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Horizon 2025, les raisons pour que le Congo devienne un pays émergent

La République du Congo est un pays dynamique d’Afrique centrale, malgré son petit nombre de consommateurs (il n’y a que 4,4 millions d’habitants). Ce faible marché conforte cependant son PIB, estimé à 3 167 dollars par habitant, et essentiellement soutenu par les exportations de pétrole. L’or noir représente en effet 90 % de la richesse nationale.

Par Arsène Séverin - Photo : Shutterstock

Quand on fait l’inventaire des richesses naturelles de la République du Congo, on est frappé par le potentiel de développement du pays. À commencer par la ressource que représente le pétrole. Malgré les spéculations et les soubresauts du marché international, l’or noir a encore de beaux jours devant lui. De récentes découvertes faites par Total (Moho Nord) et Eni (bloc Marine XII), qui recèlent d’importantes réserves de brut et de gaz, en sont l’illustration. Le pays vit de la rente pétrolière depuis 1972, lorsqu’elle a supplanté le bois. Les booms pétroliers de 1982 et des années 2000 ont permis au Congo d’engranger un vrai pactole. Il est le quatrième producteur d’or noir en Afrique subsaharienne, après le Nigéria, l’Angola et la Guinée équatoriale. Le bois représente la deuxième richesse du pays. Les forêts occupent 65 % du territoire national. Cette exploitation est actuellement menée principalement par des sociétés à capitaux privés asiatiques, comme Man Fataï ou Taman. Mais la Congolaise industrielle des bois (CIB) compte parmi les meilleures du pays. L’État exige que 85 % du bois coupé soit transformé sur place au premier degré pour favoriser une industrie à valeur ajoutée. Seuls 15 % sont exportés comme grumes.
Ces forêts sont également inestimablement riches de par la biodiversité qu’elles renferment, et que le Congo s’emploie à protéger dans le cadre des politiques de conservation de la faune et de la flore du bassin du Congo. Il y a un gros potentiel pour l’écotourisme dans les parcs nationaux de Conckouati-Douli, près de Pointe-Noire, et d’Odzala-Kokoua et de Nouabalé-Ndoki, dans le nord.

Un sous-sol riche

Le potentiel minier du Congo n’est pas encore totalement mis en valeur. Le sous-sol reste insolemment riche, avec des mines de fer, de potasses, de diamants, d’or et de polymétaux. Huit permis d’exploitation, notamment dans les domaines du fer, des polymétaux et des potasses, ont même été délivrés récemment. Ces grands projets, dont l’exploitation peut dépasser 30 ans, comme les mines de fer de Mayoko, Zanaga et Nabemba, vont entrer en phase d’extraction entre 2016 et 2019. Ces mines sont aussi présentées par les experts de la Banque mondiale comme des gisements d’emplois. L’agriculture et l’élevage sont également en pleine réforme. L’État, qui s’est désengagé du secteur, encourage les opérateurs privés à investir dans la production agricole. C’est dans ce cadre qu’une exploitation de maïs entretenue par des Sud-Africains à Maniemo – dans les environs de Dolisie, la troisième ville du pays – a permis au Congo de produire à nouveau en quantité cette denrée. Un Fonds de soutien à l’agriculture alimenté chaque année de 2 milliards de francs CFA a même été créé pour encourager les producteurs locaux. Partageant le franc CFA avec cinq autres pays de la Cemac – le Cameroun, la Centrafrique, le Gabon, la Guinée équatoriale et le Tchad –, le Congo ne tire pas encore parti de la compétitivité que pourrait lui conférer cette monnaie unique en ce qui concerne les produits manufacturés exportés dans la sous-région. Ses performances dans ce domaine ne dépassent guère la vente de sucre. Bénéficiant depuis deux décennies d’un nouveau rayonnement sur le plan international, le pays a accru sa coopération avec la Chine. Le volume des échanges entre les deux États a atteint 6,4 milliards de dollars en 2013. De nombreuses entreprises chinoises sont présentes dans le bâtiment, les infrastructures, les mines, le pétrole et le commerce, accompagnant le pays vers son émergence programmée pour 2025. La plus importante route qui part du port de Pointe-Noire et va à Ouesso, reliant le sud et le nord du territoire, est l’œuvre d’entreprises chinoises. Un accord cadre passé en juin 2006 entre Pékin et Brazzaville sert de base économique et financière à toutes ces réalisations, qui transforment la vie de milliers de Congolais, notamment grâce au désenclavement de l’arrière-pays.

Et la France ?

L’ancienne puissance coloniale reste le partenaire privilégié du Congo dans ses échanges économiques. Entre les deux États, leur volume a atteint en 2014 plus de 8 milliards d’euros, selon l’Agence française de développement. Les hydrocarbures et le bois sont au centre de ce commerce. Le Chemin de fer Congo-océan (CFCO), long de 510 km et inauguré en 1934, ouvre le Congo sur l’océan Atlantique. Une position de pays de transit dont bénéficient largement certains États de la sous-région, comme la Centrafrique, le Tchad et la RDC. En 1962, une autre ligne de voie ferrée de 285 km, la Compagnie minière de l’Ogooué du Gabon (Comilog), a boosté le trafic sur le CFCO, notamment avec le transport du manganèse gabonais en provenance d’Ogooué. Dans le même esprit, de nouveaux aéroports construits à Pointe-Noire, Brazzaville (avec deux pistes d’atterrissage) et Ollombo participent concrètement à l’idée que le pays devienne un hub de l’Afrique centrale. Une ambition que réalise aujourd’hui ECAir, la compagnie nationale aérienne. Mais c’est sans doute au niveau politique que la République du Congo enracine son développement et sa stabilité, avec un régime présidentialiste consacré par la Constitution du 20 janvier 2002. Le pays s’était ouvert à la démocratie multipartiste en 1990, à l’issue d’une conférence nationale tenue à Brazzaville. Depuis les guerres fratricides de la fin des années 1990, les autorités cultivent régulièrement le dialogue pour enraciner la paix.