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Cameroun, en route vers l’émergence

Telle est la vision que Paul Biya a pour son pays d’ici à 2035… Et il y travaille activement, à travers des réformes et des chantiers engagés depuis quelques années. Les premiers résultats sont déjà visibles.

Par Claude Rayet - Photo : © thinkstock

Émergence en 2035 ! Voilà la direction que le Cameroun, sous la conduite de Paul Biya, président de la République depuis 1982, a prise il y a quelques années maintenant. Après le report en août 2004 du point d’achèvement de l’initiative PPTE (Initiative pour les pays pauvres très endettés, qui vise à réorienter les fonds issus de la remise de dette vers le financement de projets de développement), le Cameroun a franchi – avec succès – cette étape fin avril 2006. L’atteinte du point d’achèvement a permis au Cameroun de bénéficier en juin 2006 d’une annulation de dette de 3,475 milliards $ de la part des créanciers du Club de Paris (créanciers bilatéraux). Depuis lors, le pays s’est engagé dans une politique ayant pour objectif de faire en sorte que le pays devienne une économie émergente à l’horizon 2035. Cette politique intègre un ensemble d’objectifs intermédiaires qui sont la réduction de la pauvreté, l’atteinte du stade de pays à revenus intermédiaires, l’atteinte du stade de nouveau pays industrialisé et la consolidation du processus démocratique et de l’unité nationale dans le respect de la diversité qui caractérise le pays.
La réduction de la pauvreté consistera à la ramener à un niveau résiduel socialement tolérable. En s’appuyant, d’une part sur une croissance forte, soutenue et créatrice d’emplois. Et, d’autre part, par une intensification, une généralisation et une amélioration des services sociaux (santé, éducation, logement, formation, eau, électricité, voies de communication, etc.). Le stade de pays à revenus intermédiaires concrétisera l’objectif de doubler, au moins, le revenu moyen pour faire passer le pays de la classe des pays à faibles revenus à celle des pays à revenu intermédiaire à travers une accélération de la croissance qui devra atteindre les deux chiffres d’ici 2017 et se maintenir à ce niveau pendant un nombre d’années suffisant.
Et c’est possible que cette vision devienne réalité. En tout cas, Paul Biya y croit fermement. « Construire un Cameroun fort est possible parce que notre pays dispose de ressources naturelles importantes, bénéficie de conditions climatiques favorables et surtout peut compter sur une population laborieuse, entreprenante et responsable », assurait-il dans sa profession de foi lors de la campagne en vue de l’élection présidentielle d’octobre 2011. Et d’ajouter qu’il faut continuer à construire un Cameroun fort « … car il n’y a pas de place pour les faibles dans le monde d’aujourd’hui. Compte tenu de la mondialisation qui favorise une concurrence exacerbée, des marchés générateurs d’injustices, des convulsions internes ou des chocs exogènes que subissent les États, seul un Cameroun fort pourra tirer son épingle du jeu ».
Un impératif qui appelle la mobilisation de tous au service des grandes priorités que sont la consolidation de la paix et de l’unité nationale, condition sine qua non du développement du Cameroun ; l’amélioration du fonctionnement des institutions, pour créer une société plus juste. En effet, l’égalité de tous devant la loi est établie par les institutions nationales. Elle est affirmée par la loi fondamentale et Paul Biya tient à ce que cela soit une réalité. C’est dans cette logique que des poursuites judiciaires ont été engagées contre des anciens hauts responsables de l’État, pour détournements de deniers publics. Pour Paul Biya, il faut aussi encourager l’esprit d’entreprise pour stimuler l’économie à travers la création d’emplois et de richesses, facteur de croissance ; moderniser l’administration camerounaise pour plus d’efficacité et une meilleure redistribution des ressources. Il tient également à poursuivre l’affirmation de l’action diplomatique du pays, pour renforcer son rayonnement international. Ces axes prioritaires ont été dévoilés par Paul Biya en 2011, et commencent à se concrétiser aujourd’hui.


Des actions concrètes
Une fois réélu, celui que ses compatriotes surnomment « l’homme-lion » a tenu sa promesse de faire du Cameroun un vaste chantier. Son nouveau septennat étant placé sous le prisme des « Grandes réalisations », après celui des « Grandes ambitions ». Ainsi donc, le pays est en pleine construction depuis quelques années. Les projets structurants suivent leur cours bon an, mal an, dans divers secteurs (énergie, agriculture, santé, éducation, transport, etc.). Il y a d’ailleurs matière à travailler. Le déficit énergétique du pays doit être comblé rapidement pour permettre une véritable industrialisation. C’est ce qui explique la mise en route, presque simultanément de plusieurs chantiers de barrages hydroélectriques et autres centrales thermiques, à gaz et à fuel. Des voies de communication doivent être soit construites, soit réhabilitées. Projet d’envergure, la construction d’une autoroute reliant Yaoundé et Douala, les deux principales villes du pays, dont les 10 premiers kilomètres sont déjà en travaux. Quant à l’agriculture, pour laquelle le potentiel camerounais est énorme, elle doit et à commencer à se moderniser. « J’ai la ferme conviction que nous avons les moyens de conduire le Cameroun à l’émergence en 2035. Je compte pour cela sur nos ressources naturelles et sur le dynamisme des Camerounais. L’agriculture est, par excellence, le champ d’expression de ce dynamisme, notamment parce qu’elle concerne la majorité de nos compatriotes », souligne le chef de l’État. En effet, les cultures vivrières assurent la sécurité alimentaire du Cameroun et ouvrent des débouchés dans les pays voisins (Gabon, Guinée équatoriale, Tchad, RCA, Nigeria). Les cultures de rente (cacao, banane, café), moyennant des efforts pour en améliorer le standard et la quantité, offrent des possibilités considérables à l’exportation. Quant aux cultures industrielles (hévéa, palmier à huile, thé, coton, canne à sucre), les espaces qui leur sont consacrés pourraient aisément être étendus, pour en attendre des revenus plus substantiels. Toute chose qui pourrait, également, générer des emplois et améliorer la qualité de vie des populations, tant en milieu rural qu’urbain. On a d’ailleurs vu les capacités des agriculteurs camerounais lors du dernier comice agropastoral tenu à Ebolowa en janvier 2011.
Paul Biya en appelle, également, à l’esprit d’entreprise des Camerounais pour assurer la relance du secteur industriel, notamment dans la transformation des matières premières agricoles afin de tirer bénéfice localement de leur valeur ajoutée. Un appel auquel des opérateurs économiques privés répondent favorablement. Une usine pour la transformation du manioc – un tubercule très présent au Cameroun – a été créée. Cette unité de transformation vise à produire, entre autres, de l’amidon. Du coup, les producteurs de manioc n’auront plus de soucis à se faire pour écouler leurs récoltes. Idem pour les producteurs de maïs et sorgho qui verront leur production directement achetées par des agro-industries. C’est à la faveur du Projet de développement et de financement des marchés agricoles (PIDMA), mis sur pied par le gouvernement, sur financement de la Banque mondiale.

