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Congo : encore de l’espoir dans le pétrole !

Le Congo vise une production de 387 000 b/j entre 2 017 et 2 018. Cette prévision en hausse joue en faveur du pays, qui va connaître une nette remontée dès 2016. La mise en exploitation l’année prochaine des gisements de Moho Nord par la société Total E & P Congo et du bloc Marine XII par ENI accrédite ces nouvelles données. État des lieux.

Par Ngouela Ngoussou - Photo : © shutterstock - Andresr

Le Congo, quatrième producteur d’or noir en Afrique subsaharienne après le Nigéria, l’Angola et la Guinée équatoriale, extrait actuellement l’équivalent de 250 000 barils de pétrole par jour (b/j). Ce qui contraste avec ses productions de 2 011 et 2 012, qui dépassaient les 280 000 barils quotidiens. Plusieurs champs, comme Nkossa, exploité depuis 1996, arrivent en effet à maturité. Les récentes découvertes effectuées au large des côtes congolaises contribueront à la remontée de cette production, déjouant encore une fois les prévisions des experts et autres théoriciens qui évoquaient le déclin du pétrole congolais. Total E & P Congo, qui exploite depuis 1969 l’or noir dans le pays, gardera une position importante. Sa production est en chute en 2015 – 121 000 b/j, contre 140 000 en 2014. Mais avec Moho Nord, qui fournira dans sa phase active 140 000 barils, elle devrait doubler. « Ce champ est un nouvel espoir pour la production du Congo. C’est un projet qui nous tient à cœur », explique Yves Dutreil, chef de projet Moho Nord. Certaine de la viabilité de ce gisement découvert en 2008, la société française a lourdement investi : 10 milliards de dollars pour l’extraction des huiles, dans des profondeurs qui dépassent les 1 000 m. Total partage l’exploitation du site avec l’américain Chevron et la Société nationale des pétroles du Congo (SNPC) ; 1 300 travailleurs et 24 bateaux s’activent autour de la plate-forme. Au terminal de Djeno, à 15 km de Pointe-Noire, les pétroliers subissent une vraie poussée de fièvre. Il faut que le dispositif accueillant le brut de Moho Nord soit prêt dès le mois de septembre. À partir d’octobre, les premières gouttes de pétrole vont commencer à jaillir, selon le chronogramme établi par Total. Il est même envisagé de construire un 9e bac de stockage à Djeno. Total portera sa production globale au Congo à 240 000 b/j, boostant ainsi la production nationale de plus de 35 % par rapport à 2014 ! Un défi que la filiale française tient à relever à tout prix, malgré le contexte international difficile du fait de la volatilité des cours de l’or noir. « [Ces cours] n’auront pas d’impact sur Moho Nord, car nous avons arrêté nos coûts bien avant cette crise et les financements nécessaires ont déjà été trouvés », assure Yves Dutreil.


Le gisement bloc Marine XII Nené

L’assurance de la remontée de la production congolaise vient aussi d’une importante découverte faite en 2014 par la société italienne ENI. Il s’agit du gisement de bloc Marine XII Nené, contenant plus de 1,2 milliard de tonnes de pétrole et 30 milliards de mètres cubes de gaz. Ce gisement a été décelé au moment critique de la baisse des cours de l’or noir. L’opérateur italien n’a pas hésité à faire les investissements nécessaires. Avec 65 % des parts, ENI va exploiter le bloc Marine XII Nené aux côtés de la société britannique NewAge (25 %) et de la SNPC (10 %). Les tests d’exploitation de ce champ situé à 17 km au large de Pointe-Noire ont permis d’extraire 5 000 b/j. Ce gisement représente un important potentiel, notamment s’il est associé à celui de Lianzi, non loin de là. Les deux pourraient alors atteindre les 2,5 milliards de tonnes de pétrole. Présente au Congo depuis 1968, ENI (ex-AGIP) est une des plus anciennes sociétés pétrolières dans le pays. Elle tire environ 100 000 b/j d’or noir. Le Congo vise une production de l’ordre de 387 000 b/j à partir de 2017. La part de Total E & P Congo pourrait atteindre les 240 000 barils, selon les estimations du groupe français, ce qui représente environ la production nationale actuelle. Et seules 30 % des réserves prouvées sont aujourd’hui exploitées. Le pétrole est la première richesse du pays, contribuant à près de 70 % du budget et 90 % des exportations depuis 1973, après avoir supplanté le bois. Les fluctuations de ses cours ont affecté l’économie nationale. Le budget a été revu à la baisse. La vente du pétrole avait été prévue à un prix de 96 dollars le baril, avant de descendre à 49,5 dollars. Les recettes pétrolières attendues sont de ce fait tombées de 1 479 milliards à 859 milliards de francs CFA. Mais la crise ne s’est pas installée dans le pays ; le gouvernement a mis les bouchées doubles, notamment en puisant dans l’épargne budgétaire, constituée essentiellement avec l’argent du pétrole.

En savoir plus

En 2017, la production totale de Total E & P Congo atteindra les 240 000 b/j. Total exploite actuellement 167 puits de pétrole au Congo. Nkossa, la plus importante plate-forme pétrolière, fait trois fois la taille d’un terrain de football, et est en exploitation depuis 1996.