A la une

Cameroun, le hub de l’Afrique centrale

La politique camerounaise des transports vise à mettre en valeur les nombreux atouts du pays afin qu’il se positionne comme leader incontesté de la sous-région Afrique centrale.

Par Pius Moulolo - © Shutterstock - Gabrel

Dans son adresse à la nation du 31 décembre 2016, le Président Paul Biya rappelait le rôle stratégique que se doit de jouer son pays au sein de l’institution sous-régionale : « Le Cameroun se trouve à la jonction de deux grands ensembles économiques, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. Pourquoi n’ambitionnerait-il pas de devenir la plaque tournante à laquelle la géographie le prédispose ? Le développement de notre capacité énergétique et l’extension de notre réseau routier ont pour finalité principale la création des conditions optimales pour l’industrialisation de notre pays. Celle-ci est notre grand défi des prochaines décennies », relevait-il. La politique nationale de diversification économique, rendue nécessaire par la crise pétrolière que traverse la sous-région depuis fin 2014, oblige le Cameroun à accélérer le processus d’intégration régionale et rechercher des débouchés dans les marchés européen, américain et asiatique. C’est l’un des objectifs visés par la signature des Accords de partenariats économiques.

Leader sous-régional

Alors que l’ensemble des grands projets structurants entrent dans leur phase d’opérationnalisation, les autorités de Yaoundé envisagent de mettre en marche des programmes intégrateurs tels que le Programme économique régional (PER) de la Cemac ou le Plan directeur consensuel des transports en Afrique centrale (PDCT-AC). Leader affirmé sur le plan économique, le Cameroun dispose de ressources naturelles variées qui vont du pétrole au gaz, en passant par l’uranium, la bauxite, le bois, l’or, le diamant, et bien d’autres... Le potentiel hydrologique est estimé à 12 000 MW par an. La production énergétique sera portée à 3 000 MW d’ici 2020 avec l’entrée en production des barrages de Lom Pangar, Memve’ele et Mékin.

Le système de transports, qui vise à participer à une croissance soutenue du PIB de 5,5 % par an sur la période 2010-2020, consistera à accompagner les grands projets industriels et agropastoraux et réhabiliter les corridors régionaux tels que le réseau Cemac, le corridor nord-sud et la transafricaine Lagos-Mombasa. Une approche stratégique qui permettra de bâtir à moindre coût un réseau de transport intégré, performant, quadrillant tout l’espace national et résolument tourné vers les pays voisins.

Au cœur des échanges transfrontaliers

L’analyse des échanges transfrontaliers aux postes frontières de Mbaiboum (Cameroun-Tchad-Centrafrique) et Kyé-Ossi (Cameroun-Gabon-Guinée équatoriale) prouve à suffisance que le Cameroun pèse économiquement. Il représente 55 % du PIB de la Cemac, et 55 % de sa population totale, soit environ 25 millions d’habitants. En 2013, ses exportations vers les pays de cette zone se montaient à 5 762 milliards de francs CFA, tandis que ses importations se chiffraient à 2 374 milliards de francs CFA, d’après une étude de l’Institut national de la statistique (INS). Ce qui en fait la locomotive économique de la sous-région.

La décision du Port autonome de Douala (PAD) d’ouvrir deux représentations, au Tchad et en Centrafrique, s’inscrit dans une logique de facilitation des échanges avec ces pays enclavés qui font transiter plus de 80 % de leurs marchandises par la ville de Douala, devenue au fil des ans un pôle de référence dans le golfe de Guinée. Il en va de même de l’extension du chemin de fer transcamerounais vers la capitale tchadienne, qui ne dispose pas d’accès à la mer. Une commission ferroviaire Cameroun-Tchad a été signée le 3 juin 2014, à l’issue de laquelle le groupe Bolloré Africa Logistics (BAL) a été choisi comme partenaire technique. Plus de 60 % du transport de marchandises de la société d’exploitation du chemin de fer Camrail est déjà orienté vers le Tchad. Le volume d’échanges entre les deux États se situait autour de 6,3 milliards de francs CFA en 2013, sans compter les recettes issues de l’exploitation du pipeline Tchad-Cameroun.

Le complexe industrialo-portuaire de Kribi, qui va accueillir des tankers de plus de 100 000 tonnes, permettra de mettre en valeur les énormes ressources minières du sud et d’accueillir l’excédent de la production d’aluminium d’Alucam-Socatral à Edéa. Il permettra également d’accroître le trafic maritime grandissant dans le golfe de Guinée. Le Chantier naval et industriel du Cameroun (CNIC) assure déjà la maintenance des navires et plateformes pétrolières du golfe de Guinée, depuis l’Angola jusqu’au Nigéria, pour un chiffre d’affaires qui tournait autour de 40 milliards de francs CFA en 2000. Le complexe bénéficiera de plus de la ligne de chemin de fer Edéa-Kribi-Lolabé.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 9