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Entretien et détails sur les chantiers du Ministre Mbwentchou

Il a en charge la lourde tâche de développer et moderniser l’habitat au Cameroun, notamment dans la perspective de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) en 2019. Interview.​

Par Adamou Petouonchi et Pius Moulolo - © Guy Tchapi

CAP ÉCO Africa : Monsieur le Ministre, le Cameroun va abriter la CAN 2019. Qu’est-ce qui est fait au niveau de votre département ministériel pour répondre aux exigences de cette compétition ?

Jean Claude Mbwentchou : Je voudrais tout d’abord vous remercier pour cette opportunité que vous m’accordez de communiquer sur les activités du Ministère de l’Habitat et du Développement urbain (MINHDU). En effet, il faut dire d’emblée que notre pays est devenu le carrefour des évènements sportifs d’envergure. Il a abrité en novembre 2016 la CAN féminine et va accueillir, comme vous le savez, la CAN masculine 2019, quatrième évènement sportif le plus médiatisé au monde et premier grand rendez-vous sportif du continent. Pour les préparatifs de ces deux évènements, le Chef de l’État a mis sur pied un Comité, présidé par le Premier ministre, Chef du gouvernement. Le MINHDU fait partie de ce Comité et son rôle est de conduire certains projets d’infrastructures, notamment : les infrastructures d’approche aux différents stades ; les infrastructures de liaison entre les équipements hospitaliers et les équipements collectifs ; l’aménagement des voies d’accès ; la construction des parkings ; et la réhabilitation des voiries et réseaux divers. Dans le cas spécifique des préparatifs de la CAN 2019 qui se déroulera dans les villes de Yaoundé, Douala, Bafoussam, Garoua et Limbé, et dans une moindre mesure celles de Mbouda, Bandjoun, Buéa et Foumban qui accueilleront certaines délégations, les activités qui incombent au MINHDU sont celles relatives aux aménagements extérieurs des différents stades existants ou projetés d’une part, et la réhabilitation des voies d’accès aux infrastructures sportives, hospitalières et hôtelières d’autre part. À ce titre, mon département ministériel envisage réhabiliter ou construire 250 km de voiries urbaines et aménager 90 000 m² de parkings et espaces verts. Actuellement, nous effectuons pour le stade d’Olembé de Yaoundé des travaux de réhabilitation des voies d’accès au stade et d’aménagement de près de 5 km de voiries, de 2 000 unités de parkings autour du complexe sportif et des espaces verts. Les mêmes travaux ont déjà été réalisés pour le stade de Limbé pendant la CAN féminine de 2016. Pour les stades de Bafoussam, Garoua, Japoma, nous avons transmis les travaux d’études à la haute hiérarchie, y compris ceux de l’aménagement des voies de contournement pour relier l’autoroute Douala-Yaoundé en ce qui concerne le stade de Japoma. En tout état de cause et de manière générale, les travaux devraient être achevés au plus tard en septembre 2018.

Cette année, le Cameroun accueillera du 12 au 14 décembre la 2e Conférence internationale sur l’urbanisation durable au Canada, en Chine et en Afrique (ICCCASU II). Quelle est la portée d’un tel évènement ? Nous avons été très honorés par les organisateurs de cette Conférence internationale qui ont choisi la candidature du Cameroun. Le monde entier va donc se retrouver à Yaoundé et il est important de souligner que le choix du thème des assises, « Développement urbain intelligent : de l’action locale vers le global », est fort évocateur. Non seulement il traduit l’impérieuse nécessité de rendre nos cités modernes et compétitives à l’échelle mondiale, mais il renseigne également sur l’urgence d’un changement radical dans la manière de penser et de construire la ville, en étant rigoureux sur les principes de « villes intelligentes ». Chacun a un rôle à jouer et ICCCASU II sera donc une occasion idoine pour les universitaires (étudiants, enseignants, chercheurs), les magistrats municipaux, les ordres professionnels du secteur urbain et la société civile camerounaise de se rencontrer pour échanger sur les stratégies et les mécanismes favorables à la gouvernance locale et globale des espaces urbains, partager leurs bonnes pratiques, poser leurs problèmes sur la sellette et profiter de l’expérience des autres pays.

