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Lutte contre Boko Haram Une riposte énergique

Le combat pour repousser l’ennemi mal connu s’est d’abord fait en solitaire, mais depuis deux mois, Yaoundé bénéficie d’un soutien international qui concourt à donner plus de hargne aux soldats sur le champ de guerre.

Par Jayne Moute - Photo : © AFP - Reinnier KAZE

Ce n’est pas le Boko Haram qui va nous dépasser… Il nous faut éradiquer Boko Haram. De la sorte, nous pourrons rassurer nos populations et mieux nous consacrer au seul combat qui vaille : la lutte contre la pauvreté et pour la dignité de l’homme africain ». Paroles de Paul Biya, président de la République du Cameroun, évoquant le combat contre la secte islamiste qui attaque régulièrement la région de l’Extrême-Nord du pays depuis près d’un an maintenant. Des phrases prononcées, l’une face à la presse nationale en 2014, l’autre à l’ouverture de la session extraordinaire de la Conférence des chefs d’État et de gouvernement du Conseil de paix et de sécurité de l’Afrique centrale (Copax). Et qui, s’il fallait encore le dire, démontrent la volonté de Paul Biya d’en découdre avec cette bande armée l’ayant déjà privé de dizaines de compatriotes, et ayant déjà freiné de manière considérable la marche vers le développement du pays.
Pour lutter contre Boko Haram – ce groupe djihadiste venu du Nigeria voisin – le chef de l’État camerounais n’a pas lésiné sur les moyens humains, matériels et financiers. Après les premières attaques, suivies de prises d’otages, on a assisté, dans cette partie du pays, à un redéploiement militaire important. De nouvelles unités militaires ont été créées et surtout renforcées en hommes et en équipements. En effet, le 14 août 2014, Paul Biya a réorganisé les forces de défense, créant une nouvelle Région militaire interarmées (RMIA4) et une nouvelle Région de gendarmerie, avec pour poste de commandement Maroua, capitale de la région administrative de l’Extrême-Nord. Ainsi donc, la troisième RMIA éclate en deux. « La 3e Région militaire interarmées était très étendue et, compte tenu de la réalité géostratégique actuelle, il était difficile d’assurer une fluidité des ordres entre le chef-lieu de région, alors que certaines opérations se déroulaient au niveau de l’Extrême-Nord », indique le chef de la division de la Communication au ministère de la Défense, le lieutenant-colonel Didier Badjeck. Mais, outre l’Extrême-Nord, cette nouvelle région militaire a compétence sur le Mayo-Louti, un département de la région du nord voisine, sans doute du fait de la proximité et des risques d’attaques dans cette zone. L’une des premières conséquences de la création de la RMIA4 est le changement de dénomination de la Brigade d’infanterie motorisée (BRIM) qui se trouvait localisée ici. On passe ainsi de la 32e BRIM à la 41e Brigade d’infanterie motorisée (41e BRIM). Fait notable ici, le poste de commandement de la 41e BRIM se trouve à Kousséri, dans le chef-lieu du département du Logone-et-Chari et non plus à Maroua, comme c’était le cas de la précédente. Celle-ci va englober la plupart des unités de la 32e BRIM qui existaient déjà sur le terrain.
Le même décret du chef de l’État a créé une quatrième Région de gendarmerie, avec pour siège Maroua. On note, également, la transformation des secteurs militaires. Les secteurs militaires terrestres, qui avaient vocation à servir les unités terrestres, ont changé de dénomination et deviennent des secteurs militaires, qui sont des subdivisions des RMIA. Ainsi, toutes les composantes des armées vont désormais se reconnaître dans les secteurs militaires. Elles sont adossées à l’organisation administrative du Cameroun, même si un décret du président de la République peut, à tout moment, modifier le ressort d’un secteur militaire. Et pour animer ces unités, les effectifs sont en train d’être renforcés. À ce jour d’ailleurs, plusieurs recrutements ont été effectués au sein de l’armée camerounaise et environ 7 000 jeunes gens sont en cours de formation, et déjà gonflés à bloc. « J’ai hâte de me retrouver face à ces gens sans foi ni loi, qui veulent déstabiliser mon pays. Avec une bonne formation, des équipements adéquats et l’aide de Dieu, nous viendrons à bout de ces gens qui nous ont déclaré la guerre sans raison », lance fièrement une jeune recrue, en route vers un centre d’instruction.
Pour ce qui est des équipements, même si les détails ne filtrent pas en abondance – stratégie de guerre oblige – on sait que des armes de pointe ont été acquises en quantité. Une source bien introduite indique que 60 % du budget d’investissement public 2014 de l’État (plus de 1 000 milliards de F CFA) ont été utilisés pour lutter contre Boko Haram. Et l’armement fait partie des investissements consentis pour faire face à cet ennemi.


