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Entretien avec Mathurin Doumbi Epée, Président du conseil d’administration (PCA) de la Société générale au Cameroun

PCA de la Société générale au Cameroun, et tout premier directeur général de la Douala Stock Exchange (DSX), Mathurin Doumbé Epée nous livre son diagnostic du marché bancaire et financier camerounais.

Propos recueillis par Adamou Petouonchi - © DR

CAP ÉCO Africa : Monsieur le Président, pouvez-vous nous dire en quoi consiste le rôle d’un PCA d’une banque comme la Société générale Cameroun ?

Mathurin Doumbé Epée : Le rôle d’un PCA est, bien sûr, de présider le conseil, mais surtout, et de concert avec les autres administrateurs, de définir la politique générale de la banque, fixer des objectifs à la Direction générale, examiner et approuver le budget, se prononcer sur les dossiers de crédit relevant de son ressort, et, en fin d’exercice, arrêter les comptes de la banque. Je rappelle que le PCA ne gère pas la banque au quotidien. Toutefois, il peut être amené à assister la Direction générale, à la demande de celle-ci, sur des problèmes précis.

En votre qualité d’expert et consultant dans les secteurs bancaire et financier, quelle est votre analyse du secteur bancaire national ? Soutient-il réellement l’économie du Cameroun ?

Il y a une idée généralement répandue que les banques ne financent pas assez l’économie. Pourtant, fin février 2017, elles avaient consenti plus de 3 700 milliards de crédits à l’économie. Il est vrai que beaucoup de ces crédits sont destinés aux besoins à court et moyen termes, et moins aux besoins à long terme que les banques ne peuvent pas satisfaire par absence de ressources longues. Par ailleurs, le séisme des années 1990 a vu la faillite et la disparition de plusieurs établissements financiers. La BEAC y a laissé plus de 250 milliards de pertes, suite aux soldes de réescompte non couverts des banques en déshérence. C’est pourquoi la Cobac a légitimement mis en place des ratios prudentiels sévères que les banques doivent impérativement respecter, sous peine de sanctions graves pouvant aller, en cas d’inobservations répétées, jusqu’à la fermeture de la banque incriminée. C’est donc dans un cadre bien défini que les banques doivent opérer afin de ne pas mettre en péril l’argent que les épargnants leur confient. En effet, n’oublions jamais que les banques n’ont pas d’argent. C’est avec les dépôts de leurs clients qu’elles consentent des crédits. Il faut donc sécuriser cette épargne par des prises de risque appropriées. Dès lors, toute demande de crédit n’obtient donc pas nécessairement une suite favorable…. Sinon, autant mettre la caisse dans la rue et que chacun se serve !

En votre qualité d’artisan du marché financier camerounais, et en tant que fondateur et premier directeur général de la DSX, pouvez-vous nous dire pourquoi la place financière de Douala tarde à prendre son envol ?

C’est vrai que notre place financière tarde à décoller. Le compartiment « Actions » n’a en effet que trois valeurs, la dernière, Socapalm, datant de 2009. Le compartiment « Obligations » est plus actif, avec six titres, dont la moitié sont camerounais. La présence de deux bourses de valeurs mobilières dans notre sous-région (la DSX et la Bourse des valeurs mobilières de l’Afrique centrale [BVMAC], ndlr) ne facilite pas les choses et se traduit souvent par des hésitations des investisseurs à s’engager. Le rapprochement des deux bourses, et surtout la poursuite d’une vigoureuse campagne de démarchages auprès des émetteurs potentiels – visant à leur expliquer et surtout à leur démontrer les avantages du recours au marché financier pour le financement de leurs investissements –, pourrait, me semble-t-il, nous ouvrir d’autres horizons. Qu’à cela ne tienne, de réelles opportunités s’offrent actuellement à nous. En effet, la crise que traversent les économies des pays de la Cemac pourrait trouver des solutions à travers le marché financier, par le biais des émissions obligataires et la titrisation des dettes.

Au-delà du marché financier, avez-vous été l’artisan d’une autre structure ?

Je suis fier d’avoir créé, ex nihilo, DSX avec six jeunes cadres triés sur le volet, dévoués et compétents. J’y ai consacré presque cinq ans de ma vie. Mais l’outil est là et opérationnel. Mais ce dont je suis tout autant fier, c’est de l’Université catholique de l’Afrique centrale (UCAC). Ce sont les évêques membres de l’Association des conférences épiscopales de la région d’Afrique centrale (Acerac) qui en sont les Founding Fathers. Après l’accord donné par le Pape Jean-Paul II pour la création de cette Université, sa conception, sa réalisation, son organisation et sa gestion furent confiées aux jésuites (Compagnie de Jésus). J’ai donc été « embarqué » dans cette aventure par le père Denis Maugenest, dans les années 1989-1990.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 10