Quels sont les différents chantiers dans lesquels votre ministère est particulièrement impliqué ?

Le constat est clair : le monde devient de plus en plus urbanisé. Au Cameroun, avec un taux d’urbanisation de 52 %, les villes participent pour environ 65 % au PIB du pays. Le développement urbain est un aiguillon, un accélérateur de la croissance et du développement économique. C’est à juste titre que le Chef de l’État, en plaçant le Cameroun sur les rails de l’émergence, a fait de notre Département ministériel un acteur central dans l’implémentation de sa vision « Émergence 2035 » et de son programme des « Grandes Réalisations ». Parmi les projets d’infrastructures inscrits dans le portefeuille de mon département ministériel, on peut énumérer, sans être exhaustif, ceux financés par le budget d’investissement de notre ministère (la réhabilitation des voiries dans les quartiers Nsimeyong et Biyem-Assi, et de la voie d’accès à la nouvelle ville d’Olembé à Yaoundé), et ceux supportés par le Plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance économique (composante « Habitat » et composante « Voirie »).

Pour clore cet entretien, un mot sur le programme gouvernemental de 10 000 logements…

Vous faites bien de nous relancer sur cette question. Parmi les chantiers-phares du septennat du Chef de l’État figure en bonne place le programme gouvernemental de construction de 10 000 logements sociaux. Actuellement, la phase pilote se déploie dans les deux principales villes du Cameroun que sont Yaoundé et Douala. Cette phase, financée à 100 % par l’État du Cameroun, a démarré en 2010, et concerne la construction de 1 675 logements sociaux, à travers 36 marchés attribués aux PME locales, dont 13 sur le site d’Olembé /Yaoundé pour 500 logements sociaux, et 23 à Mbanga-Bakoko/Douala pour 1 175 logements. À Olembé/Yaoundé, les 500 logements prévus ont été répartis en deux phases : 80 logements témoins ont été livrés et réceptionnés sur 120 et les 380 logements de la 2e phase sont exécutés à plus de 80 %. Le taux d’exécution global des travaux s’élève à environ 87,18 %. À Douala/Mbanga-Bakoko, 130 logements témoins ont été livrés et réceptionnés sur 560 pour un taux d’avancement global de 66 % environ, 120 logements de la 2e phase ont été également livrés et réceptionnés sur 615, avec un taux d’exécution de 68 % environ ; 70 logements sont en cours de réception provisoire.

Les chantiers du Ministre Mbwentchou

Le Cameroun accueillera en décembre prochain la 2e conférence internationale sur l’urbanisation durable au Canada, en Chine et en Afrique (ICCCASU II) ; l’occasion de faire un bilan des grandes actions du Ministère en charge de l’Habitat et du Développement urbain (MINHDU).

Depuis le 1er Forum urbain national d’octobre 2014, qui a bénéficié du soutien du Président de la République Son Excellence Paul Biya, le Ministre de l’Habitat et du Développement urbain Jean-Claude Mbwentchou s’est résolument engagé à mettre en place une véritable politique de développement urbain, visant la création d’une industrie camerounaise du bâtiment. Avec une superficie de 475 442 km2 et une population qui est passée de 7,6 millions en 1976 à près de 24 millions aujourd’hui, le Cameroun est en effet confronté à une crise sans précédent du logement. Le MINHDU fait état d’un déficit estimé à plus d’un million d’unités d’habitation. À cette poussée démographique vient se greffer une urbanisation débordante, caractérisée par l’exode rural, l’occupation anarchique de l’espace public, le désordre urbain et la poussée des bidonvilles. L’effondrement récurrent des immeubles dans les grandes villes vient remettre à l’ordre du jour l’épineuse question du respect des normes et qualités en matière de construction. D’où l’urgence d’adopter des mesures en vue de « passer des idées aux actes ».