Forte mobilisation dans et autour du Cameroun
Pendant de longs mois, le Cameroun s’est battu seul contre la secte meurtrière. L’armée camerounaise a perdu de vaillants soldats, par dizaines. Des populations ont été massacrées, sans aucune pitié. Des villages ont été saccagés. Mais aucune parcelle du territoire n’a été prise, selon le dessein avoué des assaillants. Ceci grâce à des victoires, qui sont le fruit de la détermination des soldats à garder le territoire camerounais intact. Une détermination galvanisée par un soutien, à nul autre pareil, à travers le pays. En effet, prières, marches, motions de soutien, collectes de fonds et de denrées pour soutenir les forces de défense au front et les populations en détresse sont actuellement fréquentes, avec un impact certain sur le moral des troupes. « Quand nous avons écho de tout ce que nos compatriotes font comme action de soutien pour nous, cela nous met en confiance et nous donne plus de hargne pour affronter l’ennemi, parce que nous savons que nous ne sommes pas seuls et que nos frères comptent sur nous pour préserver la paix et l’intégrité du pays », a confié un élément des forces de défense au front.
Les renseignements, aussi, ont pris une nouvelle tournure au Cameroun. Les comités de vigilance ont été relancés dans l’Extrême-Nord, afin de parer à toute infiltration des extrémistes parmi les populations locales. Il faut dire que dans les zones frontalières, il est souvent difficile de distinguer un Camerounais d’un ressortissant d’un pays voisin (Tchad, RCA, Gabon, Guinée-Équatoriale, Nigéria), les communautés de part et d’autre des frontières ne formant qu’une seule et même tribu. Et l’on s’est rendu compte que cette proximité était devenue un facteur de risque, car des membres de Boko Haram se font passer pour des membres de la communauté, vivant comme tout le monde jusqu’au moment d’une attaque où ils dévoilent alors leur vrai visage. La secte appâte aussi de jeunes désœuvrés en leur offrant de l’argent et des motos pour l’activité de taxi. La collaboration des populations, appelées à dénoncer tout comportement suspect dans leur entourage, est donc de la plus grande utilité.
Face à cette détermination nationale et cette union, que pouvait la communauté internationale, à part apporter son aide ? Ceci surtout après l’appel de Paul Biya, lorsqu’il s’adressait au corps diplomatique accrédité au Cameroun en début 2015. Et les réactions ne se sont pas fait attendre. Le Tchad en premier, pays voisin, également menacé par les exactions de Boko Haram, a envoyé un contingent de 2 500 hommes pour renforcer les troupes camerounaises au front. La Russie a suivi, avec la promesse d’envoi d’équipements de guerre de haute technologie. L’effet boule de neige s’est poursuivi, pour que le 16 février 2015, un sommet extraordinaire du Copax soit organisé à Yaoundé, avec la présence effective de plusieurs chefs d’État d’Afrique centrale. Les travaux ont abouti à la mise à disposition d’une aide d’urgence de 50 milliards de F CFA, la création d’un Fonds de soutien multidimensionnel dans les domaines de la logistique et de l’assistance humanitaire, de la communication et des actions politico-diplomatiques. Aujourd’hui, le Cameroun sait pouvoir compter sur l’Union africaine, et de nombreux autres pays amis pour venir à bout de cette nébuleuse. Et comme l’a dit le président tchadien Idriss Deby Itno : « Boko Haram doit savoir que la guerre est semblable au feu. Lorsqu’elle se prolonge, elle met en péril ceux qui l’ont provoquée ». Et à ce jour, grâce à cette importante coalition, tout porte à croire que les jours de la secte islamiste, qui sévit actuellement dans quatre pays africains (Cameroun, Nigeria, Niger, Tchad) sont comptés.
Face à ce soutien qui vient de toutes parts, le Cameroun a repris du poil de la bête. Les victoires de l’armée se font plus nombreuses face aux incursions toujours plus barbares des djihadistes. Ce qui redonne espoir aux populations. D’ailleurs, dans certains villages désertés, les populations commencent à revenir. Surtout que le gouvernement a pris un train de mesures pour lancer la reconstruction des infrastructures détruites par les terroristes. Une initiative soutenue par le débloquement d’une enveloppe de trois milliards de FCFA pour la mise en œuvre d’un plan d’urgence triennal dans l’Extrême-Nord. Cette somme servira, entre autres, à construire des écoles. C’est ainsi que plus d’une centaine de salles de classe vont être réalisées pour remplacer celles brûlées ou saccagées par les membres de la secte. L’aménagement des points d’eau et forages d’eau potable est également prévu, pour mettre les populations à l’abri des maladies hydriques. Le secteur de la santé, avec notamment la construction ou la réhabilitation des centres de santé fait de même partie de ce programme.