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Grands projets routiers du Cameroun

«Quand la route passe, le développement suit.» Le Président Biya s’est fixé pour ambition de doter le Cameroun d’infrastructures routières de haute qualité. Regard sur quelques projets qui seront le socle de l’émergence.

Par Pius Moulolo - © DR

Le Ministre des Travaux publics Emmanuel Nganou Djoumessi a procédé le 3 août dernier à une revue des 18 grands chantiers routiers annoncés cinq ans plus tôt par le Président Biya. Quelques mois auparavant, la 20e session de la Commission nationale de la route, que présidait le Premier ministre Philémon Yang en présence des maîtres d’ouvrages, faisait état de 325,75 milliards de francs CFA mobilisés en 2015 au titre du budget d’investissement public, du Contrat de désendettement et de développement (C2D) et des ressources transférées aux communes pour la construction et la réhabilitation de certains grands chantiers. Environ 1 000 km de routes nationales bitumées ont ainsi fait l’objet d’un entretien courant, de même que 7 663 km de routes en terre et plusieurs ouvrages de franchissement.

Les programmations de 2016, qui s’appuient sur les recommandations du ministère des Travaux publics, ont également porté sur trois grandes phases, définies en fonction de l’importance socioéconomique des projets. Il y a d’abord ceux permettant de désenclaver les grands bassins de production agricole, énergétiques et miniers, notamment l’autoroute Yaoundé-Douala entre les deux principales capitales du pays, l’axe Baleveng-Galim-Bangangté dans la région de l’Ouest, la route Édéa-Kribi et le tronçon Kribi-Lolabé débouchant sur le complexe industrialo-portuaire ; ensuite les corridors Cemac visant à faciliter les échanges transfrontaliers, notamment Sangmélima-Ouesso, Obala-Batchenga-Bouam, Bachuo Akagbe - Mamfé - Ekok, et Foumban-Manki ; enfin, les projets entrant dans le cadre du Plan d’urgence triennal d’accélération de la croissance 2015-2017, qui portent sur un linéaire de 356 km couvrant les tronçons Douala-Bonepoupa, Soa-Esse, Maroua-Bogo, Akokan-Batouri et Ekondo Titi - Kumba.

Autoroute Yaoundé-Douala : reprise des travaux

Après une longue saison pluvieuse et des mouvements de protestation des employés de la China First Highway Engineering Company Ltd (CFHEC), les travaux reprennent de plus belle. La médiation engagée le 3 novembre dernier par le Ministre Emmanuel Nganou Djoumessi a permis de faire le point sur le niveau d’avancement de ce chantier titanesque entamé depuis deux ans. C’est en effet le 13 octobre 2014 que les travaux de la première phase de 80 km (Yaoundé - Bot-Makak) sur les 215 km du linéaire ont effectivement débuté. Financés à hauteur de 284 milliards de francs CFA (dont 241 milliards par la China Exim Bank), ils comprennent la construction des échangeurs, des aires de repos, d’une aire de service, des ponts et des stations de péage. Il est également prévu une autoroute de première classe avec une chaussée de 2 x 2 voies, extensible à 3 voies, de 33,5 m de largeur, des bandes d’arrêt d’urgence de 3 m chacune, un terre-plein central de 3 m, une bande dérasée gauche de 2 x 1,2 m et des bernes de 2 x 1 m, soit pratiquement le triple de la route actuelle. Le chantier présente un taux d’avancement de 34 %.

La construction de la deuxième phase, qui doit débuter d’ici 2018, sera réalisée par la société chinoise Poly Group Corporation. C’est du moins l’objet de la rencontre du 19 avril dernier entre le Premier ministre Philémon Yang et Wang Lin, vice-président du consortium formé pour le projet. Le contrat de partenariat public-privé qui sera signé entre le gouvernement camerounais et l’entreprise chinoise sera réalisé sur un modèle Build, Operate and Transfer (BOT). Poly Group aura ainsi la charge de chercher les financements nécessaires, réaliser les travaux, exploiter l’infrastructure pendant un certain nombre d’années avant de la rétrocéder à l’État camerounais. Un contrat d’étude de faisabilité et d’avant-projet sommaire a de ce fait été conclu avec le bureau d’études techniques EGIS International.

Lolabé-Kribi-Édéa, c’est pour bientôt

Malgré la récurrence des pluies diluviennes, les mouvements de contestation des populations riveraines du tracé et les grèves répétitives des employés de la China Harbour Engineering Company Ltd (CHEC) chargée du projet, les travaux avancent, lentement mais sûrement. Longue d’environ 150 km, l’autoroute Lolabé-Kribi-Édéa, qui entre dans le cadre des infrastructures connexes du complexe industrialo-portuaire de Kribi, permettra de relier les grands bassins de production minière aux zones de forte consommation que sont les villes de Douala et Yaoundé. Elle assurera ainsi la jointure entre l’usine de production d’aluminium d’Édéa et plusieurs projets miniers du Sud-Est, tels l’uranium de Lolodorf, les diamants de Mobilong, le calcaire de Mintom ou le fer de Mbalam-Nabeba, Nkout et des Mamelles de Kribi.

