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Le Président Biya cultive les jeunes pousses

Le Président Paul Biya a exprimé son engouement pour la jeunesse sportive camerounaise après la victoire des Lions indomptables lors de la CAN.

Par Pius Moulolo - © AFP - ANDREAS SOLARO

Quelques chiffres pour raviver la flamme patriotique de ces milliers de jeunes victimes de la crise, du chômage, qui s’interrogent sur le devenir des promesses concernant la prime d’excellence académique, l’assurance maladie universelle, la gratuité de l’école primaire, l’académie nationale du football ou la prise en charge des enfants victimes du paludisme : 25 000 jeunes diplômés sont recrutés chaque année dans la fonction publique depuis 2011. Entre 2011 et 2015, le gouvernement a créé 1 175 358 emplois, dont 283 443 en 2014 contre 337 660 en 2015. Rien qu’en 2016, plus de 320 000 nouveaux emplois ont vu le jour, malgré la crise des matières premières et la récession économique qui traverse toute la sous-région Afrique centrale. « Les besoins sont certes immenses et loin d’être tous comblés, mais il convient de se féliciter de ce qui a déjà été accompli, tout en s’engageant à faire toujours mieux », avait assuré le Chef de l’État.


Économie numérique : le cheval de bataille

Dans son adresse à la jeunesse du 10 février 2017, le Président Biya a tout d’abord rendu un vibrant hommage aux jeunes entrepreneurs du numérique qui ont hissé très haut le drapeau camerounais sur la scène internationale : « Je voudrais à cet égard saluer nos jeunes compatriotes qui se sont illustrés ces derniers temps par des innovations d’une grande valeur, reconnues de tous. Ils ont pris des initiatives pleines d’audace, dans le domaine très compétitif des nouvelles technologies de l’information et dans bien d’autres domaines, comme l’agriculture. Ils n’ont pas eu peur. Ils ont osé. C’est ce que je vous recommande depuis toujours. »
Pas besoin de lire dans une boule de cristal pour comprendre qu’il faisait allusion aux jeunes entrepreneurs de la trame d’Arthur Zang, élu « Startupper de l’année 2016 ». À 26 ans, cet ingénieur polytechnicien a conçu le Cardiopad, première tablette tactile médicale d’Afrique. Le Président Biya a récompensé ce génie en lui octroyant une prime spéciale d’encouragement de 20 millions de francs CFA, accompagnée du titre de chevalier de l’ordre national de la Valeur. Le Chef de l’État s’est résolument engagé à faire de la jeunesse camerounaise une « génération Android ». « Les jeunes Africains notamment constituent un atout majeur pour le continent. Ils doivent demeurer à l’avant-garde de la technologie, pour assurer à l’Afrique un bon arrimage à une économie dans laquelle l’innovation s’avère, aujourd’hui plus qu’hier, un facteur déterminant de compétitivité », a-t-il rappelé lors de la conférence internationale « Investir au Cameroun, terre d’attractivité » des 17 et 18 mai 2016 à Yaoundé.
Comme gage de bonne volonté, Paul Biya a annoncé un don de 500 000 ordinateurs aux étudiants des universités publiques et privées afin de leur permettre de développer l’économie numérique. Une convention de prêt de 75 milliards de francs CFA a de ce fait été signée avec la China Exim Bank dans le cadre du projet E-National Higher Education Network initié en juin 2015. Le Président a également investi 21 milliards de francs CFA dans la création de trois centres pilotes d’excellence professionnelle dans les villes de Douala, Sangmélima et Limbé. Ces derniers auront pour mission d’assurer le recyclage et la mise à niveau de techniciens supérieurs, afin de créer de potentiels Arthur Zang à la puissance mille.


Plan triennal « Spécial jeunes »

Autre mesure et de taille : un plan triennal « Spécial jeunes », d’une enveloppe de 102 milliards de francs CFA, a été adopté en février 2016 afin de permettre l’insertion socioprofessionnelle des nouvelles générations. Les 3 et 5 août derniers, Mounouna Foutsou, Ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique, a désigné 63 coordonnateurs nationaux pour conduire différents programmes adoptés à cet effet. Le 25 août, une convention de financement a été signée entre le ministère de la Jeunesse et neuf établissements bancaires du pays.
Le lancement officiel de ce plan a eu lieu le 11 janvier 2017 et une première cuvée de 38 jeunes a pu bénéficier des appuis du gouvernement pour leurs microprojets. À l’issue des concertations organisées par le ministère, une plateforme numérique a été mise en place au sein de l’Observatoire national de la jeunesse dans le but de servir d’interface entre les demandes des jeunes et les offres de financement du gouvernement. Le Fonds national d’insertion des jeunes, créé à cet effet, sera mobilisé dans le cadre des différents programmes d’appui à l’entrepreneuriat jeune.


Incitation à l’investissement privé

Il est désormais possible de créer son entreprise en 72 heures au Cameroun. C’est l’une des innovations majeures de la loi du 18 avril 2013 fixant les incitations à l’investissement privé. « Le Cameroun est, par-dessus tout, déterminé à favoriser l’investissement privé. Un cadre légal propice a été aménagé à cet effet. Articulé autour d’une loi sur les incitations à l’investissement, ce cadre permettra le développement des secteurs structurants prioritaires que sont l’agro-industrie, les infrastructures de transport, l’énergie, le logement social et l’aménagement urbain, les industries extractives, les nouvelles technologies. Toutes ces dispositions témoignent, à suffisance, de la volonté forte du Cameroun d’attirer, sur son sol, toujours plus d’investissements productifs, en vue d’accélérer la croissance économique et la prospérité pour ses populations », a déclaré le Chef de l’État lors de la conférence internationale de mai 2016.
Cette loi, qui n’est entrée en application qu’en septembre 2014, accorde plusieurs exonérations fiscales et douanières aux entreprises nationales et internationales en phase de démarrage. Des dispositions sont ainsi prises pour atteindre les objectifs prioritaires du gouvernement au travers les Codes pétrolier, minier et gazier, ainsi que des contrats portant sur les partenariats public-privé. « Depuis cette date jusqu’à ce jour, nous avons enregistré 66 entreprises qui ont déjà signé des conventions avec le gouvernement pour un niveau d’investissement projeté d’environ 893 milliards de francs CFA et 30 200 postes d’emploi permanent à créer », confiait Marthe Angeline Minja, directrice générale de l’Agence de promotion des investissements (API), au magazine Investir au Cameroun.
Mais toutes ces mesures incitatives ne valent que si la jeunesse camerounaise fait preuve de « patriotisme économique », au même titre que les forces de défense. À l’image des Lions indomptables.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 9