de 170 000 ha, à 140 km au nord de Brazzaville, et gérée par le Projet de protection des gorilles (PPG).

Une feuille de route sur plusieurs axes

En dressant l’état des lieux de l’écotourisme dans le bassin du Congo, les experts des pays membres de la Commission internationale du bassin Congo-Oubangui-Sangha (Cicos), réunis à Brazzaville en février 2015, ont examiné et validé la feuille de route concernant les prochaines étapes. Les axes d’intervention proposés sont issus des recommandations des ateliers nationaux. Pour Audrey Zoula, expert principal en charge de ce secteur à la Cicos, l’écotourisme n’a pas vraiment démarré au Congo et reste encore un vœu pieux. Au niveau du ministère congolais du Tourisme, il n’y a pas de textes qui structurent le secteur. Ce qui n’est pas le cas au niveau du ministère de l’Économie forestière et du Développement durable. « Aujourd’hui au Congo, l’écotourisme ne dispose d’aucune base juridique. Et les seuls documents référentiels sont ceux de l’Organisation mondiale du tourisme, notamment la Charte du tourisme ou le Code d’éthique du tourisme », résume Audrey Zoula.
Pour le ministère du Tourisme, l’objectif fixé est de faire le point sur l’état des lieux des mesures institutionnelles et législatives concernant l’écotourisme, et d’axer sa politique sur les réponses à apporter pour faire face aux défis. La Cicos envisage de mettre en commun les énergies de ses pays membres – que sont le Congo, le Cameroun, la Centrafrique, le Gabon et la République démocratique du Congo – afin que chacun adopte une approche similaire pour résoudre les problèmes de l’eau, de l’énergie et de la sécurité alimentaire. L’enjeu est important car la finalité de cette forme de tourisme, qui implique les populations locales, est de combattre la pauvreté et de réduire les inégalités et le chômage.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 2