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Conseil national de la jeunesse : panne de légitimité ?

Créé en 2009 après les émeutes de la faim de février 2008, le Conseil national de la jeunesse du Cameroun (CNJC) devait servir d’interface entre le gouvernement et les aspirations de la jeunesse. Sept ans après, la question de sa légitimité se pose avec acuité.

Par Pius Moulolo - © Shutterstock - Riccardo Mayer

Retour sur les années de braise. Février 2008. Avec la hausse des prix des denrées de première nécessité, notamment le pain, le lait, la viande, le sucre, l’huile, le riz et le ciment, les violences urbaines gagnent l’ensemble du pays. Le mouvement se transforme vite en revendications politiques portant sur le départ du Président Paul Biya et sur la façon de résoudre le problème du chômage des jeunes, à un niveau très élevé malgré l’atteinte du point d’achèvement de l’initiative PPTE en 2006. Bilan officiel des émeutes : 24 morts. Parmi les mesures urgentes prises par le gouvernement, la baisse du prix des carburants, la revalorisation de 15 % du salaire des fonctionnaires, la suppression des droits de douanes sur certains produits de première nécessité, et, dans la foulée, la création du CNJC en vue de relayer les préoccupations de la jeunesse auprès du gouvernement.

L’heure au bilan…

Depuis l’inauguration de son siège par l’ancien Ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique Pierre Ismaël Bidoung Mpkatt le 26 janvier 2015, le CNJC peut se prévaloir d’avoir participé à l’organisation du cinquantenaire des indépendances en 2010, lancé le concours « 1 000 Bourses de formation professionnelle » en septembre 2016, tenu une concertation nationale des jeunes du 29 au 31 janvier 2015, ou encore préparé la marche patriotique du 7 février 2015 en soutien au Chef de l’État, aux forces de défense et de sécurité et aux familles victimes de la secte terroriste Boko Haram.

Le CNJC a également indiqué les différentes actions à mener dans le cadre du Plan triennal spécial jeunes de 102 milliards de francs CFA octroyés par le Président Biya en septembre 2016 afin de résorber l’épineuse question du chômage des jeunes. Dès avril 2017, des campagnes de sensibilisation seront déployées sur l’ensemble des dix régions du pays. Mais au-delà, c’est le trou noir.

Les assemblées générales qui se sont tenues du 9 au 11 juin 2016 ont laissé planer un sérieux doute sur la crédibilité du CNJC. Les travaux, qui ont porté sur le bilan de l’année écoulée, les projections de la mandature du président du Conseil Jean Marc Afesi Mbafor, la révision du Code électoral et autres statuts et règlements du CNJC, ont accouché d’une souris. Le Conseil a notamment été qualifié de « gouffre budgétaire », empêtré dans des scandales financiers à n’en plus finir. L’organisation censée représenter les aspirations de la jeunesse est devenue la proie de querelles autour du pouvoir financier et de la juteuse fonction de président du conseil exécutif du CNJC.

Le bon grain de l’ivraie

Le président du CNJC a été accusé du détournement de 80 millions de francs CFA. À l’origine, une convention de 250 millions de francs CFA signée avec le ministère de l’Économie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire a fait office de pomme de discorde. Les bilans financiers font état de nombreux écarts dans la gestion des fonds de l’association. De l’argent public octroyé par le Président de la République a transité par le compte personnel de Jean Marc Afesi Mbafor. Qualifié de vénal et plus intéressé par des motions de soutien au Chef de l’État que par une véritable politique en faveur des problèmes de la jeunesse, ce dernier avait déjà frôlé la destitution lors de l’assemblée générale du 19 septembre 2015 pour la gestion opaque de 30 millions de francs CFA.

Ses rapports avec l’actuel Ministre de la Jeunesse et de l’Éducation civique Mounouna Foutsou se sont considérablement dégradés. Le mandat de Jean Marc Afesi Mbafor devait s’achever en décembre 2016. Le Ministre a toutefois décidé de le proroger de six mois à partir du 1er janvier 2017, afin d’implémenter le nouveau Code électoral du CNJC avant l’organisation de nouvelles élections. « Le mandat ainsi prorogé est une période transitoire qui permet d’asseoir les réformes issues des assemblées générales ordinaires et extraordinaires de décembre 2015, et bien préparer l’opération de renouvellement des organes du CNJC », déclarait Mounouna Foutsou en janvier dernier. Ces réformes concernent notamment la révision du Code électoral et la limitation du mandat du président du CNJC, jusque-là accusé de ne pas prendre en compte les observations de ses collaborateurs.

Arrivé à la tête du CNJC le 14 janvier 2014, Jean Marc Afesi Mbafor voit son avenir politique flancher du fait de son image fortement écornée, et reste donc suspendu au scrutin électoral de juin prochain. L’issue de ce vote devrait permettre de repenser les fondements de cette organisation citoyenne, afin de mieux relayer les problèmes des jeunes auprès de l’État.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 9