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Plan d’urgence triennal : la volonté du Président Biya d’accélérer la croissance économique

Le plan d’urgence triennal pour l’accélération de la croissance économique que le gouvernement camerounais met en œuvre depuis le début de l’année 2015, repose sur cinq conventions signées sur habilitation du président de la République, entre l’État du Cameroun et des banques privées. D’une enveloppe totale de 925 milliards de F CFA, ce plan a pour objectif de stimuler la croissance en améliorant les conditions de vie des populations.

Par Christian Abolo, Maître de Conférences à l’Université de Yaoundé II - Photo : © AFP - THIERRY CHARLIER

Dans le détail, chacune des banques ou groupement identifiés par le gouvernement s’est vu affecter un ensemble de projets structurants sur la base de négociations qui ont tourné autour de leur faisabilité, leur maturité et l’effet multiplicateur qu’ils peuvent avoir sur l’économie locale. Ainsi, les projets devant faire l’objet de financement, adressés à chaque partenaire, ont été puisés dans des secteurs économiques préalablement classés comme prioritaires par le gouvernement.


Sept secteurs prioritaires
• L’aménagement urbain devra permettre la réhabilitation des routes secondaires et l’éclairage public dans les deux plus grandes villes du pays, Yaoundé et Douala, ainsi que la construction de mille logements sociaux dans les chefs-lieux des huit autres Régions.
• Dans le secteur de la santé, le gouvernement entend construire et équiper un hôpital de référence dans chaque chef-lieu de Région et réhabiliter le plateau technique des hôpitaux généraux de Yaoundé et Douala ainsi que celui du CHU de Yaoundé.
• L’agriculture et l’élevage, secteurs clés de l’économie du Cameroun vont profiter du plan d’urgence pour se réformer en profondeur, au sens de l’exploitation des potentialités du monde rural, par la création d’agropoles et la mise en valeur d’un périmètre hydro-agricole de 120 000 hectares. La composante agro-industrielle de ce secteur sera renforcée par un programme spécial de distribution de semences et d’équipements agropastoraux et halieutiques.
Le plan d’urgence s’applique, également :
• aux secteurs des infrastructures énergétiques et routières,
• à l’approvisionnement en eau potable
• à la sécurité au sein des grandes villes et sur les zones frontalières.
Au plan pratique, une structure opérationnelle légère mais dynamique a été créée autour du Premier ministre, pour la coordination d’actions concernant la dernière phase de maturation et la planification des projets, la passation des marchés et le suivi de la mise en œuvre sur le terrain. Les autorités du pays ont fixé un credo à tous les intervenants : rigueur dans la méthode et célérité dans l’action.
L’une des questions qui émergent parfois au sujet de ce plan d’urgence porte sur son enveloppe de 925 milliards de F CFA. Est-elle suffisamment ambitieuse au regard de l’envergure prise par des programmes similaires sous d’autres cieux ?


Ce grand programme de développement triennal est une option politique volontariste prise par le Président Paul Biya pour servir de catalyseur à l’ensemble des mesures de politique économique en œuvre dans le pays. Il ne se confond donc, ni avec le Budget d’investissement public (BIP), ni avec les feuilles de route assignées à chaque administration opérationnelle. Comme on peut d’ailleurs le constater – si l’on veut débattre utilement – le DSCE (Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi), cadre décennal de référence du développement du pays jusqu’en 2020, prévoit des passerelles sectorielles de stimulation de la croissance. Le plan d’urgence s’inscrit dans cette logique d’accélération, soucieux qu’il est de permettre au Cameroun d’ajouter un point de croissance chaque année au rythme imposé par le DSCE.
En dépit de la nécessité de prendre une telle option politique dans le contexte économique de l’heure, c’est l’œil rivé sur le tableau de contrôle général de la soutenabilité de la dette que le chef de l’État camerounais a pris cette initiative. On peut oser le pari de voir un autre plan d’urgence se mettre en place en 2018. Pourvu que celui-ci atteigne son principal objectif : porter la croissance du PIB du Cameroun de 6 % actuellement à 9 % fin 2017. n

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