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La Sonara : la Société Nationale de Raffinage camerounaise

Créée par décret présidentiel n° 73/135 du 24 mars 1973, la Société nationale de raffinage se classe depuis 2011 à la tête des meilleures entreprises camerounaises, et au top 100 continental.

Par Pius Moulolo - Photo : Shutterstock - Nostal6ie

D’abord les chiffres. Société au capital de 23 milliards de francs CFA pour une capacité théorique de production de 2,1 millions de tonnes/an, la Société nationale de raffinage (Sonara SA) est une raffinerie de type hydroskimming dont le rôle principal est de transformer le pétrole brut en produits finis tels que le super, le gasoil, le lampant, le jet A1, le fuel-oil, le butane et le distillat. Ses principaux actionnaires sont l’État camerounais (82 % des parts) – constitué de la Société nationale des hydrocarbures (SNH), la Caisse de stabilisation des prix des hydrocarbures (CSPH), la Société nationale des investissements (SNI) et le ministère des Finances –, et le groupe Total (18 % des parts).
Bâtie sur 54 ha et employant près de 719 personnes, la Sonara dispose d’une grande souplesse et traite des bruts d’origines diverses, comme les productions d’Ébome et Kolé au Cameroun, d’Alba Condensat en Guinée équatoriale, ou encore d’Okwori, Ea, Abo, Brass River et Bonny Light du Nigéria voisin. L’approvisionnement est assuré par des pétroliers de 30 000 à 90 000 t, équipés de ballasts permanents et accostant à l’appontement n° 2 de Cap Limboh, relié à la raffinerie par une ligne de 30 pouces.
Afin d’optimiser sa capacité de raffinage, la société s’est tournée vers l’export depuis son lancement en 1981. Elle ravitaille ainsi l’ensemble des pays de la zone Cemac, et au-delà le Nigéria, la RDC, le Togo, le Ghana, l’Europe, l’Amérique latine et les États-Unis d’Amérique. Avec son parc de 47 bacs et une capacité de stockage de 488 000 m3, la Sonara a réalisé un chiffre d’affaires net de 865 milliards de francs CFA en 2014.

La Sonara à l’heure des grands projets

La société nationale camerounaise, conçue au départ pour traiter du brut léger (ou « arabian light »), produit actuellement des bruts lourds. D’où un constat d’inadéquation entre l’outil existant à la raffinerie de Limbé, dans l’ouest du pays, et les bruts disponibles. La Sonara s’est donc lancée depuis 2010 dans un vaste projet d’extension et de modernisation de ses infrastructures.
La première phase, qui a coûté environ 200 milliards de francs CFA, a consisté à augmenter la capacité de distillation atmosphérique et créer une unité afin de maximiser la production d’essence. Elle englobe aussi l’édification d’une nouvelle unité de distillation sous vide. Le distillat ainsi obtenu sera utilisé dans la nouvelle unité d’hydrocraquage. Cette phase prévoit également la construction d’une unité de production d’électricité afin de remplacer les trois groupes Diesel actuels et porter la production de 9 à 16 MW.
La deuxième phase reviendra à 315 milliards de francs CFA. Elle permettra de mettre sur pied de nouvelles unités telles qu’un hydrocraqueur, un récupérateur d’hydrogène (par Pressure Swing Absorber, PSA), un récupérateur de soufre, un nouveau stripper d’eau et une nouvelle torche.
Le projet englobe aussi la construction d’un nouveau quai dans le port en eaux profondes de Kribi, ce qui permettra à terme de porter la production pétrolière de 2,1 à 3,5 millions de tonnes/an.
L’extension et la modernisation des infrastructures de la Sonara permettront de réduire efficacement les émissions de gaz à effet de serre, créer de nouvelles spécialités et de nouveaux emplois, assurer un transfert de technologie, garantir la pérennité et la compétitivité de l’entreprise et à terme l’autosuffisance énergétique du Cameroun.

La SNH et la SCDP, deux partenaires clés de la Sonara

La SNH est à raison considérée comme la locomotive économique du Cameroun. Créée le 12 mars 1980, elle a pour principale mission de gérer les intérêts de l’État dans les secteurs pétrolier et gazier. Elle assure ainsi la promotion, le développement et le suivi des activités pétrolières et gazières sur l’ensemble du territoire. Elle commercialise sur le marché international, par le biais de contrats, la part de production nationale de pétrole brut qui revient à l’État, ainsi que ses propres parts en tant qu’investisseur. Depuis l’entrée en production du champ pétrolifère onshore de Mvia dans le bassin Douala-Kribi-Campo, la SNH est devenue un opérateur pétrolier à part entière. En 2014, elle a investi 1,16 milliard de dollars pour une production pétrolière de 27,5 millions de barils et une production gazière de 10,85 milliards de pieds cubes. Le montant reversé à l’État s’élève à 492,964 milliards de francs CFA. Les recettes issues des ventes sont transférées au Trésor public après déduction des charges de production. Elles s’élèvent à près de 5 002 milliards de francs CFA sur la décennie 2005-2014. Avec un chiffre d’affaires de 1 021 milliards de francs CFA atteint grâce à la diplomatie managériale agressive de son P-DG Adolphe Moudiki, la SNH peut disputer à la Sonara la place de première entreprise camerounaise, et potentiellement d’Afrique centrale.
Elle est aidée dans cette bataille par la Société camerounaise des dépôts pétroliers (SCDP). La création en 1979 d’une société de stockage et de distribution des produits pétroliers venait en effet répondre aux problèmes de pénurie dans un marché national en pleine croissance, mais aussi et surtout à l’inadéquation de partage de production entre le Cameroun et ses partenaires étrangers. L’État camerounais souhaitait en effet se libérer de l’emprise des géants pétroliers de l’époque, à savoir Agip, Total, Texaco, Elf et Mobil. La principale mission de la SCDP est donc de satisfaire la clientèle camerounaise, en mettant à sa disposition, de façon rationnelle et sans rupture, des produits pétroliers en quantité suffisante et de bonne qualité. Elle s’assure également du stockage des produits pétroliers raffinés et sécurise ses approvisionnements. Avec un capital de 3,5 milliards de francs CFA, elle compte deux groupes d’actionnaires : l’État camerounais, avec 51 % des parts, constitué de la CSPH, la SNI, le port autonome de Douala (PAD) et la SNH ; puis les actionnaires privés, avec 49 % des parts, constitués de Corlay Cameroun (ancien Texaco Cameroun, du groupe Chevron), Total outre-mer, Total Cameroun et Tradex.
Ensembles, la Sonara, la SNH et la SCDP forment le trio gagnant destiné à accompagner le Cameroun sur les grands chantiers de l’émergence à l’horizon 2035.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 3