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La formation en ligne de mire

Pour faciliter l’insertion professionnelle des jeunes, les gouvernements africains ont pris des mesures vigoureuses et mis sur pied plusieurs programmes d’appui et d’accompagnement. Décryptage.

Par Adamou Petouonchi - © Shutterstock - WAYHOME studio

S’il y a un point sur lequel tout le monde s’accorde, que ce soit l’ex-maire de New York Michael Bloomberg ou le Président camerounais Paul Biya, c’est l’importance de l’insertion de la jeunesse dans le monde économique. Emploi, dignité, et responsabilité des gouvernants sur ce dossier, tels sont les maîtres mots. Une jeunesse désemparée qui fait face au chômage massif, au sous-emploi généralisé et à la précarité de l’emploi informel est une menace pour la stabilité des pays africains. Et le Cameroun ne déroge pas à cette règle.

Ajuster formations et emplois

Le défaut de formation est généralement pointé du doigt pour expliquer l’ampleur du chômage des jeunes. En réalité, le manque de qualifications techniques et l’absence de formations adaptées aux profils recherchés par les employeurs empêchent de parvenir à équilibrer le marché du travail. Les exemples abondent, comme celui de ce jeune Camerounais qui vient d’avoir sa licence de lettres modernes. Après plusieurs tentatives infructueuses au concours d’entrée de l’École normale supérieure, il se retrouve dans la maison familiale à ne rien faire. Dans le même temps, il apprend qu’un recrutement est en cours au Port de Kribi. Il décide de postuler. Problème : le Port recherche des techniciens formés pour des métiers maritimes. Conséquence : il ne pourra pas postuler. Et même s’il le fait, il ne sera pas retenu. Résultat : la réalité a le goût amer de la désillusion pour ce jeune homme.

Dans la zone Cemac, on ne compte plus les exemples de ce genre. Au Gabon comme en Centrafrique, au Congo comme en RDC, de nombreuses opportunités et possibilités d’insertion économique s’offrent en vain à la jeunesse. Par manque d’ajustement la demande d’emplois à l’offre, la situation des jeunes sur le marché s’est sévèrement dégradée. Le sous-emploi, les petits métiers de la débrouille et le chômage les guettent. Et il y a urgence : selon le média indépendant australien The Conversation, à l’horizon 2030, plus de 30 millions de jeunes Africains frapperont chaque année à la porte du marché de l’emploi.

Un chantier abyssal

Placée au centre des priorités nationales des pays africains, la problématique de l’insertion professionnelle pousse les décideurs à proposer des politiques publiques offrant des réponses nouvelles pour faire face au sous-emploi et au côté informel du système économique. Dans ce but, les gouvernements ont mis sur pied des dispositifs de pilotage et d’encadrement de la transition sociale des jeunes des milieux scolaires vers les milieux professionnels, pour faciliter leur insertion et encourager leur autonomisation.

La Conférence ministérielle de l’Afrique centrale sur l’emploi des jeunes (7 février 2017) à Yaoundé témoigne de cette volonté au Cameroun. L’évènement a réuni plus de 200 participants, des ministres, des hauts responsables gouvernementaux, des organisations de jeunes, des chefs d’entreprise, des universitaires et des représentants de la société civile. Objectif affiché lors des débats : forger des partenariats et travailler à l’amélioration des politiques, stratégies, programmes et projets axés sur l’emploi des jeunes et l’esprit d’entreprise dans la région.

La prise de conscience a opéré. Les États d’Afrique centrale font de l’emploi une ligne stratégique de politique publique. Au Cameroun par exemple, le Document stratégique pour la croissance et l’emploi (DSCE) décline la problématique de l’emploi en trois grands axes, visant à résorber non seulement le chômage, mais également l’inactivité et la sous-activité. Dans le premier axe, les autorités s’attachent à l’amélioration de l’offre d’emplois décents, notamment avec le développement de l’emploi salarié ou l’appui et la mise en place de cadres incitatifs favorables à l’éclosion des PME-PMI et permettant la migration du secteur informel vers le secteur formel de l’économie.

Pour ce qui est du deuxième axe, la préoccupation du gouvernement concerne la mise en adéquation de la demande d’emplois à l’offre. À cet effet, une batterie de mesures sont adoptées dans l’optique de professionnaliser les parcours d’enseignement et de formation. On incite aussi les jeunes à s’orienter vers l’entrepreneuriat, et à s’approprier les outils du numérique et de l’innovation.

