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Entretien avec Son Excellence Emmanuel Nganou Djoumessi

« La dynamique que nous impulsons aujourd’hui dans le développement des infrastructures s’inscrit dans le prolongement de la mise en œuvre du vaste programme des “Grandes réalisations” décidé par le Chef de l’État, Son Excellence Monsieur Paul Biya. »

Propos recueillis par Laurent Bou Anich et Aristide Foé - © DR

CAP ÉCO Africa : Monsieur le Ministre, le Chef de l’État a décidé en 2015 de mettre en place un Plan d’urgence triennal. Quelle est la feuille de route du ministère des Travaux publics en cette fin d’année pour contribuer à ce Plan ?

Emmanuel Nganou Djoumessi : Monsieur le Président de la République a effectivement décidé en 2015 de mettre en place un Plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance économique ; dans son volet routier, l’optique est de bitumer les axes routiers d’importance économique sur l’étendue du territoire et promouvoir ainsi l’accélération de la croissance. Le programme, choisi sur la base d’un itinéraire routier par chaque région du pays, est composé d’une tranche ferme et d’une tranche conditionnelle. Pour ce qui concerne la tranche ferme, elle prévoit la construction d’un linéaire total de routes d’environ 677 km. S’agissant de la tranche conditionnelle, d’un linéaire total de 645 km, elle est censée démarrer aussitôt que les études seront achevées.

La feuille de route du ministère des Travaux publics, pour ce qui est de la tranche ferme, prévoyait la contractualisation des travaux et de la maîtrise d’œuvre en 2016. Certains chantiers ont déjà démarré sur le terrain compte tenu de la disponibilité des ressources aussi bien pour le contrôle que pour les travaux. Il s’agit de Maroua-Bogo, Ekondo Titi - Kumba et Soa-Esse-Awae. Sur ces trois itinéraires, les préliminaires sont achevés aussi bien sur le plan topographique que sur la mobilisation et l’installation des entreprises.

Quels sont les projets phares et stratégiques qui incombent à votre département ministériel ?

Entre autres missions, le ministère des Travaux publics est chargé d’assurer la construction et la maintenance du réseau routier, ainsi que la construction des autres infrastructures comme les bâtiments et édifices publics. En plus de ces missions organiques, nous assurons le rôle de maître d’œuvre du gouvernement – ingénieur de l’État – afin de garantir la qualité, l’optimalité, le fonctionnement et la cohabitation harmonieuse des diverses infrastructures. Pour ce faire, nos axes prioritaires d’intervention sont : les grands projets industriels et agropastoraux, les corridors régionaux (transafricaine, corridors nord-sud, réseau Cemac, etc.), le réseau des routes nationales, les grands projets d’infrastructures d’accompagnement du secteur privé (à l’exemple du second pont sur le Wouri, de la boucle autoroutière Yaoundé-Douala-Bafoussam-Yaoundé, de l’autoroute Édéa-Kribi, etc.).

Sans être exhaustif, j’indiquerai la performance atteinte en 2016 par certains projets majeurs de nos deux principaux programmes.

Concernant le Programme construction des routes et autres infrastructures, 310,2 km de nouvelles routes principales ont été bitumées à travers notamment l’achèvement des projets ci-après :

- aménagement de la route Djoum - Mintom - frontière du Congo (98,6 km) ;

- travaux d’aménagement de l’entrée Est de la ville de Douala (phase 1) (9,7 km) ;

- aménagement de la route Bachuo Akagbe - Mamfe - Ekok (82 km) ;

- construction de la route Zoétélé-Nkolyop (27,4 km) ;

- aménagement de la route Foumban-Manki (40 km).

