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Sawa Beach : vers la modernisation de Douala

Penser des villes pour le troisième millénaire : c’est dans cette optique que le ministère de l’Habitat et du Développement urbain a placé un futur méga-complexe touristique au cœur de la métropole économique de Douala.

Par Pius Moulolo - © DR

« Les choses commencent à se préciser pour la matérialisation du projet Sawa Beach. À l’heure actuelle, nous pouvons même dire que le projet est en bonne voie », déclarait Fritz Ntonè Ntonè, délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Douala (CUD), à l’issue de la session ministérielle du 21 décembre 2015. Dénommé au départ « Projet Paul-Biya », Sawa Beach a été conçu en 2002 par le colonel Édouard Etondé Ekoto, alors délégué du gouvernement auprès de la CUD. Ce projet pilote, qui fait partie du programme de modernisation de la ville de Douala à l’horizon 2025, permettra de créer une nouvelle cité balnéaire, à l’image du Caire en Égypte. Elle sera bâtie sur une superficie de 1 000 ha, entre le Port autonome de Douala (PAD) et l’aéroport international, sur les villages de Dindé, Essengué et Youpwè.

La Venise tropicale

De l’aveu du Ministre Jean-Claude Mbwentchou, le projet consiste à faire surgir de la mangrove insalubre des berges du fleuve Wouri « une cité aux allures de Venise tropicale ». Calqué sur les modèles d’Oyala et Sipopo en Guinée équatoriale, ce complexe touristique consiste en la construction d’un centre d’affaires composé d’un centre culturel, un palais des congrès avec centre de conférence, et un hôtel de luxe de classe internationale. S’y ajoutent un centre administratif, un port de plaisance, une base nautique, un parc d’attraction, des aires de jeux, jardins publics et espaces verts, ainsi que des ponts et routes modernes, des espaces commerciaux et une nouvelle cité de 10 000 logements de haut standing. L’ensemble nécessite plus de 1 500 milliards de francs CFA d’investissement. Plusieurs autres villes comptent s’inspirer de ce modèle, notamment Yoyo dans la Sanaga Maritime, Limbé dans le Sud-Ouest, Dibamba Beach à la pénétrante Est de la ville de Douala, ou Kribi aux encablures du complexe industrialo-portuaire. Le 5 août 2004, un protocole d’entente a été signé à Montréal entre la CUD et la société canadienne Pan-Isox Inc. pour la réalisation du projet. À la clé, 500 milliards de francs CFA financés par la canadienne Elgin Investment Corporation. Les travaux débuteraient en janvier 2005 et comprendraient également l’édification d’une usine de fabrication de matériaux de construction, suivant un Groupement d’intérêt économique (GIE) avec la CUD. L’État camerounais fournirait une garantie financière de 30 % du financement global. La réalisation du programme devait rapporter à terme 1 000 emplois directs. Le projet est toutefois tombé aux oubliettes en 2006, après l’incarcération de son promoteur, le colonel Édouard Etondé Ekoto, écroué pour détournement de deniers publics au PAD.

Lever les obstacles

Il faudra attendre 2010 pour que l’idée de Sawa Beach refasse surface, avec la création par le Premier ministre Philémon Yang d’un comité interministériel chargé de sa mise en place. Lors d’une visite de travail de 2012, Jean-Claude Mbwentchou, par ailleurs président de ce comité, a demandé à la CUD de lever toutes les pesanteurs qui entravent la réalisation de ce projet devenu d’utilité publique. Après les enquêtes foncières et environnementales conduites sur le site et les études de faisabilité confiées au groupement CIMA International/MBT, le comité de pilotage est finalement parvenu le 15 mai 2015 à la conclusion que Sawa Beach était « faisable ». Le démarrage effectif des travaux prévu pour 2017 devrait s’effectuer en sept étapes, à savoir : la mise en place de la plateforme logistique du PAD ; le pôle multifonctionnel du site pilote du nouveau quartier New Bonapriso ; la réserve forestière de la mangrove de Douala ; la construction d’une usine d’assainissement ; la Zone d’aménagement concertée (ZAC) de Youpwè ; la communauté résidentielle New Dindé ; et la plateforme logistique des Aéroports du Cameroun (ADC). Des négociations sont en cours avec le PAD afin de mettre à disponibilité les 127 ha de terrains nécessaires à construction du New Bonapriso. Reste à lever les multiples obstacles relatifs à la présence de la mangrove, du port, de l’aéroport, et surtout l’indemnisation de quelque 120 000 habitants qui occupent le site. À terme, Sawa Beach permettra au Cameroun d’entrer dans la modernité urbaine en devenant le plus important projet d’investissement du pays après le pipeline Tchad-Cameroun.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 10