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Paul Biya, le bâtisseur : sa vision dans le secteur des transports

Toutes les études le démontrent, les infrastructures de transport sont un levier de l’économie et participent, directement ou indirectement, à la croissance du PIB. Quelle est la vision du Président de la République dans ce domaine ?

Par Adamou Petouonchi - Photo : AFP - Stephen Jaffe

Les activités de transport au Cameroun ont généré une valeur ajoutée de 8,5 % du PIB en 2013, et leur contribution est en croissance (-5,2 % en 2012, 5,6 % en 2014). On le voit, elles modèlent l’économie nationale et accompagnent le pays dans son cheminement vers l’émergence. Le Président Paul Biya l’a bien compris, ce secteur est un accélérateur de croissance par le simple fait qu’il accroît la mobilité des personnes et des biens.

Ce secteur est le principal lubrifiant du développement économique. L’offre adéquate de transports permet de faire face à une urbanisation et une motorisation croissantes. Elle favorise la mobilité urbaine, désenclave les zones rurales et périurbaines, accroît la compétitivité des entreprises en réduisant les délais et les coûts des échanges et des transactions.

Résoudre l’équation des transports

C’est un fait, le Cameroun est à la fois un port et un itinéraire de transit. Pour le Président Paul BIYA, il s’agit là d’atouts, car le pays possède « une position stratégique à la charnière de l’Afrique de l’Ouest et de l’Afrique centrale », qu’il convient de capitaliser pour permettre au secteur des transports de jouer son rôle d’accélérateur de croissance. D’après le Président, les « infrastructures portuaires, aéroportuaires, ferroviaires et routières prédisposent [le Cameroun] à contribuer activement au commerce régional et international ». Il a donc élaboré une vision ambitieuse, destinée à développer harmonieusement tous les modes de transport, et avec eux, les infrastructures nécessaires à la fluidité de la mobilité des personnes et des biens.

Plus précisément, les priorités nationales dans ce secteur consistent non seulement à mettre en place des politiques permettant de mieux cerner l’évolution et la dynamique des échanges, tout en s’arrimant aux exigences de la mondialisation, mais aussi à privilégier une approche multimodale afin de bâtir à moindre coût un réseau de transport intégré et performant, quadrillant tout l’espace national et régional. Cette vision du Chef de l’État camerounais – contenue pour l’essentiel dans le cadre de référence de l’action gouvernementale (DSCE) et reprise dans le Projet sectoriel des transports (PST) – se décline en plusieurs axes stratégiques, que le ministère des Transports va se charger d’implémenter.

Du rail au transport aérien

L’envol définitif du secteur aérien, longtemps handicapé par des goulots d’étranglement structurels, s’est opéré avec le recadrage et le redressement progressif des entités étatiques. À cet égard, les mesures énergiques engagées ont eu pour effet de créer un cadre institutionnel et infrastructurel adéquat. Il s’agissait dans un premier temps de moderniser et d’améliorer le fonctionnement des quatre aéroports internationaux (Douala, Yaoundé-Nsimalen, Garoua et Maroua) ; et en second lieu, de desservir le marché domestique, en mettant l’accent sur la praticabilité et la réhabilitation des aérodromes (Bafoussam, Bamenda, Bertoua, Ngaoundéré, Koutaba et Yaoundé Ville). Enfin, le Président a mis un point d’honneur à ce que soit redressée la compagnie aérienne nationale Camair-Co, afin de stimuler un regain d’activités combiné à un assainissement de sa gestion financière et managériale.

L’action irréversible du Président sur la densification de l’offre de transports s’étend également sur le domaine ferroviaire. En effet, le gouvernement compte améliorer l’offre, et ainsi arrimer son chemin de fer aux standards requis. Le but est de faciliter les échanges commerciaux avec les pays voisins. Pour ce faire, il envisage d’étendre son chemin de fer, le Transcamerounais, avec des lignes supplémentaires. Au programme, la nouvelle ligne Lomié-Kribi, longue de 430 km, par laquelle transiteront le fer de Mbalam et autres matières premières, à destination du port en eau profonde de Kribi. Sont également prévus la ligne Douala-Edéa-Lolabé et l’élargissement de la ligne principale Douala-Buea, pour connecter les populations de cette zone au réseau ferré national. Celui-ci, pour l’instant, traverse quatre régions – Littoral, Centre, Est et Adamaoua –, allant de Douala à Ngaoundéré en passant par Edéa, Yaoundé et Bélabo. Il s’étend sur 1 200 km et est entretenu par la société Camrail, concessionnaire des chemins de fer du Cameroun depuis plus de 15 ans, et filiale du groupe Bolloré.