Les projets majeurs du programme qui se poursuivent sont notamment les suivants :

- construction de l’autoroute Yaoundé-Douala (phase 1) (68 km et 25 km en voie de réhabilitation) ;

- construction de l’autoroute Kribi-Édéa (RN7) dont la première phase porte sur le tronçon Lolabé - ville de Kribi (38,5 km) ;

- travaux d’aménagement de l’entrée Est de la ville de Douala (RN3) (phase 2) qui consistent en l’optimisation du tracé du giratoire Boko jusqu’à la Dibamba (9,5 km) ;

- travaux d’aménagement de l’entrée Ouest de la ville de Douala (RN3) (13,7 km) ;

- construction de la route Kumba-Mamfé (RN8) ; lot 1 : Kumba-Nfaitock (103,9 km) ; lot 2 : Nfaitock-Mamfé (63,5 km) ;

- construction de la deuxième voie d’accès à Bamenda (20 km) ;

- désenclavement des bassins de productions agricole, pastorale et touristique ; bassin agricole de l’Ouest (Route provinciale 15 [RP15]) ;

- lot 1 (110 km) ;

- lot 2 (107 km) ;

- construction de la route Obala-Batchenga-Bouam (RN1) ;

- lot 3 Nkolessong-Nding et bretelles (89 km + 6 km) ;

- lot 4 Nding-Mbgaba (40,5 km) ;

- construction de la route Mbama-Messamena (RP7) (38 km + 5 km voirie d’Abong-Mbang) ;

- construction de la route Mengong-Sangmélima (RN17A) (74 km) ;

- construction des routes Foumban-Tibati-Fébadi-Ngaoundéré (RN6) et Manki - pont de la Mapé (25,1 km) ;

- construction de la route Sangmélima-Ouesso (RN9) ; section 1 : Sangmélima-Bikoula (65 km) ;

- construction du second pont sur le Wouri.

Depuis votre arrivée au sein de cet important ministère, les travaux de construction et d’entretien des routes connaissent un regain de vitalité. Êtes-vous globalement satisfait de l’état d’avancement des différents chantiers en cours ? Comment œuvrez-vous au quotidien afin d’atteindre vos objectifs ?

Permettez-moi, avant toute chose, de vous savoir gré pour l’intérêt que vous portez à l’action du département ministériel dont j’ai la charge. Il convient de souligner que la dynamique que nous impulsons aujourd’hui dans le développement des infrastructures s’inscrit dans le prolongement de la mise en œuvre du vaste programme des « Grandes réalisations » décidé par le Chef de l’État, Son Excellence Monsieur Paul Biya, dans le but d’améliorer les conditions de vie des citoyens grâce à la construction et l’entretien des routes, en y intégrant les ouvrages d’art.

Plus spécifiquement, vous constaterez avec moi que la réalisation des projets routiers dans la ville de Douala avance significativement, en raison du suivi très étroit des travaux et de l’accompagnement des entreprises. Il s’agit, pour ne pas les citer, des entrées Est et Ouest, ainsi que du second pont sur le Wouri. Bien plus, les travaux d’entretien confortatif sont en cours sur la RN3, partant de Yaoundé pour aller à Idénau, en passant par Douala. Par ailleurs, les travaux de maintien de la circulation sont effectifs sur la route Maroua-Mora-Dabanga-Kousseri. Des travaux de même nature vont être exécutés sur la RN1, entre Garoua et Ngaoundéré. Je n’oublierai pas la réhabilitation du tronçon Babadjou-Bamenda, pour ne citer que ces exemples, ou encore Yaoundé-Bafoussam.

Pour le second volet de votre question, d’une manière concrète, nous avons au préalable réalisé un état des lieux de la mise en œuvre de tous les projets, c’est-à-dire une situation de référence, tant en ce qui concerne les projets structurants que les opérations de réhabilitation, de maintenance et d’entretien routiers ; ce qui nous a permis d’identifier les contraintes et de proposer des solutions pour une mise en œuvre efficiente. Il faut, en outre, relever que l’approche qui consiste à réunir autour d’une table les départements ministériels et organismes qui interviennent dans les projets exécutés par le ministère des Travaux publics a porté ses fruits.

Où en est-on avec les travaux de construction de l’autoroute Yaoundé-Douala, récemment bloqués par des problèmes d’indemnisation des populations ?

