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Entretien avec Patrice Barthélémy Melom, Directeur général du Port autonome de Kribi (PAK)

Porté à la tête du Port Autonome de Kribi (PAK) le 23 août 2016, Patrice Barthélémy Melom nous parle de ce complexe industrialo-portuaire qu’il a contribué à bâtir.

Propos recueillis par Pius Moulolo - © Port Autonome de Kribi - PAK

CAP ÉCO Africa : Monsieur le Directeur général, le 22 juin dernier, le PAK a accueilli son premier navire commercial, le Medi Lisbon, sept ans après le début des travaux du complexe industrialo-portuaire. Qu’avez-vous ressenti à cette occasion ?

Patrice Barthélémy Melom : Beaucoup de satisfaction et de soulagement. Pour avoir particulièrement vu naître ce bébé, c’est toujours avec une certaine satisfaction qu’on le voit faire ses premiers pas. Donc pour nous, ça a été un grand jour, et ça nous a surtout permis de tester les mécanismes de fonctionnement. Dans la préparation de la mise en exploitation d’une infrastructure comme le port, il y a une étape où il faut faire des escales-tests. Vous avez plein d’acteurs d’administration qui interviennent pour arraisonner le bateau, la capitainerie, les officiers… Chacun doit maîtriser son rôle, puisqu’à la fin ça doit être une symphonie.

Cette année, le PAK a procédé à la signature de plusieurs conventions, notamment avec la Port autonome de Douala (PAD), le port de Tanger, le grand port maritime du Havre, le Guichet Unique, et bien d’autres. À quand la mise en exploitation ?

Oui, comme vous le dites, on a signé un certain nombre de conventions. Ceci participe justement de la préparation de la mise en exploitation. Avec le port de Douala, qui est notre aîné, nous avons pensé qu’il était de bon ton de signer d’abord un accord de coopération. L’échéance la plus importante, c’était la signature d’une convention sur l’un des terminaux. Et, comme vous le savez, nous avons signé avec le groupement Bolloré - CMA CGM - CHEC. Théoriquement, après cette signature, on peut mettre le compteur à zéro et compter trois mois, le temps de faire venir leurs équipements et mettre en place leur système informatique. Si tout se passe bien, ça nous amène pratiquement à mi-novembre…

Le 25 juillet dernier, le groupement Bolloré - CMA CGM - CHEC a en effet obtenu le contrat de concession sur le terminal à conteneur du PAK. Après deux ans d’hésitation, peut-on dire que le gouvernement a fait le bon choix ?

Je répondrai par l’affirmative, parce que la procédure a été rigoureusement conduite. Il y avait beaucoup de candidats au début. Déjà, les conditions, il faut le dire, étaient assez rudes. On s’est rendu compte que le groupe Bolloré proposait la meilleure offre. Ils sont allés bien au-delà des conditions financières minimales exigées. Mais surtout, du point de vue technique et des performances, nous avions demandé que le candidat nous donne l’assurance qu’il a un engagement avec un armateur. Le plus important, c’est savoir d’où viendra le trafic. Aujourd’hui, nous sommes assez sereins parce que nous travaillons avec CMA, qui garantit qu’il y a déjà une bonne partie du trafic qui sera portée par lui. Donc, personnellement, je pense que c’est un bon contrat que le gouvernement a signé.

Quel sera l’impact de cette importante infrastructure dans l’émergence économique du Cameroun, et, au-delà, sur sa position dans le golfe de Guinée ?

Comme vous le savez, Kribi a des atouts naturels. D’abord la profondeur, qui est l’une des meilleures sur toute la côte ouest-africaine. Ensuite son emplacement stratégique, capable d’accueillir des navires d’un certain tonnage. Ce qui devrait induire un impact positif sur l’économie. Si les mesures sont prises en termes de compétitivité, Kribi peut rapidement prendre son envol. Et puis, il faut dire que c’est un nouveau port qui présente de nombreux atouts pour des pays enclavés comme le Tchad et la Centrafrique. Ce n’est pas demain qu’on parlera d’engorgement. Les investisseurs se rendront compte qu’à Kribi, ils auront plus d’avantages qu’ailleurs. Et ce sera à eux de faire le choix.

Vous êtes le tout premier directeur général du PAK. Votre nomination le 23 août 2016 a été saluée par l’ensemble des populations du grand Sud. Comment comptez-vous rendre ce fleuron de l’économie camerounaise plus compétitif ?

J’entends m’inscrire dans la vision fixée par le Chef de l’État, qui est de faire de Kribi un grand pôle de croissance. On parlera plus d’un port industriel, au vrai sens du terme, ce que nous appelions jusqu’à récemment le complexe industrialo-portuaire. On a, dans le cadre du plan d’aménagement, parlé d’une nouvelle ville qui devrait abriter l’ensemble des personnes qui travaillent dans la région. Je crois que c’est une vision tout à fait ancrée dans l’émergence.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 11