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Logement social : le pari audacieux du gouvernement

Au cœur des grandes réalisations, le Président du Cameroun a fait du secteur de l’habitat une priorité. Le gouvernement conduit actuellement un gigantesque programme de construction de 10 000 logements et d’aménagement de 50 000 parcelles constructibles. Zoom sur la nouvelle politique sociale du Chef de l’État.

Par Adamou Petouonchi et Pius Moulolo - © DR

Ce n’est plus à démontrer, le Cameroun est en chantier. Le paysage de l’habitat est en pleine mutation. Plusieurs programmes de construction de logements sociaux ont vu le jour dans le sillage de la politique des grandes réalisations du septennat du Président Paul Biya.

Renouveau de la politique sociale

Après une longue période de stagnation, le secteur de l’habitat au Cameroun connaît un nouvel élan marqué par la relance des investissements. C’est une redoutable bataille économique et sociale sur fond de programmes gouvernementaux que livrent les autorités pour résorber le déficit en logements, estimé à plus de 1,5 million d’unités, auxquelles viennent s’ajouter quelque 120 000 nouvelles demandes chaque année. Selon une étude menée auprès de jeunes actifs par l’agence Strategy (unique agence de communication financière d’Afrique centrale), le besoin en logement arrive en première position après l’emploi au rang de leurs priorités. Toujours d’après cette enquête, sept dixièmes des jeunes fonctionnaires et salariés des secteurs public et privé placent l’accès à l’habitat loin devant l’achat d’une voiture. Or, si l’on s’appuie sur les données et statistiques communiquées par l’ONU-Habitat, la population des villes camerounaises va connaître d’ici 20 ans un boom spectaculaire. La demande de logements va continuer à y croître de façon exponentielle – quatre fois plus vite que la population. Et si rien n’est fait par le gouvernement pour faciliter l’accès au logement et mettre à la disposition des populations des parcelles aménagées pour l’autoconstruction, le risque sera grand d’assister à un gonflement du nombre de quartiers et habitats spontanés dans les métropoles. Avec l’évolution très rapide et le rajeunissement de la population, le secteur de l’immobilier en général, et celui du logement en particulier, est devenu un facteur incontournable du développement économique du Cameroun. Depuis 2009, le gouvernement a entamé la construction de 10 000 logements sociaux et l’aménagement de 50 000 parcelles constructibles. Dans le détail, ce programme affiche 4 500 logements dans les deux plus grandes villes du pays (Yaoundé et Douala) ; 50 logements par ville pour les 8 autres capitales régionales ; également 50 logements par ville pour les 6 cités universitaires et industrielles ; idem dans 6 chefs-lieux de département, 50 logements par localité. En comptabilisant tout, on obtient un total de 22 localités couvrant les 10 régions du pays. Si certaines populations sont encore sceptiques quant à l’accessibilité de ces logements sociaux – pour lesquels les premières acquisitions ont d’ores et déjà commencé –, il faut cependant reconnaître que ce programme gouvernemental s’inscrit sur fond de renouveau de l’action publique, assis sur l’adoption d’une nouvelle stratégie orientée vers la production massive de logements (sociaux et de standing) permettant de résorber le déficit existant, et accessibles à toutes les couches sociales, surtout les plus défavorisées.

Objectif : 50 000 logements sur le marché d’ici 2020

Dans le cadre de ses projections, le gouvernent voit grand. Conscient du fait qu’il est difficile pour un citoyen sans revenus conséquents d’accéder à un espace et cadre de vie qui confèrent des conditions d’habitabilité sécurisées, durables et décentes, il s’est donné pour ambition de construire et mettre sur le marché d’ici 2020 plus de 50 000 logements afin de booster l’offre en habitat de masse et de standing. Le Ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Jean-Claude Mbgwentchou, soutient que cette ambition est réalisable si l’ensemble des parties prenantes et tous les acteurs du secteur de l’immobilier prennent la mesure de leur implication.
Déjà, en ce qui concerne le gouvernement, plus d’une soixantaine de Memoranda of Understanding (MoU) ont été signés avec des partenaires locaux et étrangers (chinois, suisses, espagnols…), promoteurs immobiliers et Collectivités territoriales décentralisées (CTD). Ces dernières ont par ailleurs, sous l’initiative du Ministre, bénéficié d’une convention entre le Crédit foncier du Cameroun (CFC), la Banque de l’habitat (BH) et le Fonds spécial d’équipement et d’intervention intercommunale (Feicom, la banque des CTD) pour la construction de cités municipales à travers tout le pays, via un fonds spécial de départ de 10 milliards de francs CFA.

Une batterie de mesures nécessaires

Tout est pris en compte dans l’exécution du programme de construction de logements sociaux par le gouvernement, à commencer par les prix. L’État prend à sa charge 40 % du coût total des logements. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à investir dans l’acquisition du foncier, la réalisation d’études techniques, la mobilisation de financements, la réalisation de voies d’accès et de Voiries et réseaux divers (VRD), l’installation d’équipements collectifs… Et il ne compte pas s’arrêter à cela. Plusieurs autres dispositions sont déjà en préparation pour garantir l’agilité du secteur du logement, et ainsi inciter les partenaires et investisseurs potentiels à s’intéresser au domaine de l’habitat pour en faire un levier du développement économique et une niche d’opportunités d’investissements. Les pistes de réflexion concernent l’élaboration d’une véritable Loi sur l’habitat social. Celle-ci devra apporter des éléments explicatifs sur la maîtrise des concepts et l’encadrement du secteur de l’habitat et de l’immobilier. Bien entendu, elle sera davantage pertinente si elle précise les rôles des différents acteurs, en veillant à introduire des incitations pour les investisseurs et à les protéger, ainsi que les partenaires de l’État.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 10