Effectivement, la question de libération des emprises de cet important projet a causé, à un certain moment, un ralentissement des travaux. La situation a évolué. Elle se présente comme suit : du Pk 0 au Pk 20 : les décrets d’expropriation sont disponibles et l’indemnisation des populations est terminée ; du Pk 20 au Pk 40 : les paiements sont en cours sur la base du premier décret signé le 15 janvier 2016 (les réclamations formulées par les populations sur cette section sont en cours d’examen par la Commission régionale de constat et d’évaluation des biens mis en cause) ; du Pk 40 au Pk 60 : le rapport d’évaluation des biens mis en cause a été transmis par la Commission susmentionnée au ministère des Domaines, du Cadastre et des Affaires foncières.

Compte tenu de ce que ce sont les réclamations diverses qui prolongent le traitement des dossiers des indemnisations, nous avons invité les autorités administratives à faire valider les conclusions des constats et des évaluations dans des ateliers regroupant les bénéficiaires et les autorités locales. À date, le taux d’exécution globale des travaux est d’environ 20 % pour une consommation des délais de 50 %. Les entreprises de travaux et de contrôle sont à pied d’œuvre pour rattraper les retards ; les travaux se font, dès lors, même les jours non ouvrables.

Quel est le taux d’avancement des travaux d’aménagement de l’accès ouest de Douala, et quand prévoyez-vous la libération totale du projet ?

Nous enregistrons, à date, un taux d’avancement des travaux de 62,26 % pour une consommation des délais de 71,71 %. La date prévisionnelle de fin de ce chantier est fixée au mois de juillet 2017. Mais compte tenu de la CAN féminine de novembre 2016, nous avons instruit l’aménagement d’une bande de 10 m pour une meilleure fluidification du trafic.

Cofinancée par le Cameroun et la Banque mondiale, la construction de la route Mora-Kousseri, dans l’Extrême-Nord (sur la RN1), est un des projets phares de votre ministère. Comment avancent les chantiers sur cette route qui aura un grand impact sur l’économie du Cameroun ?

La réhabilitation de cette route est un engagement fort de Monsieur le Président de la République, Son Excellence Paul Biya. Vous faites bien de rappeler l’importance économique que revêt la RN1 pour le Cameroun et certains de ses pays voisins, et sur laquelle est justement situé le tronçon Mora-Dabanga-Kousseri dont vous voulez savoir le niveau d’avancement. Il me paraît aussi important de relever que c’est l’unique tronçon de route qui dessert l’une des régions les plus vastes du Cameroun – environ 34 263 km² –, et qu’il a donc de forts indicateurs de développement.

Je rappelle que ce tronçon, long de 205 km, était en cours de réhabilitation par deux entreprises, Sinohydro et Jiangsu, sur cofinancement de la Banque mondiale et du Cameroun, et que les travaux ont été interrompus en date du 17 avril 2014 en raison de l’attaque des bases vie et technique de ces deux sociétés, avec l’enlèvement des employeurs chinois. Les travaux n’ont pas été repris à l’immédiat à cause de l’insécurité persistante qui sévissait dans la région de l’Extrême-Nord. Ceci a conduit à la résiliation de ces deux contrats avec de lourdes conséquences financières, les deux entreprises chinoises s’étant désistées pour cas de force majeure.

Afin de rétablir la circulation sur cet axe, qui a continué à se dégrader sous l’effet du trafic et des conditions climatiques et environnementales, le Chef de l’État, Son Excellence Paul Biya, a instruit la reprise des travaux en régie par le ministère des Travaux publics, avec le Génie militaire en tant qu’organe d’exécution. C’est ainsi que nous avons aussitôt élaboré une stratégie consistant à la remise en service de cet axe en deux phases.

Pour la phase 1, qui est en cours de réalisation par le Génie militaire depuis le mois d’août 2016, il s’agit d’exécuter des travaux de maintien de la circulation sur financement du budget d’investissement public sur cet axe, par le traitement des points critiques sur la section Dabanga-Kousseri et par la scarification et la remise en forme totale de la section Mora-Waza. La deuxième phase quant à elle consistera en la reprise des travaux de réhabilitation proprement dits, avec la réalisation des travaux lourds d’élargissement de la plateforme de la route pour l’amener de 7 m actuellement à 10 m, la construction des ouvrages d’assainissement en matériaux définitifs, et le bitumage de la chaussée sur une largeur de 7 m, un profil en travers de 2 x 1 voie et des accotements de 1,5 m x 2 m.

