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Oléoduc Tchad-Cameroun : un exemple de coopération Sud-Sud

Lancé lors du discours d’inauguration du 12 juin 2004 à Kribi, le pipeline Tchad-Cameroun se devait de sortir le Tchad de son enclavement pour l’ouvrir au marché pétrolier international. Plus de dix ans après, qu’en est-il ?

Par Pius Moulolo - Photo : © shutterstock - nostal6ie

D’une capacité de production de 225 000 barils/jour, pour une durée de 30 ans, le projet du pipeline Tchad-Cameroun a été initié en 1995 par le consortium Exxon, Shell et Elf. Les réserves pétrolières de Doba, au sud du Tchad, figurent en effet parmi les plus importantes d’Afrique centrale. Toutefois, le pays ne disposant d’aucune façade maritime, la mise en valeur de ces énormes richesses s’est révélée impossible pour cet État. D’où la signature le 31 janvier 1995 d’un contrat entre le Tchad et le Cameroun, portant sur le transit du pétrole tchadien via le territoire camerounais pour l’amener sur la côte atlantique. Le projet a porté sur la construction d’un oléoduc de 1 051 km, entre la région pétrolifère de Doba et le terminal pétrolier de Kribi, au Cameroun. Il traverse le Tchad sur 160 km et le Cameroun sur 880 km, plus 11 km au large de la côte atlantique sur un terminal de stockage flottant, en vue de son exportation. Le programme repose sur l’exploitation de 300 puits de pétrole dans les trois principaux champs (Bolobo, Komé et Miandoum) de la localité de Doba. La construction de cet oléoduc de 76 cm de diamètre a nécessité la mise sur pied de trois stations de pompage, une station de rupture de pression, un terminal de stockage, un terminal de chargement, des bases de vie, 435 km de routes et un aérodrome gros-porteur. Cette phase a duré deux ans et demi (octobre 2000 - avril 2003), pour une durée d’exploitation de 30 ans. Deux joint-ventures d’administration et de gestion ont été créées à cet effet : la Cameroon Oil Transportation Company (Cotco) et la Tchad Oil Transportation Company (Totco). Coût total du projet : 3,72 milliards de dollars – dont 97 % pour le consortium Exxon-Mobil, Texaco-chevron et Petronas, et 3 % pour la Banque mondiale et les partenaires privés. Il devrait rapporter à terme 5 540 milliards de francs CFA à répartir entre les deux pays.


Socle économique et diplomatique entre les deux États

« Cette véritable artère qui traverse le Tchad et le Cameroun apporte un élément supplémentaire de solidarité entre nos deux pays, liés par la géographie, l’histoire et la parenté de nos populations. Désormais, paraphrasant une formule célèbre, il sera possible de dire : « ce qui est bon pour le Tchad est bon pour le Cameroun», et réciproquement. [...] C’est dans cet espoir que, la main dans la main, mon frère et ami, le Président Deby, et moi-même sommes heureux d’inaugurer ensemble le pipeline Tchad-Cameroun devenu une réalité. » Ces propos du Président Paul Biya datant du 12 juin 2004 ont définitivement posé les jalons du développement dans la zone Cemac. Le Pr Ntuda Ébodé parlera à cette occasion d’un « leadership de couple ».
Dix ans après son lancement, force est de constater les nombreuses retombées économiques du projet. Plus de 7 000 emplois directs et indirects et 200 sociétés créés durant la seule phase de lancement. Le pipeline a contribué à près de 50 % du budget du Tchad. En 2011, le consortium avait récupéré les 2 300 milliards de francs CFA investis pour le démarrage. En 2012, on a comptabilisé un total de 417 millions de barils produits depuis le début. Ce qui a permis au Trésor public camerounais d’engranger 85,5 milliards de francs CFA, versés par la Cotco. Ce montant sera porté à 200 milliards en 2014, après renégociation du contrat.
Le projet attire par sa réussite les pays voisins. Le 30 octobre 2013, le Niger a signé un contrat avec le Cameroun pour relier par un oléoduc de 600 km ses sites d’exploitation de pétrole au pipeline Tchad-Cameroun, d’une capacité de 60 000 barils/jour. Ce pipeline est le plus grand projet privé de développement jamais réalisé en Afrique subsaharienne.Pétrole contre argent

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 3