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Les chantiers de la croissance : bilan et perspectives

Choses promises choses dues. Lors de sa prestation de serment du 3 novembre 2011, le Président Biya plaçait son nouveau septennat sous le signe de projets structurants encore baptisés « grandes réalisations ».

Par Pius Moulolo

La réunion extraordinaire du comité de suivi de l’étiage, du 16 mars 2016, examinait la situation de fourniture del’énergie électrique sur l’ensemble du territoire national, tout en explorant les différentes pistes permettant de garantir une meilleure qualité du service public de l’électricité. Le Dr Basile Atangana Kouna, Ministre de l’Eau et de l’Énergie (MINEE) constatait alors un ensemble de perturbations observées ces derniers temps sur une grande partie du réseau interconnecté national, notamment les délestages continus du 8 mars 2016 survenus sur la ligne 225 KV Mangombé-Oyomabang. À celles-ci vient s’ajouter une grave crise de fourniture en eau potable de l’ordre de 180 000 m3/jour dans la seule ville de Yaoundé, pour un pays censé disposé du deuxième potentiel hydrologique d’Afrique après la RDC. Saluant le civisme habituel des populations, le Ministre a rassuré sur l’engagement du gouvernement à inverser la donne grâce aux imposantes infrastructures énergétiques engagées depuis 2012 et qui connaissent presque toutes un taux de réalisation proche de 100 %.

Lom Pangar ou le barrage de la renaissance

D’une capacité de retenue de 6 milliards de m3 d’eau, le barrage-réservoir de Lom Pangar est considéré comme le plus grand projet du type jamais réalisé au Cameroun. Construit sur le fleuve Sanaga dans la région de l’Est, le barrage mesure 45,5 m de haut, 7 m de largeur, deux digues d’une longueur cumulée de 1 137 m et une usine de pied constituée de 4 turbines de 7,5 MW destinées à alimenter 150 villages de la région de l’Est. Coût total du projet, 238 milliards FCFA. Les travaux ont été confiés à la China international water & electric corporation (CWE), sous la supervision de la société nationale EDC (Electricity Development Corporation).

Après la pose de première pierre le 3 août 2012 par le chef de l’État, la mise en eau partielle du barrage s’est déroulée avec succès le 26 septembre 2015, portant la capacité du réservoir à 3 milliards de m3 d’eau. Cette prouesse technologique a été saluée par l’ensemble de la communauté internationale, car permettant de réguler le débit du fleuve Sanaga et l’activité des centrales hydroélectriques de Song Loulou et Édéa situées en aval. La mise en eau définitive est prévue pour juillet 2016, ce qui permettra d’optimiser la production d’électricité en période d’étiage, soit une garantie de surplus de puissance de 70 à 170 MW/an sans investissements supplémentaires pour les deux centrales mères du pays. Le débit de la Sanaga, qui a coutume de chuter jusqu’à 30 m3/s en saison sèche, grimpera ainsi à plus de 1 040 m3/s, rapprochant le Cameroun de son objectif de 3 000 MW d’électricité pour assurer son indépendance énergétique.

Le projet Memve’ele

Le barrage hydroélectrique de Memve’ele est construit sur le fleuve Ntem, dans la localité de Nyabizan, région du Sud, département de la vallée du Ntem (Ambam), dans la zone périphérique du parc national de Campo-Ma’an, à la frontière avec la Guinée équatoriale. D’une capacité de 211 MW, il permettra de renforcer le réseau interconnecté sud, soutenir le complexe industrialo-portuaire de Kribi et réexporter vers les autres pays de la Cemac. Bénéficiant d’un financement de 365 milliards de FCFA par Eximbank of China, le projet est réalisé de main de maître par la SinoHydro Corporation Limited.

Les travaux, dont la durée était précédemment fixée à 54 mois, ont débuté le 15 juin 2012 avec la cérémonie de pose de première pierre. La première dérivation du fleuve Ntem s’est effectuée le 3 janvier 2013, suivie d’une seconde dérivation en février 2015. En mars 2016, le Dr Dieudonné Bisso, directeur du projet, annonçait un niveau de réalisation de 80 %. Selon lui, en effet, « le barrage sera livré et mis en service en 2017. Qui mieux est, l’installation de la première des quatre turbines “Francis” de l’usine, en septembre 2016, permettra déjà de produire au moins 52 MW d’énergie pour alimenter à titre d’essai Ebolowa, la capitale régionale du Sud ». À terme, le projet Memve’ele permettra de porter la production nationale totale d’électricité à 1 400 MW.

