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Le numérique, vivier d’emplois ?

Émergence de startups, création d’applications web et mobiles, promotion d’incubateurs, développement d’infrastructures numériques… l’essor du digital s’accompagne d’une forte poussée des jeunes entrepreneurs qui innovent et transforment la société.

Par Adamou Petouonchi - © Shutterstock - Riccardo Mayer

La Banque mondiale le dit : l’économie numérique est un important vivier d’emplois. Leur nombre dans le secteur des TIC représente de 3 % à 5 % de la population active dans le monde. Et chaque emploi dans les TIC crée 4,9 emplois dans d’autres secteurs. Une bouffée d’oxygène pour les pays africains qui parient désormais sur le numérique pour doper leur croissance et résorber l’épineux problème du chômage des jeunes. Mais cela ne se limite pas à ce secteur. Le monde du digital est sans frontières et la capacité d’innovation des acteurs du numérique modèle et transforme tout le système économique. Les jeunes dans ce domaine sont les plus productifs et créatifs. Le Cameroun enregistre une forte croissance de startups, favorisée par l’éclosion et l’ingéniosité des jeunes. Preuve à l’appui : le nombre d’emplois directs créés dans le domaine du numérique est passé de 1 900 en 2000 à 6 400 en 2014. Ainsi, ce secteur est devenu un élément important de l’économie. Et il continue de croître. Il représentait déjà 3,5 % du PIB camerounais en 2014.

La digitalisation de l’économie crée des emplois

C’est un fait, la transformation numérique est irréversible. Le monde est entré dans une nouvelle ère et chacun compte tirer profit des dividendes du numériques. Les entreprises prennent le devant et se digitalisent de plus en plus. Si elles veulent être présentes aujourd’hui et exister demain, elles doivent innover davantage et mettre de l’intelligence virtuelle dans leurs process. Cela les oblige à solliciter des profils qui émergent, issus de la révolution high-tech. On recense, parmi ces professionnels qui exercent des métiers nouveaux, des développeurs web, des designers, des webmasters, des bloggeurs…

Et ce n’est pas tout. Avec les technologies numériques, plusieurs services sont aujourd’hui proposés en ligne – les e-services –, et une nouvelle génération d’entrepreneurs est née. Ces « startupeurs » sont propriétaires de microentreprises innovantes. Leur point commun : créer des applications ou réunir des données de masses qui permettent d’accéder à certains services à l’aide de son Smartphone, de sa tablette, ou par un simple clic sur internet.

On le voit bien aujourd’hui, les jeunes ont acquis et développé de grandes capacités d’innovations entrepreneuriales. Au Cameroun, les exemples ne manquent pas. On peut citer Alain Nteff, père de « Gifted Mom », un service mobile qui permet aux femmes enceintes d’être suivies médicalement ; Patrick Ehode, créateur de « Taxi Varified », une application pour lutter contre l’insécurité à bord des taxis ; Ahmed Mustapha, concepteur d’applications web et mobiles pour le compte d’autres entreprises ; Arthur Zang, inventeur du « Cardiopad » ; Collins Nji, le premier Africain lauréat du prix Code-in contest de Google... Le numérique est un accélérateur de croissance économique.

La digitalisation de l’économie camerounaise est en marche

L’appel avait été lancé par le Président Paul Biya en février 2010 : « Nous allons gagner le pari d’une transition numérique réussie. » Depuis quelque temps, la mutation numérique imprime sa marque au Cameroun. Mais le secteur reste sous-exploité. Les investissements dans ce domaine sont encore sept fois moins importants qu’au Sénégal. Presque trois entreprises camerounaises sur quatre n’ont pas de site internet. Et le nombre de consommateurs d’applications et outils data reste largement inférieur à celui de pays comme le Gabon, la Côte d’Ivoire, le Kenya, le Rwanda… Illustration : le rapport 2016 du Forum économique mondial sur les TIC, intitulé « L’innovation dans l’économie numérique », classe le Cameroun à la 124e position sur 139 pays dans le monde. On y découvre que le Cameroun figure parmi les 20 nations qui intègrent le moins les TIC dans leur développement économique et social.

Pourtant, des progrès significatifs ont été réalisés ces cinq dernières années. En ligne de mire, le taux de pénétration d’internet, qui n’était que de 4 % en 2010 et tourne aujourd’hui autour de 20 %. Le taux d’abonnés aux téléphones fixe et mobile s’est envolé, passant de 28 % à 92 % entre 2010 et 2014. Dans le même temps, la couverture des réseaux mobiles est passée de 35 % à 93 % de la population. Jusqu’ici, la faiblesse du développement des infrastructures numériques et l’inaccessibilité des technologies ont retardé le réel décollage du secteur. Le manque d’internet haut débit et au moindre coût n’est pas étranger à cette atonie.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 9