Le troisième et dernier axe porte sur l’amélioration de l’adéquation demande-offre du marché de l’emploi. L’accent est mis sur le rajeunissement et le renforcement des capacités de la main-d’œuvre disponible et potentielle. À cela s’ajoute le rapprochement et la mise en relation des jeunes et des entreprises ainsi que la transparence du marché, qui garantissent l’égalité des chances et un taux d’insertion plus élevé. Pour donner suite à ces politiques, le gouvernement joint les actes à la parole. Preuves à l’appui : il a institué de nombreux programmes et projets d’insertion des couches vulnérables.

Des chiffres qui nourrissent l’espoir au Cameroun

Qu’il s’agisse du Fonds national de l’emploi (FNE), du plan d’urgence triennal « Spécial jeunes », du Projet intégré d’appui aux acteurs du secteur informel (PIAASI), des Comités d’appui au développement de l’emploi local (Cadel), du Programme d’appui à la jeunesse rurale et urbaine (PAJER-U), du Programme de promotion d’entrepreneuriat agropastoral des jeunes (PEA-Jeunes), de la construction et de l’inauguration récentes de trois Centres de formation professionnelle d’excellence (CFPE) à Douala, Limbé et Sangmélima pour un investissement de 21 milliards de francs CFA, ou encore de la création du Conseil national de la jeunesse du Cameroun (CNJC) et de deux ministères, l’un en charge de la jeunesse et l’autre des problèmes d’emploi et de qualification professionnelle, le Cameroun a pris le taureau par les cornes. Et les résultats sont là.

En 2013, le PIAASI a accordé un accompagnement technique et financier à 845 microprojets pour un bilan de 3 380 emplois directs créés. D’autres actions concrètes ont suivi. On peut citer le recrutement en 2014 de 10 525 temporaires dans des projets structurants, la création de nombreux emplois au travers de l’exécution du budget d’investissement public, le financement par le FNE de 5 954 microprojets, la création de 2 240 emplois grâce à 260 microprojets de groupes et associations de femmes et d’handicapés, le recrutement direct et massif de jeunes dans la fonction publique et dans les rangs des forces armées. Cette tendance se poursuit d’année en année. Un nouveau coup d’accélérateur a été donné avec la mise sur pied du programme « Spécial jeunes », d’une enveloppe de 102 milliards de francs CFA.

Le Cameroun n’est pas le seul exemple. Partout en Afrique centrale, les gouvernements s’emploient… à employer leur jeunesse. Le Congo, au travers du Projet de développement des compétences pour l’employabilité (PDCE), offre aux jeunes et aux microentrepreneurs les qualifications nécessaires pour réussir leur insertion dans le monde professionnel. Bonne nouvelle ! Le programme « Un Jeune, Un Métier » lancé par le gouvernement gabonais attire la curiosité des autorités de Brazzaville. Ce programme, qui vise la prise en charge des jeunes en grandes difficultés sociales et professionnelles, est au cœur d’une coopération de partenariat entre le Gabon et le Congo-Brazzaville. Ce qui « témoigne de la volonté des Présidents gabonais, Ali Bongo Ondimba, et congolais, Denis Sassou N’Guesso, d’œuvrer pour l’insertion et la réinsertion professionnelles de la jeunesse africaine, avenir du continent », souligne Destinée Ermela Doukaga, la jeune Ministre congolaise de la Jeunesse et de l’Éducation civique, âgée de33 ans.

Pour l’avenir, il faut investir dans l’autoemploi

Il faut reconnaître que le potentiel de création d’emplois se heurte généralement aux rigidités du marché. Pour autant, la créativité, l’innovation entrepreneuriale, l’employabilité des jeunes, le développement des compétences et l’augmentation de la productivité du travail se doivent d’être soutenus par l’amélioration de la qualité de l’enseignement et une orientation plus forte des politiques de formation vers l’insertion immédiate des diplômés. Ce qui implique la conjugaison d’actions de l’ensemble des parties prenantes.

On voit mal comment les différents dispositifs mis sur pied par les gouvernements pourraient avoir les effets escomptés si les États n’associent pas les jeunes à l’élaboration et à l’implémentation des stratégies nationales concernant leur propre insertion. Bien évidemment, cette approche intégrée commande une action inclusive destinée à associer le secteur privé et à promouvoir aussi bien l’entrepreneuriat et l’autoemploi que le partenariat public-privé sans lesquels les différentes initiatives d’appui, quelle que soit leur étendue, ne pourraient absorber la main-d’œuvre disponible. Le temps est donc à la formation de créateurs d’emplois et non de demandeurs.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 9