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Nouveau départ pour Camair-Co

Le ciel s’éclaircit peu à peu pour la compagnie aérienne du Cameroun. Camair-Co reprend son envol après la polémique autour des fameux MA-60 chinois.

Par Pius Moulolo - © DR

« Les actions entamées en vue de la modernisation des infrastructures aéroportuaires devront s’intensifier. À cet égard, les efforts doivent tendre vers la certification des aéroports internationaux de Yaoundé-Nsimalen et de Douala. [...] Après Bafoussam-Bamougoum qui est opérationnel, Bamenda et Bertoua doivent suivre. [...] Le grand défi en cours de relèvement concerne bien évidemment le redressement de la Camair-Co. Un dossier personnellement porté par le Président de la République, qui a déjà défini la vision et les moyens humains et financiers à mobiliser à cet effet », déclarait le Ministre Edgar Alain Mebe Ngo’o lors de la traditionnelle cérémonie de remise des vœux du Nouvel An au ministère des Transports le 27 janvier dernier.

Le plan Boeing en marche

On se souvient que le plan de redressement audité par Boeing Consulting et approuvé par le Président Paul Biya le 25 juillet 2016 préconise une nouvelle approche managériale, fondée sur une bonne maîtrise de l’espace commercial domestique avant d’envisager un déploiement sur le réseau régional, puis international, plus exigeants et plus concurrentiels. D’une enveloppe globale de 60 milliards de francs CFA, ce plan prévoit l’ouverture de 27 destinations, dont 5 à l’international, 13 au niveau régional et 9 pour le réseau domestique, ainsi que l’acquisition progressive de 9 nouveaux aéronefs d’ici 2019.

La première tranche de 30 milliards de francs CFA débloquée par le Président de la République a ainsi permis de racheter les deux Boeing 737-700 exploités en location durant de longues années. Ce tour de force à 11 milliards de francs CFA a définitivement cloué le bec à tous ceux qui déclaraient Camair-Co en cessation d’activité. L’argent mis à disposition par le Chef de l’État permettra également de former le personnel, acquérir de nouveaux appareils, informatiser le système de gestion et mettre en place un dispositif de maintenance. « D’autres acquisitions sont envisagées, qui permettront bientôt à Camair-Co de se déployer fièrement dans les réseaux domestique, régional et international », se félicitait le Ministre.

Il va sans dire que les Aéroports du Cameroun (ADC) entreprennent des actions souterraines de modernisation en vue de rendre les cieux du pays attractifs et de donner plus de visibilité au fleuron de l’économie nationale. Il en est ainsi de la réhabilitation de la piste 12/30 de l’aéroport international de Douala, la rénovation de la salle d’attente, l’acquisition des équipements d’assistance au sol et le marquage des chaussées aéronautiques, ainsi que la rénovation des aéroports secondaires tels l’aéroport Bafoussam-Bamougoum qui a accueilli le vol inaugural des MA-60.

La touche Ernest Dikoum

Il est évident que personne ne donnait cher de la peau d’Ernest Dikoum, et ce d’autant plus que Camair-Co était devenue une chausse-trappe pour tous les directeurs généraux qui l’y avaient précédé. Après les néerlandais Alex Van Elk (2011-2012) et Matthijs Boertien (2012-2013), puis les camerounais Frédéric Mbotto Edimo (2013-2014) et Jean Paul Nana Sandjo (2014-2016), Camair-Co connaît son 5e directeur général en moins de sept ans d’activité. Traînant une dette souveraine de près de 35 milliards de francs CFA et des pertes sèches de plus de 100 milliards sur la période 2011-2016, la compagnie dont a hérité Ernest Dikoum était en quasi faillite, avec les cinq avions de la flotte cloués au sol au mois de décembre.

L’une des mesures phares d’Ernest Dikoum a consisté à réduire les charges de l’entreprise de 16 milliards de francs CFA pour le budget 2017. Cette décision, qui entre en droite ligne du plan de relance, s’est concrétisée par le déménagement des locaux commerciaux d’Akwa, à Douala, au quartier administratif de Bonanjo. Les charges locatives coûtaient environ 17 millions de francs CFA tous les mois à Camair-Co. « Les statuts de la Camair-Co nous demandent de gérer la compagnie avec tous les moyens possibles qui peuvent être propres ou loués en termes d’équipement pour pouvoir gérer la mobilité de nos clients », a expliqué le directeur général. La décision de racheter les deux Boeing acquis en leasing par Camair-Co émanait directement de lui. Et il faut dire que cet ancien haut cadre d’Emirates a plus d’un tour dans son sac : réduction des factures astronomiques de téléphone, annulation de voyages gratuits pour les familles des certains barons de la compagnie, et le meilleur reste à venir... C’est donc mal connaître Ernest Dikoum que de préjuger de sa gestion à la tête de la Camair-Co.

La quarantaine révolue, l’homme a passé l’essentiel de sa carrière chez le géant émirien, d’abord comme directeur d’analyse des prix pour la zone Amériques, puis directeur général des opérations Afrique de l’Ouest, et enfin directeur général pour l’Afrique australe.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 9