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Pétrole et grands travaux d’infrastructures au Cameroun

Les ressources issues du pétrole camerounais contribuent-elles au développement du pays ? Cette question a toujours été au centre des débats sur la gouvernance dans les industries extractives.

Par Christian Abolo - Photo : Shutterstock - AGAP

Alors qu’une étude publiée par la Banque mondiale au mois de mai 2015 fait état d’une augmentation sensible de la production de pétrole et de gaz au Cameroun au cours des années à venir et, à moyen terme, d’une production pétrolière nationale qui pourrait plus que doubler grâce à l’exploitation de nouveaux gisements, le gouvernement peut raisonnablement être optimiste quant à la poursuite de la mise en œuvre de son vaste programme de construction d’infrastructures. Mais comme chacun le sait, les cours du brut ont subi une chute vertigineuse ces deux dernières années sur les marchés internationaux, et pourraient demeurer à ces niveaux d’étiage pendant un temps plus ou moins long. Le Cameroun, qui est l’un des plus petits producteurs de pétrole de la zone CEEAC, ressent les effets de ce marasme sur l’équilibre de son budget, dont les recettes sont essentiellement constituées de trois grandes masses : les impôts, les droits de douane et la contribution de la Société nationale des hydrocarbures (SNH).
Cette société, créée en 1980 afin de gérer les intérêts du pays dans le secteur pétrolier, apporte une contribution substantielle au budget de l’État en transférant les recettes issues des ventes du brut au Trésor public « après déduction des charges de production », selon un haut responsable de la SNH. Ces apports se sont établis à environ 5 002 milliards de francs CFA sur les dix dernières années (2005-2014). Si l’on y ajoute une moyenne annuelle de 150 milliards au titre de l’impôt sur les sociétés pétrolières, le montant global des ressources provenant du pétrole reversées peut être estimé à 6 500 milliards de francs CFA, soit environ 22 % des recettes de l’État sur la période de référence. Dès lors, la question de savoir si les ressources issues du pétrole participent à la construction des infrastructures publiques revient à se demander si les fleuves se jettent à la mer. En fait, la vraie question serait de savoir quel grand projet entrepris au Cameroun n’en a pas bénéficié.

Le financement des infrastructures par la rente pétrolière

Le pays a connu dans les années 1970 une forte croissance, soutenue par le commerce des cultures de rente telles que le cacao et le café. Avec ces revenus substantiels, il a pu se développer rapidement pendant les 15 premières années postindépendance, au cours desquelles tout était à faire pour sortir de la nuit de la colonisation. Les études et la prospection pétrolières entamées à cette époque n’ont commencé à donner des résultats dignes d’espoir qu’une quinzaine d’années plus tard, au moment même où le monde assistait, stupéfait, au premier choc pétrolier de son histoire. Alors que les dirigeants du pays pouvaient espérer lancer enfin son décollage, la chute des cours du pétrole, concomitante à une détérioration des termes de l’échange, va fragiliser durablement le jeune tissu économique camerounais. Et le pays, à l’instar de bien d’autres de même niveau de développement, va subir de plein fouet la crise économique mondiale qui le frappera dès le milieu des années 1980, et ne commencera à retrouver son équilibre qu’avec l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative Pays pauvres très endettés (PPTE) en 2006.
Entre-temps, passé sous les fourches caudines des institutions financières internationales (Fonds monétaire international et Banque mondiale), qui l’ont placé sous ajustement structurel pendant près de 20 ans, le Cameroun n’a que faiblement investi dans le secteur des infrastructures. Il ne pouvait en effet bénéficier d’aucun prêt extérieur et s’appuyait essentiellement sur ses recettes internes et de maigres aides budgétaires des institutions de Bretton Woods, qui limitaient les interventions de l’État aux secteurs sociaux de base et au paiement des salaires.
Bien avant la crise économique et pendant la période d’ajustement structurel, l’essentiel des infrastructures publiques réalisées par l’État était financé par les dividendes issus de l’exploitation du pétrole qui étaient logés sur un compte dit « hors budget ». Des infrastructures comme l’aéroport Yaoundé-Nsimalen et nombre de tronçons routiers (axe lourd Yaoundé-Douala, routes Sangmelima-Mbalmayo, Edéa-Kribi, Ebolowa-Mbalmayo, Yaoundé-Bafoussam, etc.) construites à cette époque n’échappent pas à ce registre.
C’est au début des années 2000, dans le cadre des négociations entre le Cameroun et ses partenaires financiers en vue de l’annulation de la dette colossale qui plombait l’économie du pays, et suite à une volonté de plus en plus affirmée des autorités en matière de transparence dans les industries extractives, que l’on a abouti à la budgétisation des ressources issues du pétrole et du gaz, dont la SNH a dès lors systématisé le reversement au Trésor public.
Avec une contribution moyenne annuelle de 650 milliards de francs CFA au budget de l’État, les ressources issues du pétrole et du gaz ont été déterminantes dans la réalisation des infrastructures. L’on peut citer en premier lieu les interventions directes de l’État dans le cadre la mise en œuvre des projets du Budget d’investissement public (BIP), avec, à titre d’exemples, l’aménagement et l’entretien routiers, certaines infrastructures de deuxième niveau telles que les lycées, les hôpitaux départementaux, les universités d’État, la modernisation urbaine, etc.
Il convient également d’aligner les fonds de contrepartie dont le montant est arrêté chaque année par le Président de la République et que le gouvernement met à disposition pour les faciliter le bouclage des grands projets dits de premier niveau, financés par endettement auprès des partenaires internationaux. Il y a lieu enfin d’évoquer les projets d’infrastructures réalisés en partenariat, avec la participation de l’État du Cameroun.
Il est cependant difficile de mesurer avec précision le niveau réel de la contribution des ressources pétrolières à la construction des infrastructures au Cameroun, du fait du principe d’unicité de caisse de l’État.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 3