Le logement en question

En décembre 2009, le MINHDU a lancé un programme gouvernemental de construction de 10 000 logements sociaux et d’aménagement de 50 000 parcelles constructibles dans les dix capitales régionales du pays. Une convention de financement de 115 milliards de francs CFA a de ce fait été signée en mars avec la banque italienne Intesa Sanpaolo pour une première tranche de 10 000 logements et une base industrielle, à Yaoundé et dans ses environs. Les travaux seront réalisés par le groupement d’entreprises italien Pizzarotti-Basics. Des études de faisabilité pour 50 000 logements sont actuellement en cours avec l’entreprise chinoise Citic Construction, dans le cadre du programme chinois qui remonte à 2008. Le MINHDU poursuit également un programme de construction de 8 000 logements sociaux dans huit régions du pays (à l’exception des villes de Douala et Yaoundé). Il entre dans la composante « habitat » du Plan d’urgence triennal (Planut) d’accélération de la croissance du Président Biya. La mission interministérielle conduite du 25 avril au 4 mai par le Ministre Jean-Claude Mbwentchou a permis de constater un état d’avancement assez satisfaisant de ce programme. La nouvelle cité d’Olembé a ainsi été réceptionnée le 25 avril dernier à Yaoundé, de même que celle de Mbanga-Bakoko à Douala, ainsi que plusieurs autres villes du pays. L’ensemble de ces chantiers doit être livré avant le 20 décembre 2017. Plusieurs autres projets d’envergure sont conduits avec le concours de la Mission d’aménagement et d’équipement des terrains urbains et ruraux (Maetur), la Société immobilière du Cameroun (SIC) et le Crédit foncier du Cameroun (CFC). Le ministère poursuit son Programme participatif d’amélioration des bidonvilles (PPAB), en partenariat avec l’ONU-Habitat. Reste à finaliser les travaux d’aménagement de l’autoroute Yaoundé-Nsimalen et les voies d’accès aux stades, hôtels et hôpitaux en vue de la préparation de la Coupe d’Afrique des nations 2019.

Pour des villes durables

La conférence internationale ICCCASU II, qui rassemble les meilleurs urbanistes du monde, constitue « une opportunité pour développer des thématiques en relation avec les défis urbains de l’heure au Cameroun, comme solutions aux enjeux du développement urbain durable dans [le] pays », rappelle Jean-Claude Mbwentchou. En juillet 2014 déjà, le Cameroun avait signé avec l’ONU-Habitat un accord de contribution pour l’habitat durable. Il s’engageait ainsi à respecter les standards des Nations unies concernant l’efficacité énergétique dans le bâtiment et l’élaboration de technologies de construction plus respectueuses de l’environnement. La rencontre de décembre prochain revêt d’autant plus d’importance qu’un quart de la population camerounaise vit aujourd’hui en milieu urbain, avec un accès limité aux services sanitaires et socioéconomiques de base. Le Ministre de l’Habitat et du Développement urbain s’est donc fixé pour défi majeur d’inverser cette tendance via des normes de construction moins gourmandes en énergie électrique et de plus en plus tournées vers les énergies renouvelables. C’est l’un des buts recherchés par les ODD des Nations unies pour transformer notre monde d’ici 2030.

Jean-Claude Mbwentchou

À 61 ans, cet originaire du département du Ndé (région de l’Ouest) a longtemps œuvré comme fonctionnaire international au sein de l’ONU-Habitat. Ingénieur en génie civil sorti de l’École nationale polytechnique de Yaoundé en 1981, il a travaillé entre 2005 et 2011 comme coordonnateur national du Programme de gouvernance urbaine (PGU). Il est Ministre de l’Habitat et du Développement urbain depuis le remaniement ministériel de 2011.