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Cameroun : les enjeux pétroliers et gaziers

Les secteurs pétrolier et gazier forment un pilier central du Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE) pour un Cameroun émergent à l’horizon 2035. Un défi majeur pour ce pays de 475 442 km2 et de 22 millions d’habitants, situé au cœur du golfe de Guinée.

Par Pius Moulolo - Photo : Shutterstock

Le Cameroun n’est considéré comme pays producteur de pétrole que depuis 1977, avec l’entrée en production du champ de Kolé. La production nationale a franchi le seuil de 186 000 barils/jour (b/j) en 1985. Toutefois, avec le choc pétrolier des années 1980, les industries pétrolière et gazière ont subi un contrecoup sans précédent. La production nationale est ainsi tombée à moins de 60 000 b/j jusqu’à 2011. L’État a donc pris des mesures drastiques pour relancer la recherche et l’exploration de nouveaux champs. L’entrée en production du champ pétrolier onshore de Mvia fin 2014 a pour la première fois depuis près de 37 ans permis au Cameroun de dépasser le cap de 100 000 b/j, et de le faire admettre dans le cercle très fermé des pays africains producteurs de pétrole. Quel est l’état de la production pétrolière de ces deux dernières années ? Quelles en sont les retombées économiques ? Et qu’en est-il de l’impact social et environnemental ?


Les retombées économiques

L’éclatement en 1993 du différend frontalier avec le Nigéria au sujet de Bakassi a permis au Cameroun de définir ses priorités énergétiques dans le golfe de Guinée. En 2005, le bassin très convoité du Rio del Rey, situé dans le Cross River, a fait l’objet du premier contrat de partage de production pétrolière entre l’État et les sociétés Total Exploration et Production et Pecten Cameroon, au sujet du bloc de Dissoni. Le montant du contrat s’élevait à 11 millions de dollars pour la période 2005-2008. Le bassin côtier du Rio del Rey, qui mesure 7 000 km2, fournit à lui seul 90 % de la production nationale de brut à partir de 55 champs pétrolifères offshore. En 2013, les 15,2 millions de barils produits par la Société nationale des hydrocarbures (SNH), plus les 8,9 millions de barils des parts attribuées aux partenaires ont permis à l’État d’empocher un total de 832,855 milliards de francs CFA. La production nationale de gaz naturel, plutôt déficitaire, n’a pas dépassé 1,3 milliard de mètres cubes. Le pays a pu vendre pour 6 339 milliards de francs CFA à la société Perenco et 6 947 milliards de francs CFA à la Kribi Power Development Corporation (KPDC). Dans l’ensemble, et après déduction des charges de production, le Trésor public a pu bénéficier de 553,047 milliards de francs CFA, de quoi lancer les premier chantiers dédiés à l’émergence. En 2014, le Cameroun a produit pour ses propres parts 16 330 millions de barils de brut et 2,799 milliards de mètres cubes de gaz. L’État a ainsi pu dégager 752 milliards de francs CFA des ventes de pétrole brut et plus de 30 milliards de francs CFA des ventes du gaz. Le Trésor public a bénéficié de 444,739 milliards de francs CFA de recettes après déduction des charges de production. L’année 2015 s’annonce bonne avec en perspective 4,5 millions de barils de brut et 1,7 milliard de mètres cubes de gaz produits aux premier et deuxième trimestres. Le Trésor public compte déjà 211,571 milliards de francs CFA, un chiffre qui pourrait doubler d’ici la fin d’année. Les secteurs pétrolier et gazier représentent près de 7 % du PIB du Cameroun. Bien qu’on ne puisse attribuer tous les projets de développement économiques aux recettes pétrolières, celles-ci participent significativement à la mise en place des grands chantiers, comme par exemple les barrages hydro-électriques de Lom Pangar, Memve’Ele et Mekim, le port en eaux profondes de Kribi, l’autoroute Douala-Yaoundé, les hôpitaux gynéco-obstétriques de Douala et Yaoundé, ou les stades de football dans les dix régions du pays dans la perspective de la prochaine Coupe d’Afrique des nations de 2019.


L’impact social et environnemental

La crise alimentaire et les émeutes de la faim de février 2008 sont encore gravées dans les mémoires. La vie chère, qui s’exprimait par la hausse du cours des denrées alimentaires de première nécessité, tirait son origine de la crise énergétique mondiale. Une conjonction d’évènements survenus sur la scène internationale avait en effet conduit au renchérissement du prix des matières premières agricoles, à l’instar du maïs, du blé, de la farine, de la viande, de l’huile, du sucre et du lait. Le prix du baril de brut avait en effet plus que doublé pour passer de 60 dollars en 2005 à 135 dollars entre 2007 et 2008. Conscient de cet état de choses, le gouvernement camerounais s’est lancé dans une politique massive de subvention du prix du pétrole à la pompe, d’un montant de l’ordre de 420 milliards de francs CFA en 2013 et 1 200 milliards sur la période 2008-2014.
Le 30 juin 2014, le gouvernement a annoncé la suppression de cette subvention qui coûte cher au Trésor public, alors que les grands travaux de relance de la croissance sont en attente. Le litre d’essence à la pompe est ainsi passé de 569 à 650 FCFA, celui du gasoil de 520 à 600 FCFA, et la bouteille de 12,5 g de gaz domestique de 6 000 à 6 500 FCFA, alors que le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) n’est que de 36 270 FCFA mensuels, en hausse de 8 054 FCFA. Afin d’équilibrer développement économique et progrès social, l’État s’est lancé dans deux programmes majeurs : l’extension et la modernisation des outils de production de la Société nationale de raffinage (Sonara), et la multiplication des permis d’exploration de nouveaux champs pétroliers, à l’instar de celui de Mvia dans le bassin Douala-Kribi-Campo.