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La jeunesse, enjeu du développement durable

Malgré son rayonnement sur la scène internationale, la jeunesse africaine voit ses conditions de vie gangrenées par l'épineuse question du chômage. Les dirigeants du continent prennent la mesure du problème.

Par Pius Moulolo - © Shutterstock - SFIO CRACHO

Dans un communiqué en date du 19 octobre 2016, le président de la Banque africaine de développement (BAD) Akinwumi Adesina revenait sur la problématique de l’emploi des jeunes comme pierre angulaire du décollage économique du continent. Ainsi qu’il le relevait, « le taux élevé du chômage des jeunes conduit à l’instabilité économique et politique, et alimente la crise de la migration. [...] Les jeunes Africains montent, de leur propre volonté, dans des embarcations de fortune, à destination de l’Europe, fuyant ainsi le continent. Ce phénomène, qui a commencé à petite échelle, est en voie de devenir un torrent. Cette jeunesse a perdu tout espoir, déclenchant ainsi une crise migratoire. Cette crise est une honte pour l’Afrique. [...] Si nous ne créons pas des opportunités d’emploi pour ces derniers, la croissance démographique rapide des jeunes Africains pourrait engendrer de graves défis sociaux, économiques, politiques et sécuritaires. »


Quelle stratégie pour l’emploi ?

Il va de soi qu’on se saurait accéder à l’émergence avec des prostituées et des ivrognes, dixit le défunt écrivain Charles Ateba Eyene. Sur 13 millions de jeunes qui accèdent au marché du travail chaque année, seuls 3 millions obtiennent un emploi décent. Près de 33 % sont salariés, tandis que les autres sont sous-employés ou exercent des petits métiers, usant de « débrouillardise ».
L’Afrique vit une profonde crise de l’emploi. Le nombre de jeunes – aujourd’hui 480 millions – pourrait doubler d’ici 2050, pour atteindre 840 millions. Cela ferait du continent le plus grand réservoir au monde de cette catégorie de population. D’où la tenue le 8 février 2017 à Yaoundé d’une Conférence ministérielle d’Afrique centrale sur l’emploi des jeunes.
Organisée par la BAD, cette rencontre a réuni les hauts responsables des ministères chargés de l’Économie, des Finances, de la Jeunesse, de l’Emploi, ainsi que les représentations des associations de la jeunesse ou du secteur privé, des chefs d’entreprise, des universitaires et des partenaires au développement des pays de la sous-région. Elle avait pour but de présenter la Stratégie pour l’emploi des jeunes en Afrique (SEJA) mise sur pied en mai 2016 par la BAD. La SEJA vise à résorber durablement le problème du chômage des jeunes, améliorer le climat des affaires et créer des emplois décents. « Le chômage expose nos jeunes aux nombreux fléaux et aux frustrations. C’est dire les conséquences pernicieuses que génère la précarité des jeunes, tant sur l’avenir de nos économies que pour la stabilité de nos États », rappelait ainsi Louis-Paul Motaze, Ministre camerounais en charge de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire.


Les objectifs de développement durable

Lors du 8e Sommet extraordinaire de la CEEAC qui s’est tenu à Libreville le 30 novembre 2016, les Chefs d’État et de gouvernement ont évoqué la nécessité de convoquer un forum régional de la jeunesse en vue d’une plus grande implication dans les processus de paix, de sécurité et de stabilité en Afrique centrale. Il est en effet urgent d’intégrer le paramètre de la jeunesse dans les crises qui minent la sous-région, notamment la montée de la criminalité transfrontalière et du grand banditisme (comme on le voit en RDC et en Centrafrique), l’extrémisme religieux (avec le phénomène Boko Haram entre le Tchad et le Cameroun) ou la crise financière qui affecte la sous-région à l’heure où les États s’apprêtent à créer une zone de libre-échange.
En décembre 2014, l’entrepreneur et milliardaire nigérian Tony Elumelu a lancé le programme d’entrepreneuriat TEEP, qui vise à former, financer et accompagner une nouvelle génération d’entrepreneurs africains. Près de 1 000 projets sont retenus chaque année sur environ 45 000 candidatures venant de tout le continent. Les 48 jeunes porteurs de projets retenus pour la zone Afrique centrale lors de la 2e édition en 2016 bénéficieront d’un préfinancement de 5 000 dollars, ainsi que d’un coaching et de la possibilité d’attirer de potentiels investisseurs. De telles initiatives méritent d’être saluées quand on observe la fuite des cerveaux que subit actuellement le continent.
Il y a urgence. Certains jeunes risquent de se tourner vers l’intégrisme, le terrorisme ou la criminalité, d’autres vers l’immigration. Les chiffres de l’immigration clandestine sont alarmants. La Méditerranée est devenue un cimetière pour les nombreux génies du continent. Le phénomène s’est aggravé avec la résurgence des mouvements djihadistes qui détruisent tout espoir de développement dans une partie de la sous-région. Rappelons pour finir que ces jeunes qui acceptent de porter des kalachnikovs ou se faire exploser ne sont pas nés terroristes. Certains, qui ont accumulé beaucoup de frustrations, ne souhaitaient autre chose que des écoles, des hôpitaux, des routes, un emploi décent et des conditions de vie meilleures.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 9