A la une

La vision du Président Paul Biya en matière de développement énergétique et du secteur de l’eau

Le secteur de l’énergie et de l’eau nécessitait l’élaboration d’une politique gouvernementale à moyen et long termes. Car Paul Biya l’a bien compris : l’émergence ne se conçoit ni sans énergie, ni sans eau… Bilan de la nouvelle vision énergétique.

Par Adamou Petouonchi - Photo : AFP - EDC

Les atouts et le potentiel énergétique d’un pays accélèrent son processus de développement. C’est particulièrement vrai pour le Cameroun. Alors que, dit-on, « l’eau, c’est la vie », l’électricité pour sa part est l’élément qui met en mouvement l’ensemble du système productif d’une économie. Autrement dit, l’énergie est le moteur de toute industrialisation. C’est le vecteur par excellence de la croissance économique autoentretenue. Une offre adéquate, satisfaisante et abondante en énergie est créatrice de valeur ajoutée et d’externalités positives pour le dispositif productif et le tissu économique dans son ensemble.

A contrario, l’insuffisance de l’offre conjuguée à une demande qui n’est pas satisfaite provoque des blocages dans la consommation des ménages et des entreprises, au point d’être érigée en un « effet d’éviction » des investissements, publics comme privés, nationaux et étrangers.

Ces axiomes bien compris, la dotation factorielle énergétique protéiforme du Cameroun contraste quelque peu avec son déficit d’offre d’énergie disponible. Selon le Système d’information énergétique (SIE-Cameroun), l’intensité énergétique (consommation par rapport au PIB) se situe à 627,6 Tonnes équivalent pétrole (tep) par milliards de PIB en 2010, la facture énergétique et le taux de dépendance énergétique étant respectivement à 1 191 milliards et 54,4 % de l’économie du Cameroun la même année, tandis que le taux de dépendance nette était négatif, -41,7, soit 0,3 tep/habitant du taux de consommation d’énergie. Celui-ci représente près du double de la moyenne mondiale, ce qui se justifie par d’importants besoins d’investissements en infrastructures énergivores dans le pays.

En effet, en dépit de l’ambition de porter à plus de 3 000 MW de puissance d’ici 2020 la production nationale et malgré l’arsenal de mesures prises, allant des solutions complémentaires et conjoncturelles (Programme thermique d’urgence, PTU) aux solutions structurelles et sectorielles (grands projets dans les domaines de l’hydroélectricité et des énergies renouvelables), l’offre disponible stagne à un niveau très bas (moins de 1 300 MW en 2015 contre 1 008 MW en 2010), d’après un rapport de la Banque africaine de développement en 2014. Ce déséquilibre entraîne des pertes d’efficience économique provoquées par la sous-capacité de production des entreprises, qui provoque à son tour une réduction des quantités offertes et, en corollaire, une flambée des prix. Ce qui se traduit par une augmentation des coûts de production pour les entreprises, et parallèlement à un accroissement des prix d’accès à l’électricité pour les ménages. Les coupures incessantes, conséquence d’une offre déficitaire, ont pour effet d’entretenir un cercle vicieux bloquant les perspectives de développement du Cameroun, et plombant en même temps le cycle d’exploitation des entreprises. L’ampleur du différentiel entre l’offre potentielle et l’offre effective, aussi bien en eau qu’en énergie, commande une action d’envergure.

La nécessité d’une vision forte

Fort de ce diagnostic, le Président Paul Biya a résumé l’essentiel des priorités de son économie autour du « renouveau » de l’énergie, et lors de son discours à la nation le 31 janvier de l’année 2012, il a exposé sa vision en ces termes : « Le premier secteur que je vais mentionner est celui de l’énergie, parce qu’il est la condition du développement de notre économie. Au cours des derniers mois, nous avons lancé la construction de plusieurs barrages et de centrales hydroélectriques. […] Nous allons ainsi amplifier notre capacité de production d’électricité et mettre fin aux pénuries qui, depuis trop longtemps, pénalisent nos populations et nos industries. […] À moyen terme, nous aurons ainsi gagné la bataille de l’énergie. »

Pour comprendre les propos du Président de la République du Cameroun, il faut se souvenir de son programme politique et économique de 2011 baptisé « La Nouvelle Dynamique » et de la « Vision 2035 », au travers desquelles il entend « faire décoller le Cameroun, comme l’ont fait il y a une trentaine d’années les nouveaux dragons asiatiques ». Plus précisément, il envisage de « valoriser le potentiel hydroélectrique et gazier, les énergies alternatives et la modernisation des réseaux de distribution pour satisfaire la demande intérieure et exporter les surplus vers la Guinée équatoriale, le nord du Congo et l’est du Nigéria ». Vaste programme. Ce plan de développement prévoit des investissements de 5 853 milliards de francs CFA jusqu’en 2020. Il comporte des projets de production et de construction de réseaux.

Cependant toute vision qui se veut cohérente et viable se nourrit d’interrogations afin de choisir les leviers d’action les plus significatifs. C’est d’ailleurs ce qu’a fait le Président camerounais en posant le 31 janvier 2012 la question suivante à la nation tout entière : « Que nous a-t-il manqué jusqu’à présent pour parvenir à stimuler notre économie ? » Assurément pas la richesse hydroélectrique puisque le Cameroun possède le 2e potentiel d’Afrique subsaharienne, estimé à environ 20 GW, soit plus de 115 milliards de kWh, que le pays pourrait produire chaque année si ces ressources étaient mises en valeur. De plus, en ce qui concerne l’énergie renouvelable – solaire et éolienne –, le Cameroun dispose d’un potentiel abondant et disponible, lui aussi très faiblement exploité.

