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Infrastructures : retour sur le défi du Cameroun

Elles sont indispensables au développement économique et ont déterminé les efforts entrepris depuis plusieurs années par le gouvernement du Président Paul Biya. État des lieux.

Par Lola Zani

La devise du 22e Congrès mondial de la route qui s’était tenu à Durban en 2003 définit l’enjeu du Cameroun : « La route du développement passe par le développement de la route. » Le pays connaissait des difficultés liées à l’organisation spatiale, mais les autorités leur ont apporté une réponse en 1998 avec la création d’un fonds routier. Allant dans le même sens, le Plan directeur routier (PDR) débuté en 2003 fait office d’outil moderne favorisant une gestion efficace des ressources dédiées aux routes. Il vise à élaborer des projets de réhabilitation et de bitumage des routes d’ici 2020.

Les infrastructures routières et ferroviaires : efforts ciblés et financements variés

L’engagement du Cameroun sur la voie de la modernité s’est traduit par des projets d’envergure. En mars 2016, l’aménagement de l’entrée de l’autoroute de Douala a atteint un taux de réalisation satisfaisant d’après le planning du Ministère des Travaux publics (MTP). Les efforts gouvernementaux sont soutenus par des financements externes. La concrétisation du projet autoroutier Yaoundé-Douala a notamment été rendue possible grâce aux différentes enveloppes accordées par la Banque africaine de développement (BAD), le Fonds africain de développement (FAD) et l’Union européenne. La répartition des sources de soutiens financiers est variable selon les chantiers.

De surcroît, le don important de matériel de l’entreprise China First Highway Engineering prouve la capacité du pays à s’entourer de piliers de stature internationale. Les projets de construction routière n’ont pas fini de fleurir, l’année 2016 se révélant riche en prospection pour les travaux à venir sous l’égide du MTP. L’identification de zones libres est en cours, notamment pour la future route Mbama-Messamena, et l’assainissement des routes est en bonne voie depuis à la nomination du nouveau directeur de l’entretien, M. Tchouplaou. La principale force du Cameroun est peut-être de voir émerger toutes ces nouvelles infrastructures.

Le secteur ferroviaire a bénéficié d’un programme de réhabilitation des voies et du matériel, pris en main par Camrail depuis 1999. L’effort réalisé vient du choix du gouvernement de signer une concession concernant toutes ces infrastructures avec la société Bolloré Africa Logistics. Cette attribution de l’État à un groupe privé a permis de favoriser la maintenance et l’exploitation du réseau ferroviaire. La concession a favorisé un volume de financement plus important, si bien qu’en 2008 la recette de Camrail a connu une hausse de 58 milliards de francs CFA.

Les infrastructures ferroviaires demeurent un élément essentiel au transport de marchandises. Pourtant, depuis 40 ans, les projets de développement semblent en perte de vitesse. La réunion qui s’est déroulée en janvier 2016 à Yaoundé changera-t-elle la donne ? La 23e session du Comité interministériel des infrastructures ferroviaires (Comifer) laisse entrevoir de nouvelles perspectives, étant donné que le sujet abordé était le programme quinquennal des investissements ferroviaires pour 2016-2020. C’est une priorité pour le Ministre des Transports, Edgard Alain Mebe Ngo’o, qui met en exergue la nécessité d’améliorer ce secteur avant l’accueil des évènements sportifs prévus en 2016 et 2019. Ce début d’année mettrait-il le renouvellement des infrastructures ferroviaires sur de bons rails ?

Les infrastructures portuaires : passage en eau profonde

Le port de Douala reste la clé de voûte des échanges de marchandises et se positionne en moteur de l’économie au Cameroun. En 2013, il enregistrait 95 % du trafic et 98 % du chiffre d’affaires. Situé à l’embouchure du fleuve Wouri, il est l’unique point d’entrée maritime pour le Cameroun. Cette position capitale explique l’investissement des autorités publiques en termes d’infrastructures : 26 quais, 15 entrepôts et 7 terminaux spécialisés. Le secteur portuaire a donc lui aussi bénéficié de programmes de cofinancement de la Banque mondiale et de l’Union européenne, ce qui a conduit à l’amélioration des délais dans le transfert de marchandises.

Nonobstant, la prédominance du port de Douala demande à l’État un effort financier important pour son entretien. N’étant pas un port en eau profonde, il a dû acquérir des équipements (chenal) dont la conservation est très onéreuse. Afin de pallier les problèmes rencontrés, les autorités camerounaises ont décidé de la création d’un projet d’infrastructures de grande ampleur : la construction du port de Kribi en eau profonde. Prévu initialement en 2014 – il verra finalement le jour en 2016 –, il représente un investissement qui s’inscrit dans un programme d’accroissement des échanges. La mise en place des terminaux spécialisés permettra un gain de temps certain.

Le secteur de l’énergie : faire évoluer la gouvernance

Le Cameroun a dû accélérer le développement de ses principaux sites hydroélectriques pour pouvoir jouer un rôle d’exportateur d’énergie en Afrique centrale. Le pays dispose de ressources hydrauliques, notamment sur le plateau de l’Adamaoua, qui restent sous-exploitées. Le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE) 2010-2020 a ouvert la voie à des projets de barrages hydrauliques (comme ceux de Lom Pangar et de Memve’ele en 2013), afin de valoriser les réserves économiquement exploitables.

Depuis les années 2000, la construction d’un oléoduc visant à acheminer le pétrole brut produit au Tchad vers Kribi (au sud du Cameroun) met en exergue l’inscription du Cameroun dans la bataille mondiale de l’énergie. L’implication de la Banque mondiale et des sociétés financières internationales dans les projets de développement des infrastructures atteste de l’évolution de la gouvernance nationale.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 6