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Cameroun, le poumon économique de l’Afrique centrale

Grâce à ses ressources diversifiées et, notamment, au port de Douala, le pays de Paul Biya est la plaque tournante dans la sous-région.

Par Jayne Moute - Photo : © thinkstock - Kseniya Ragozina

L a Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), créée en octobre 1983, compte actuellement 10 États membres à savoir l’Angola, le Burundi, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, le Gabon, la Guinée-Équatoriale, la RDC, Sao Tome-et -Principe et le Tchad. Avec une population estimée en 2013 à près de 145 millions d’habitants et répartie sur 6 640 490 Km2, la région est favorable pour les investissements et le développement des affaires. Depuis plus d’une décennie, l’activité économique de la région est parmi les plus dynamiques du continent, avec une croissance moyenne autour de 5 % sur les cinq dernières années.
Cette moyenne est une réalité au Cameroun qui occupe une place de choix dans la région, grâce à une économie considérée comme la plus diversifiée, non seulement grâce à de nombreuses implantations étrangères mais aussi à de nombreux groupes nationaux. On retrouve dans le pays des activités très variées, notamment dans les secteurs forestiers et agricoles (cultures de rente et vivrières, telles que le cacao, le café, le coton, l’hévéa, le palmier à huile, la banane plantain, l’ananas, les céréales, etc.), les hydrocarbures, l’industrie autour des boissons, sucrerie, huilerie, savonnerie, minoterie, aluminium, ciment, métallurgie,première transformation du bois, etc. Des secteurs qui, au début des années 1980, ont fait du Cameroun l’un des pays africains les plus économiquement avancés. En effet, jusqu’en 1985 et pendant deux décennies de croissance régulière, l’économie camerounaise a enregistré des taux de croissance réels de l’ordre de 7 %. Les années suivantes furent marquées par une forte récession. Une des causes est la chute des cours du café, du cacao et du pétrole, qui ont conduit à une détérioration des termes de l’échange.
La crise qui se déclare en 1985 est sanctionnée par la dévaluation du F CFA en 1994. Le gouvernement avait alors entrepris des mesures de relance économique et réalisé, avec l’appui des bailleurs de fonds, des programmes de stabilisation et d’ajustement structurel qui ont entraîné la mise en veilleuse des réflexions sur le moyen et le long terme. Cette conjoncture a eu pour conséquence le ralentissement de la croissance d’un pays pourtant immensément riche en potentiel. Mais ce pays qu’on surnomme à juste titre « Afrique en miniature », à cause de la diversité de sa géographie, de son climat, de son hydrographie, de sa population a, comme le roseau, plié mais pas rompu. Son PIB (environ 42 750 milliards de dollars en 2009, soit 2 300 $ par habitant en PPA) représente, aujourd’hui, la moitié de celui de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC), ce qui lui confère une place importante au niveau sous-régional.
Cette place prend davantage d’importance avec l’ouverture du Cameroun sur la mer. En effet, le pays de la « rivière de crevettes », comme l’ont appelé les Portugais, est stratégique pour bien de ses voisins n’ayant aucun accès direct à la mer. Il s’agit de la République centrafricaine, avec qui le Cameroun partage une frontière de 797 km par l’Est camerounais, et la République du Tchad, qui borde le Cameroun dans sa partie nord sur 1 095 km. En effet, ces deux pays assurent l’essentiel de leurs échanges commerciaux internationaux par le port de Douala. Et avec les projets de construction de deux autres ports, cette fois-ci en eau profonde, à Kribi et Limbé, deux villes côtières, ces échanges iront en s’intensifiant, dans la mesure où ces infrastructures permettront à des bateaux avec des tirants d’eau plus importants d’accoster et donc de livrer plus de marchandises.
Un réseau routier a d’ailleurs été construit pour suppléer le port et favoriser le transit des marchandises vers ces pays voisin de l’hinterland. Et la présence de ce port, mais surtout cette ouverture du Cameroun vers ses voisins, attirent de nombreux investisseurs dans la sous-région. Chacun sachant que toucher le Cameroun c’est atteindre le plus important du marché de la zone CEMAC. Le Cameroun est un pays « stratégique pour les investisseurs sud-africains, à cause du rôle que joue le port de Douala dans la zone CEMAC, regroupement communautaire qui compte six pays : le Cameroun, le Gabon, le Congo, la Guinée-Équatoriale, la République centrafricaine et le Tchad », affirmait récemment Lebogang Makoloi – chef du département Afrique centrale et de l’Est – à la Chambre de commerce d’Afrique du Sud, récemment en prospection au Cameroun. En effet, à en croire ce dernier, des pays tels que le Tchad et la République centrafricaine étant dépendants du port de Douala, « Faire des affaires avec le Cameroun ouvre également la porte à la conquête des marchés de la CEMAC ».
Par ailleurs, le Cameroun est considéré comme le grenier de ses voisins. En effet, une bonne partie de sa production agricole est écoulée sur les marchés des pays comme le Gabon, la Guinée-Équatoriale, le Nigeria, la RCA et le Tchad. Ainsi, il n’est plus surprenant de voir des convois entiers de provisions diverses (fruits et légumes, bananes plantain, macabos et autres tubercules et féculents) quitter le territoire camerounais pour les marchés frontaliers. Certains producteurs préfèrent même vendre leurs récoltes entières à des acheteurs généreux venus des pays voisins. « Les produits camerounais sont très prisés par nos frères Guinéens et Gabonais. Et comme ils ont un fort pouvoir d’achat, ils paient plus cher que mes compatriotes. C’est pourquoi ma production leur est d’abord destinée », déclare Ahmadou, producteur de tomates et épices à Kyé-Ossi, une localité du Sud Cameroun, frontalière du Gabon et de la Guinée-Équatoriale. Du coup les acheteurs viennent de ces pays pour se ravitailler directement dans les plantations. Ce sont seulement les restes qui sont écoulés sur le marché local.

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 1