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Les banques au Cameroun : comment contourner la conjoncture ?

La crise pétrolière que traverse la sous-région depuis fin 2014 affecte gravement le marché bancaire camerounais. Malgré cette conjoncture, les banques tiennent le coup et se révèlent plus solides que jamais.

Par Pius Moulolo - © DR

En juin 2017, le Gabon, le Tchad et le Cameroun se ruaient sur le marché des capitaux de la BEAC. Objectif : mobiliser entre 35 et 44 milliards de francs CFA de bons du Trésor assimilables, destinés aux multiples projets d’investissement de ces États paralysés par la baisse des recettes d’exportations. Le marché bancaire camerounais, comme celui des autres pays, traverse une zone de turbulences marquée par « des tensions de liquidités sérieuses pouvant entraîner un risque financier majeur pour la sous-région », de l’avis même du gouverneur de la BEAC, le tchadien Abbas Mahamat Tolli. Rien qu’en 2016, les créances brutes en souffrance s’élèvent à plus de 414,1 milliards de francs CFA. Le système bancaire subit les assauts répétés des services de paiement Orange Money et MTN Mobile Money, qui concernent près de 5,4 millions de clients. À cette crise s’ajoute la suspension pendant près d’un an des services de transferts internationaux d’argent Western Union et MoneyGram, qui a entraîné une ruée vers les établissements de microfinance. La crise anglophone n’a pas facilité les choses, avec la coupure internet dans la région du Nord-Ouest qui a conduit à de nombreuses failles du système. Le taux de bancarisation est seulement de 20 % au Cameroun, ce qui complique le financement d’activités telles que l’agriculture, les startups numériques ou les PME, qui constituent plus de 90 % du tissu productif. Malgré ces nombreuses pesanteurs, le marché bancaire camerounais a exceptionnellement bien résisté à cette conjoncture internationale défavorable en raison de la diversification de l’économie du pays.

Un secteur dynamique

Lors de sa session extraordinaire du 30 janvier dernier, le Conseil national du crédit (CNC), présidé par le Ministre des Finances Alamine Ousmane Mey, a dressé un bilan assez encourageant des performances bancaires en 2016. Le rapport relève une augmentation du total bilan des 14 banques en activité au Cameroun, lequel est passé de 4 687,3 milliards de francs CFA en 2015 à 5 054,9 milliards au 31 décembre 2016, soit une évolution de +7,8 %. Les dépôts clientèle sont quant à eux passés de 3 525,4 milliards à 3661,2 milliards (+3,9 %), et les crédits de 2 990 milliards à 3 161 milliards (+5,7 %). Cette prouesse peut s’expliquer par un regain de confiance des particuliers après les réformes du système opérées par la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac). Le secteur connaît un certain dynamisme avec l’arrivée de nouveaux opérateurs. C’est le cas de la Bank of Africa (BOA), filiale de la Banque marocaine du commerce extérieur (BMCE), qui a obtenu l’agrément de déployer ses services au Cameroun en octobre 2016. Il en est de même du Crédit communautaire d’Afrique (CCA), établissement de microfinance devenu la 15e banque du pays. Le 18 mai dernier, UBA a rejoint Ecobank, Afriland First Bank et la Banque atlantique dans le réseau Mastercard, concurrent de Visa et géant mondial des solutions de paiements électroniques. L’ouverture en juillet 2015 de la Banque camerounaise des Petites et moyennes entreprises (BC-PME) démontre enfin la volonté du gouvernement d’impulser le développement, la croissance et l’emploi pour un Cameroun émergent à l’horizon 2035.

Soutien à l’économie nationale

Les établissements camerounais ne cherchent pas à concurrencer des institutions telles que la Banque mondiale, la BAD ou le géant chinois Exim Bank. Ils sont particulièrement sollicités pour l’accompagnement des grands projets d’infrastructures. On a un exemple du rôle qu’ils jouent avec le vaste projet de construction du barrage hydroélectrique de Nachtigal, conduit par un consortium constitué de l’État, du groupe français EDF et de la Société financière internationale (SFI). Un syndicat constitué de sept banques locales et piloté par Ecobank s’est en effet engagé à apporter 125 milliards de francs CFA sur les 718 milliards nécessaires. Cette opération vient s’ajouter à une longue liste de projets déjà financés par ce pool de banques locales, comme le soutien de la campagne cotonnière de la Sodecoton en 2016 ou le plan de relance de la Camair-Co qui a permis d’acquérir deux avions Xian MA60 chinois.

Le CCA devient banque commercial

Fondé en 1987, et dirigé par Albert Nkemla, le Crédit communautaire d’Afrique (CCA) est devenu en 20 ans leader sur le marché de la microfinance au Cameroun, avec un capital de 15 milliards de francs CFA et 42 agences réparties dans les 10 régions du pays. Le français Bruno Degoy a été désigné directeur général de l’institution, avec pour mission d’assurer sa mutation en banque, grâce au partenariat avec des fonds d’investissement (AfricInvest et le belge BIO). L’avis conforme de la Cobac, accordé le 20 mars 2017 à Libreville, a définitivement permis au CCA de devenir la 15e banque du pays.