Par ailleurs, les principaux défis de Camrail sont orientés vers les chantiers de développement du réseau, avec la ligne Ngaoundéré-Ndjamena et le renouvellement de 175 km de voie entre Batchenga et Ka’a, les tronçons Ngaoundéré-Panseau et Douala-Yaoundé. De plus, la société s’est engagée à respecter le cahier des charges du Comité interministériel des infrastructures ferroviaires (Comifer), et s’est lancée dans un vaste programme de modernisation et d’entretien des infrastructures ferroviaires, des équipements et des matériels roulants.

Le routier accélère

Dans le domaine du transport routier, la vision du Chef de l’État est adossée à la réévaluation du document de stratégie de prévention routière (DTR) et à l’intensification des investissements lourds en infrastructures, qui tirent leur financement public du Fonds routier, une structure créée en 1998. Pour rappel, le Cameroun compte près de 230 000 km de routes principales – de la Nationale n° 1 à la Nationale n° 18 –, dont 4 300 km bitumées et bien aménagées. Le transport routier est le mode de déplacement le plus utilisé, et son rôle va encore s’accroître avec la construction de l’autoroute Douala-Yaoundé, longue 215 km.

Par ailleurs, deux des axes majeurs du gouvernement sont de résoudre les lancinants problèmes du transport urbain de masse et de lutter contre l’insécurité routière. Ces problématiques intègrent de nouvelles variables d’ajustement, comme par exemple les moyens de transport clandestins. Le défi majeur est de garantir la sécurité des personnes et des biens, grâce, entre autres, au renforcement de la sécurité routière – notamment au travers de l’intensification des campagnes de prévention et de sécurité routières sur les grands axes –, et à l’amélioration de la mobilité urbaine et du développement du transport urbain de masse. L’objectif est de réduire de moitié du nombre de décès dus aux accidents de la route.

Dans la pratique, cela se traduit par l’acquisition de moyens roulants adéquats et confortables, et la remise sur pied d’une société publique de transport urbain de masse. Fort à propos, le gouvernement, via la communauté urbaine de Yaoundé, envisage la création d’une nouvelle société de transports en commun dénommée Le Bus-CO SA, dont le but est de redynamiser le transport par bus dans la ville de Yaoundé.

Le rôle de la mer

Le secteur maritime et portuaire mobilise l’attention particulière du Chef de l’État. En effet, le Cameroun est doté de quatre ports autonomes : le port de Douala, le port en eau profonde de Kribi, le port maritime de Limbé et le port fluvial de Garoua. Le transport maritime et portuaire pèse pour plus de 95 % des échanges commerciaux entre le Cameroun et l’étranger. Ce secteur fait face à un certain nombre de défis qui plombent son fonctionnement. Toutefois, des mesures fortes ont été prises pour revigorer l’activité maritime et permettre au pays de fluidifier les flux commerciaux. L’objectif étant d’accroître l’attractivité et la compétitivité des plates-formes portuaires en y drainant l’essentiel du commerce de la sous-région. Plusieurs travaux sont en cours ; il s’agit de la décongestion du port de Douala et du processus d’opérationnalisation du port en eau profonde de Kribi.

S’il est vrai que le port de Douala est le plus grand de la Cemac – avec une capacité de 7,5 millions de tonnes –, il n’est toutefois pas un port en eau profonde. Malgré des travaux de désengorgement et de décongestion qui lui ont permis de ramener les délais de traitement des marchandises de 25 à 7 jours pour l’importation et de 7 à 2 jours pour l’exportation, les difficultés subsistent car il est doté d’un terminal polyvalent. La volonté du Chef de l’État d’opérationnaliser le port en eau profonde de Kribi prend une portée d’envergure puisque cela va permettre de juguler les pertes induites par les terminaux polyvalents du port de Douala et l’exploitation saisonnière du port fluvial de Garoua. Avec le port maritime de Limbé, qui sera spécialisé dans le transport des produits lourds – les hydrocarbures, le ciment, les conteneurs et les produits agricoles –, le paysage du secteur maritime connaîtra une densification des exportations. Il s’en suivra un regain d’activité et un rôle accru du secteur des transports en général dans l’économie de l’Afrique centrale. La vision du Président Biya vise à moderniser ce secteur et à en faire un moteur, voire un accélérateur de croissance.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 7