Les travaux de la phase 1, soit les 38,5 km qui vont du port autonome de Lolabé à la ville touristique de Kribi, ont débuté fin 2013 pour une durée de 42 mois. Ils comprennent une double chaussée de 2 voies, 16 ouvrages d’art dont 6 ponts, et l’aménagement de 2 échangeurs à garde-fou débouchant sur le port autonome de Kribi et la Route nationale 7 (Édéa-Kribi-Campo). Les travaux sont actuellement réalisés à 25 % et doivent être livré d’ici 2018.

Les études de faisabilité et d’avant-projet de la phase 2, qui va de la ville de Kribi à Édéa, ont été confiées au bureau d’études techniques EGIS International. Le projet comprend également la construction d’une ligne de chemin de fer de 136 km pour un coût estimé à 468,71 milliards de francs CFA, grâce à un partenariat public-privé avec la CHEC. À terme, ces infrastructures routières et ferroviaires feront du Cameroun un pays résolument tourné vers l’exportation de ses immenses ressources minières, à partir du deuxième plus grand port en eaux profondes du continent. Kribi, ville balnéaire et touristique, deviendra ainsi le nouvel épicentre de l’industrialisation du Cameroun.

Ponts et routes de l’intégration en Afrique centrale

En janvier 2009, les chefs d’État et de gouvernement de la Cemac ont adopté le Programme économique régional (PER) 2009-2015, avec pour but de créer un espace économique intégré et émergent à l’horizon 2025. En réponse à la crise financière internationale, le PER cherchait à sortir la sous-région du cercle de pauvreté ambiante au travers du développement accéléré des piliers de croissance. A ainsi été prévu un fonds de développement des infrastructures régionales d’un montant de 1 272 milliards de francs CFA, pour la construction de 8 tronçons routiers prioritaires. Concernant le Cameroun, il s’agit des axes Maroua-N’Djamena (Tchad), Sangmélima-Ouesso (Congo-Brazzaville), Bertoua-Berbérati (Centrafrique) et Kribi-Bata (Guinée équatoriale).

Le développement des infrastructures routières passe également par le Plan directeur consensuel des transports en Afrique centrale (PDTC-AC), adopté le 27 janvier 2004 lors de la 11e Conférence ordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la CEEAC. Ce dernier visait à court terme à connecter les 11 capitales d’Afrique centrale par une route bitumée. En 2007, les ministres des Transports et des Travaux publics des États membres ont ainsi adopté à Libreville 55 projets prioritaires concernant 3 752 km de nouvelles routes, 2 154 km de routes à réhabiliter et 3 ponts majeurs à créer. Plusieurs projets ont vu le jour. C’est le cas du corridor 13 Pointe-Noire - Brazzaville - Bangui - N’Djamena ou du projet pont-route-rail entre Brazzaville et Kinshasa.

Le bitumage des 651 km de la route Sangmélima-Ouesso, soit 316 km au sud du Cameroun (Sangmélima) et 335 km au nord du Congo (Ouesso), figure parmi les nombreux projets d’intégration des deux pays. Le programme est financé par un ensemble de bailleurs de fonds dont la Banque africaine de développement, la Banque arabe de développement, la Banque islamique, des fonds koweïtiens et saoudiens, entre autres. La partie camerounaise a engagé les travaux dans la section Sangmélima-Bikoula (près de la frontière) en 2013, à la suite du contrat passé avec la société iranienne Kayson Inc. Après des retards et un constat d’échec des réalisations de la société iranienne, le contrat a été résilié en juillet 2016 et les travaux de la dernière section Bikoula-Djoum (32 km) ont été confiés à la société égyptienne Arab Contractors, pour un montant de 28,5 milliards de francs CFA. Ils sont aujourd’hui exécutés à 25 %.

Le Cameroun a également intensifié sa coopération transfrontalière avec son grand voisin nigérian, depuis la fin du contentieux territorial et maritime au sujet de la presqu’île de Bakassi. Une première réunion d’experts de haut niveau s’est tenue le 20 avril à Yaoundé pour l’étude du projet de construction d’un pont frontal sur le Mayo Tiel, au nord du Cameroun. Celui-ci permettra de relier les localités de Demsa côté Cameroun et Belel au Nigéria. D’après Janvier Oum Elouma, directeur général de la Planification et de l’Aménagement du territoire au ministère de l’Économie, ce projet est « la matérialisation de la décision prise par les deux Chefs d’État au cours de la visite officielle du Président Muhammadu Buhari au Cameroun en juillet 2015. Les deux Chefs d’État avaient alors décidé d’accélérer les études de faisabilité en vue de la construction d’un pont sur le Mayo Tiel d’une part, et de la route Gamboru Ngala - Kousséri d’autre part, dans l’optique d’une meilleure fluidité du trafic entre les deux pays. »

Depuis 2012, le Nigéria est le premier partenaire commercial du Cameroun, devant la France et la Chine, avec un volume d’échanges supérieur ou égal à 4 000 milliards de francs CFA par an. Les deux pays sont aujourd’hui reliés par le corridor Bamenda-Enugu, qui est une portion de la route transafricaine Lagos-Mombasa.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 8