Afin de répondre résolument à cette préoccupation, le Chef de l’État a identifié les défis majeurs pour chacun des sous-secteurs énergie et eau.

Les défis à relever

S’agissant du sous-secteur de l’énergie, la vision du Président Paul Biya consiste à améliorer l’offre et l’accès. Il s’agit de garantir à moyen et long termes, au travers d’investissements massifs, la sécurité de l’approvisionnement du pays en énergie à moindre coût, et de rendre possible l’accès des ménages et de l’industrie à l’énergie électrique. Cela passe par l’accroissement significatif de la production et la valorisation des potentiels hydroélectrique et gazier, des énergies alternatives, et la modernisation des réseaux de distribution.

En ce qui concerne le sous-secteur de l’eau, l’action constante du gouvernement s’articule autour de l’amélioration significative de l’accès à l’eau potable et de sa desserte par l’intensification des investissements dans les infrastructures adéquates. Cette vision clairement définie doit être portée par des projets structurants.

L’économie camerounaise connaît une véritable mue qui modèle son avenir. D’après la Banque mondiale, les taux de couverture nationale en énergie et en eau potable se montent respectivement à 49 et 40 %. L’exploitation des entreprises est tributaire de la disponibilité de l’énergie. L’offre importante de celle-ci constitue l’un des critères d’attractivité du climat des affaires et influe sur la décision pour un investisseur de choisir un pays plutôt qu’un autre. Le rapport du SIE-Cameroun sur la situation énergétique du territoire souligne une forte dépendance de la production d’électricité aux centrales hydroélectriques. C’est pourquoi la faible hydraulicité durant certaines périodes affecte l’offre disponible.

Pour y faire face et sur instructions du Président de la République, le Cameroun a lancé de grands projets. En hydroélectricité, d’importantes infrastructures de production électrique sont d’ores et déjà finies, ou en phase terminale d’exécution. Il s’agit entre autres : du barrage-réservoir de Lom Pangar, dont la mise en service régularisera le cours du bassin versant de la Sanaga, et son usine de 30 MW, ainsi que les travaux d’adaptation du pipeline Tchad-Cameroun ; du projet d’aménagement hydroélectrique de Memve’ele, d’une capacité de 201 MW, associé à une ligne de transport d’énergie de 225 kV, et des travaux connexes comme ceux du pont flottant sur le Ntem, la voie d’accès et la voie de déviation ; des travaux de construction du barrage de Mekin sur le fleuve Dja, de l’usine de 15 kW et de la ligne d’évacuation de l’énergie de 33 km ; des travaux d’aménagement hydroélectrique de Bini à Warak, de Menchum et de Kpep sur Katsina-Ala ; de la réhabilitation du barrage de Lagdo.

Une marche en avant

Dans le domaine de l’énergie thermoélectrique, notons la réalisation de la centrale à gaz naturel de Kribi, d’une capacité de 216 MW extensible à 300 MW, associée à une ligne d’évacuation d’énergie de 100 km en 225 kV de Kribi à Mangombé. Dans le même sillage et afin de suppléer au déficit pendant la période d’étiage dans le Réseau interconnecté sud (RIS), l’implémentation, en deux phases, du PTU consiste à construire quatre centrales thermiques d’une capacité énergétique de 100 MW : Ahala (60 MW), Bamenda (20 MW), Ebolowa (10 MW) et Mbalmayo (10 MW).

Dans le secteur de l’eau, célébré le 22 mars de chaque année par l’ONU sous le vocable Journée mondiale de l’eau, plusieurs chantiers ont été engagés depuis 2013 : le déblocage de 5 milliards de francs CFA annuellement pendant 5 ans pour le compte des projets d’investissement de 400 milliards de la Cameroon Water Utilities Corporation (Camwatter) ; la réalisation de la station de captage et de traitement des eaux de la Méfou située à Nkolbisson à Yaoundé ; la réalisation des travaux de renforcement de l’adduction d’eau de Douala à Yatto, d’une capacité de 100 000 m3/jour ; la réalisation du projet d’alimentation en eau potable de Yaoundé et de ses environs à partir du fleuve Sanaga ; divers projets d’alimentation en milieu rural ; la réalisation en 2013 de 208 forages équipés et la réhabilitation de 122 points d’eau.

À l’évidence, avec la création récente et l’opérationnalisation par la nomination des administrateurs de la Société nationale des transports d’électricité (Sonatrel), le Chef de l’État camerounais est en droit d’affirmer que l’action gouvernementale est en « marche » et que « rien ni personne ne peut la stopper ».

SONATREL, la nouvelle arme contre la crise

Créée en Octobre 2015, la société Nationale de Transport d’Électricité du Cameroun, est présidée par le Dr Basile Atangana Kouna. Elle a pour mission l’exploitation, la maintenance et le développement du réseau public de transport d’énergie électrique, et tout ce qui tourne autour, de la maintenance à la réalisation d’études et aux raccordements. Son but ? Résoudre la crise : environ 6,5% de l’énergie produite au Cameroun est perdue dans le processus du transport, tandis que 29% de cette énergie s’évapore dans les circuits de distribution. La Sonatrel devra remplacer plus de 50% des poteaux électriques. Selon les prévisions, pour moderniser le réseau, le besoin d’investissement frôle les 700 milliards de francs Cfa sur les 10 prochaines années. Pour ce, la Banque mondiale propose une enveloppe de 1,2 milliardU$ (660 milliards Fcfa).