Ces travaux, qui se situeront dans la continuité de ceux actuellement en cours, sont à un niveau de préparation assez avancé avec notre partenaire, la Banque mondiale. Ils seront réalisés en Régie axée sur les résultats (RAR) par le ministère des Travaux publics, avec l’expertise opérationnelle du Génie militaire, sur cofinancement de la Banque mondiale et du gouvernement de la République dans un cadre de collaboration ministère des Travaux publics - ministère de la Défense, sous le contrôle technique des bureaux d’études techniques privés et dans le cadre d’un dispositif de sécurité dédié. La feuille de route élaborée à cet effet prévoit le démarrage effectif des travaux sur le terrain au courant du mois de janvier 2017.

Interrompus il y a quelques mois à la suite d’un incident, les travaux de construction du deuxième pont sur le Wouri, long de 800 m, ont repris. Pouvez-vous nous dire la date prévisionnelle à laquelle ce pont sera livré ?

Comme indiqué plus tôt, la construction d’un deuxième pont sur le Wouri, avec de considérables aménagements complémentaires, est un projet d’envergure dont l’évolution est globalement satisfaisante malgré les difficultés rencontrées, au rang desquelles l’interruption que vous évoquez. En effet, suite au heurt de l’estacade (important ouvrage provisoire pour le démarrage des travaux à proprement parler, ndlr) du projet par une barge à la dérive, des dégâts considérables lui ont été causés, avec pour conséquence logique l’arrêt des travaux majeurs. Cette situation a duré près de trois mois et affecté conséquemment la date initiale de fin des travaux.

En outre, de nouvelles contraintes relevées dans la zone des travaux – implantation d’unités industrielles à desservir, séparation indiquée des trafics routier et ferroviaire, maintien de la circulation dans les deux sens sur l’ancien pont, fluidification de la circulation sur ce tronçon de la RN3, prise en compte des projets d’aménagements de la Communauté urbaine de Douala… – ont conduit à la prescription et à la commande de travaux complémentaires d’envergure. Ceux-ci affectent donc le projet de base, notamment là où des prestations complémentaires – de nouveaux ouvrages – doivent être réalisées.

Conscient de leur impact sur la réalisation du projet de départ – dont le taux d’exécution à date est de 75 % –, j’ai prescrit aux équipes en charge des travaux l’optimisation des différents plannings élaborés suite à la libération effective, bien que tardive, de l’emprise du projet, pour un achèvement anticipé des travaux complémentaires – aujourd’hui exécutés à hauteur de 37 % – au mieux, couplé avec celui vraisemblablement prolongé du marché de base. Ces réflexions et études sont en cours, avec pour objectif de parvenir à la livraison d’ouvrages opérationnels à une date la plus rapprochée possible du premier semestre 2018.

Pour conclure, Monsieur le Ministre, un mot sur votre vision du développement du secteur dans les prochaines années ? Que peut-on vous souhaiter à court et à moyen termes ?

À considérer les différents mécanismes arrêtés par Monsieur le Président de la République, Son Excellence Paul Biya, pour densifier le réseau de connectivité par la route et éradiquer la pauvreté, le développement infrastructurel de notre pays a un avenir radieux. Dans ce secteur, le Cameroun sait où il veut arriver et comment y parvenir. Le meilleur souhait qui puisse être formulé à court et moyen termes est de voir la politique des « Grandes réalisations » définie par le Chef de l’État se transformer en « Grandes réussites ».

Concrètement, ce serait pour moi un motif de grande satisfaction de voir les chantiers en cours de réalisation réceptionnés dans les meilleurs délais, et en outre que toutes les routes en terre ou revêtues soient circulables en toutes saisons – à cette fin, l’indicateur de résultat, s’agissant de nos routes, s’appréhende désormais par rapport à leur état après les pluies. L’on verrait alors les grands bassins de production de notre pays sortir de leur enclavement, ce qui faciliterait l’écoulement des produits agricoles de nos populations des zones rurales vers les grandes métropoles.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 8