Un accent sur la PME
Le tissu économique du Cameroun est constitué, en grande partie, des petites et moyennes entreprises qui sont assez diversifiées. Mais les promoteurs se plaignent généralement de ne pas être pris au sérieux par les pouvoirs publics qui préfèrent traiter avec les grosses entreprises. Mais depuis quelques années, leur cri a été entendu et les choses commencent à bouger. Les PME, notamment celles évoluant dans le secteur des BTP se voient associées à la mise en œuvre des grands projets miniers et énergétiques, de construction des infrastructures routières, ferroviaires, portuaires et immobilières. « La sous-traitance et les externalités accompagneront nécessairement la mise en œuvre de nos grands projets miniers et énergétiques », disait le président Biya en 2011. Aujourd’hui, la bourse de sous-traitance est une réalité bien vivante au Cameroun. Les acteurs qui y sont inscrits sont contactés pour la réalisation des grands chantiers. Un bureau de remise à niveau des entreprises est également en activité, à l’initiative du gouvernement, pour permettre aux patrons des PME de se recycler et de réorienter leur trajectoire en cas de besoin.
Mais il n’y a pas que le secteur privé. « Le succès de notre politique de développement repose en grande partie sur la compétence et le dévouement des agents de l’État », disait Paul Biya. C’est dans ce sens que des actions sont menées pour que
l’administration publique devienne un véritable catalyseur d’efficacité. D’où l’accent particulier remarqué sur l’éthique des différents corps de métiers qui donnent accès à la fonction publique. Car on s’est rendu compte que ces derniers sont les plus nombreux à commettre des écarts (abus d’autorité et de pouvoir, détournement de deniers publics, etc.). Dans cet esprit, un code de déontologie devrait être élaboré pour faire l’objet d’un engagement de respect lors de la prise de fonction des chefs de service. La modernisation des services publics est également en cours. Celle-ci passe par l’attribution de nouveaux moyens aux services essentiels (éducation, justice, sécurité, santé) en vue de renforcer leur efficacité. Une revalorisation des rémunérations a été engagée ces dernières années. Rien de bien important, au vu des coupes drastiques que les salaires ont subi lors de la crise économique, mais une revalorisation tout de même. Parfois de l’ordre de 5 à 10 % du salaire. Lesquels salaires n’ont plus connu de retard de paiement depuis des lustres. Et au regard de la situation économique du pays (un taux de croissance de 5 % depuis quelques années, tendant vers 6 %), l’espoir de jours meilleurs est permis.
Les Camerounais sont dynamiques et prêts à se donner à fond pour le développement. Mais pour cela, ils ont besoin d’être éduqués, en bonne santé et en sécurité. Malgré la concentration que demande la réalisation des chantiers structurants engagés, le président Biya n’oublie pas le bien-être social de ses concitoyens. Des hôpitaux avec des plateaux techniques améliorés sont construits à travers le pays, des écoles aussi. L’accès à l’eau potable est une préoccupation de premier ordre. De ce côté, de multiples conventions sont signées entre le gouvernement et des bailleurs de fonds pour améliorer l’accès des populations des zones urbaines et périurbaine en eau potable. Des forages d’eau sont aménagés en zone rurale et les populations encouragées dans leurs initiatives communautaires. La décentralisation aidant, les communes apportent également leur pierre à l’édifice. Et avec le plan d’urgence triennal lancé en ce début 2015, nul doute que les choses iront plus rapidement encore. Et toutes ces actions sont menées, de front avec la lutte contre la secte islamiste Boko Haram, qui engloutit des sommes faramineuses, tant en armement, en conception de stratégie, qu’en prise en charge des soldats ainsi que des populations déplacées et des réfugiés. Tout ceci pour préserver la paix si chèrement acquise par le Cameroun. Une paix qui n’a d’ailleurs pas de prix. Conviction de Paul Biya qui sait qu’il n’y a « pas de développement sans sécurité. »

Retrouvez cet article en intégralité dans CAPECO Africa N° 1