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Interview de Mahaman Laouan Gaya, nouveau Secrétaire exécutif de l’APPA

« L’Afrique dispose d’un énorme potentiel en hydrocarbures et doit conséquemment peser sur l’échiquier pétrolier mondial, en redéfinissant les objectifs et les stratégies de l’Association. »

Propos recueillis par Laurent Bou Anich

Cap Éco Africa : Monsieur Laouan Gaya, vous venez de quitter les Nations unies pour une association panafricaine. Pourquoi ce choix ?

Mahaman Laouan Gaya : En effet, j’étais encore récemment au PNUD, au Burundi, comme expert international en énergie, et j’ai quitté ce poste, bien avant la fin de mon mandat. L’APPA a souffert et continue de souffrir du statut de simple association qu’on a tendance à lui coller. Le déficit de communication et de visibilité ont été une grande défaillance qui n’a que trop duré, et qui a porté un grave préjudice à son image. Des Africains, et non des moindres, ignorent royalement l’existence de l’unique organisation panafricaine qui s’occupe de l’une de nos plus importantes ressources énergétiques. C’est une situation qui va profondément changer avec le projet de réforme institutionnelle, où toutes ces questions seront abordées. Les pays membres ont exprimé des préoccupations quant à la relance des activités de l’institution et ont décidé en conséquence de procéder à sa réforme en profondeur, en sus des orientations contenues dans le 8e Programme d’actions de l’APPA. C’est dans ces conditions que, sur recommandation d’un comité d’experts, le Conseil des ministres des pays membres a porté son choix sur ma modeste personne. Pour ma part, mon unique ambition est justement de servir l’Afrique en général et nos pays en particulier, là où mes compétences seront utiles et appréciées.

Au regard du contexte pétrolier et énergétique mondial actuel, pouvez-vous présenter à nos lecteurs les missions de l’APPA ?

L’Association des producteurs de pétrole africains est une organisation intergouvernementale créée en janvier 1987 à Lagos, pour servir de plate-forme de coopération et d’harmonisation des efforts, de collaboration, de partage de connaissances et de compétences, entre les pays africains producteurs de pétrole. Ses membres, aujourd’hui au nombre de 18, produisent plus de 98 % du pétrole africain et représentent près de 12 % de la production mondiale et 10 % des réserves pétrolières mondiales prouvées. L’autre mission de l’APPA est la promotion des initiatives communes (projets, infrastructures) en matière de politiques et de stratégies de gestion. À la création de l’Association, les pays fondateurs ont convenu de fournir 4 % de leur production pétrolière aux pays africains non membres en proie à l’insécurité énergétique.
Aujourd’hui, nous faisons face à de nouveaux défis, dont entre autres le placement du brut africain sur le marché international, marché qui échappe au contrôle des pays producteurs. Un autre problème de taille est la faible capacité de nos États à assurer l’exploitation de leurs ressources pétrolières ; ce qui incite les grandes puissances, et de plus en plus celles dites « émergentes », à venir investir massivement sur l’ensemble de la chaîne pétrolière, au point de s’accaparer des services parmi les plus élémentaires dévolus aux locaux. Ce qui risque d’avoir pour conséquence – si ce n’est déjà fait – le développement d’une économie de rente. Il est donc impératif que nous prenions conscience de l’appropriation d’une bonne part de la rente pétrolière à travers la maximisation du profit. L’Afrique dispose d’un énorme potentiel en hydrocarbures et doit pouvoir peser sur l’échiquier pétrolier mondial, en redéfinissant les objectifs et les stratégies de l’Association. Il faut réorganiser le marché pétrolier africain et privilégier l’intégration économique continentale : les Africains doivent être en mesure de consommer l’essentiel de la production pétrolière africaine… ça serait l’idéal !

Beaucoup de pays membres ont reproché à l’APPA de n’avoir pas anticipé la crise pétrolière, née de la chute des prix du baril de pétrole, qui a plombé leurs recettes budgétaires. Selon vous, cette critique est-elle justifiée ?

Les producteurs de pétrole africains ont été sévèrement affectés par la baisse des cours du baril de pétrole sur le marché international. Les années 2014 et 2015 ont été caractérisées par un développement effréné des hydrocarbures de schiste en Amérique du Nord, d’où une perte de marchés et une mévente pour les gros pays producteurs (Nigéria, Algérie, Angola). Mais l’explication de cette baisse relève aussi du ralentissement de la demande mondiale et de la volonté de l’OPEP de maintenir sa production. Si certaines des raisons avancées concernant l’effondrement des prix du pétrole sont évidentes, d’autres le sont moins. Une chose est cependant certaine : nous sommes dans le processus de transition de l’ancien vers un nouvel ordre pétrolier mondial, et personne – ni l’OPEP, ni les investisseurs pétroliers, ni les États, ni les spéculateurs – ne peut prétendre maîtriser le cours des évènements. Nous devons garder à l’esprit que ce n’est pas la première fois que le monde vit des envolées ou des baisses des cours des matières premières extractives. La baisse des cours du baril à laquelle nous assistons en ce moment ne sera très certainement pas la dernière ; alors nous devons une fois pour toute retenir cela.
Nos administrations doivent un tant soit peu suivre et prévoir les cours mondiaux des matières premières. Sinon, on ne peut pas comprendre que le baril de pétrole, qui était à 115 dollars en juin 2014, a amorcé une chute progressive qui a duré six mois consécutifs. Au 31 décembre 2014 le baril était à 53 dollars, avant de tomber en dessous de la barre de 50 dollars le mercredi 7 janvier 2015, sans que personne ne s’en émeuve, au point que de nombreux pays ont élaboré, discuté et adopté leur budget de l’année 2015 sur la base d’un baril à 100 dollars, voire plus – les arbitrages et les discussions budgétaires ayant pourtant lieu en général à partir de septembre ! Donc, depuis des mois, ces signes avant-coureurs de la baisse des cours du baril de pétrole étaient perceptibles par tous – ministères de Pétrole, ministères des Finances, ministères du Plan, APPA. Avec un minimum d’attention, on aurait pu réduire les dommages. Dans le cadre de la réforme à venir, nous prendrons des dispositions afin de nous doter d’un cadre d’études stratégiques et de prospective dans le secteur du pétrole, tant en Afrique qu’ailleurs dans le monde.

Vous avez beaucoup écrit et parlé sur les problématiques pétrolières et énergétiques en Afrique. Avec l’APPA, quelles promesses et quels engagements prenez-vous aujourd’hui devant les peuples africains et pour les générations à venir ?

Je ne peux pas avoir la prétention de prendre des engagements solennels devant les peuples africains. Par contre, ce qu’il faut retenir, c’est que je suis un commis au service de nos pays. J’ai été investi d’une mission : celle d’amener à bon port le Programme de réforme de l’APPA, de mettre en œuvre le 8e Programme d’actions, de redynamiser notre organisation commune et de relever les défis pétroliers et énergétiques auxquels font face les pays africains. Et faire que les activités de notre organisation aient un impact visible et palpable dans le quotidien de nos concitoyens.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 3