L’usine de production d’eau d’Akomnyada

D’un montant global de 50 milliards FCFA, le projet d’extension de l’usine d’Akomnyada dans la région du Centre, département du Nyong et So’o (Mbalmayo) sur les rives du fleuve Nyong, permettra de produire un volume supplémentaire de 55 000 m3/jour d’eau d’ici juin 2016 afin d’alimenter la ville de Yaoundé et ses environs. Alors que la production de l’usine tourne autour de 100 000 m3/j, la pression démographique a fait grimper les besoins en eau potable de la ville autour de 300 000 m3/j. C’est ainsi qu’une convention de financement a été signée en janvier 2015 à Paris entre le ministère de l’Économie sous Emmanuel Nganou Djoumessi et Eximbank US d’une part (31 milliards FCFA), puis la Société générale de France de l’autre (6 milliards FCFA). La première phase de financement, qui entre dans le cadre du plan d’urgence triennal 2015-2017, portera sur la construction et l’équipement d’une station de traitement d’eau à Akomnyada et la mise à niveau de la station de pompage de Nkoayos. La réalisation du projet, qui a été confiéela Cameroon Water Utilities Corporation (Camwater), inclut le consortium américain constitué de General Electric (GE) et Environnemental Chemical Corporation (ECC).

Lors d’une visite de chantier du 19 février 2016, le ministre de l’Eau et de l’Énergie, Basile Atangana Kouna, recommandait fermement au nouveau directeur de la Camwater, Ondoa Akoa Alphonse Roger, que des mesures urgentes soient prises afin que 35 000 m3/j soient injectés dans le réseau pour permettre l’entrée en service de la station d’Akomnyada. Un tel projet d’envergure s’est entouré de projets plus importants, à l’instar du PAEPYS (projet d’alimentation en eau potable de Yaoundé et ses environs). Financé à hauteur de 339,15 milliards FCFA par Eximbank, il s’étend sur trois ans (2014-2016) et permettra la production de 400 000 m3/j d’eau depuis le fleuve Sanaga.

D’autres projets en cours…

Construit par la China national engineering and electrification corporation (CNEEC) et financé à hauteur de 25 milliards FCFA par Eximbank of China (85 %) et l’État camerounais (15 %), le barrage hydroélectrique de Mékim sur le fleuve Dja (sud Cameroun) réalisé à 90 % entrera en service d’ici juin 2016. Il en va de même du barrage de Nachtigal dans la région du Centre. Bénéficiant des retombées de Lom Pangar, ce joyau architectural de 550 milliards FCFA sera financé par Rio Tinto. D’une capacité de 420 MW, il entrera en chantier en fin 2016 pour être livré en 2021. Malgré le projet d’extension de la centrale à gaz de Kribi, qui génère déjà 220 MW d’électricité dans le réseau national, le Cameroun est toujours assez loin des 3 000 MW qui lui permettront d’atteindre 9,5 % de croissance en 2018. Les problèmes de délestage se multiplient du fait de la mauvaise qualité du transport et la vétusté des équipements de distribution d’énergie. Et la question se pose : peut-on prétendre à l’industrialisation avec une production nationale qui a du mal à dépasser les 1 000 MW/an ?

Il faut peut-être faire confiance au Président Biya qui nous recommande une seule chose, la « résilience ». Ainsi nous confiait-il lors de la cérémonie de pose de première pierre du projet Memve’ele en 2012 : « Vous le voyez, la politique des “grandes réalisations” se met progressivement en mouvement. Il s’agit aujourd’hui de l’énergie. Demain, c’est le secteur minier qui s’animera. Et puis, l’agriculture qui fera sa révolution silencieuse. Les autres secteurs suivront. Notre économie sera alors sur la voie de l’émergence. »

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 6